09.02.2010
Heidegger et Jünger : "Über die Linie" oder "Über "Die Linie" ?

Rencontre avec le traducteur Julien Hervier, autour de la correspondance Martin Heidegger et Ernst Jünger parue chez Christian Bourgois, à 17h30 à la Librairie Kléber de Strasbourg
aujourd'hui.
Et pour illustrer cette correspondance :
[Texte d’une conférence prononcée à Milan]
JÜNGER, HEIDEGGER ET LE NIHILISME
Alain de Benoist
Ernst Jünger et Martin Heidegger ont, comme chacun le sait, engagé à cinq
ans d’intervalle un dialogue sur le nihilisme, dialogue noué au moyen de deux
textes particulièrement importants, parus dans les années cinquante à
l’occasion de leur 60e anniversaire respectif (1). L’étude et la comparaison de
ces textes est particulièrement intéressante dans la mesure où elles
permettent de mieux apprécier ce qui, sur ce sujet fondamental, sépare deux
auteurs que l’on a fréquemment rapprochés l’un de l’autre et qui ont eux-
mêmes entretenu une puissante relation intellectuelle durant plusieurs
décennies. Nous en donnerons ici une brève présentation.
Dans son approche, qui se veut d’allure délibérément « médicale » (elle
comprend un « diagnostic » et une « thérapeutique »), Jünger affirme d’abord
que porter remède au nihilisme implique d’en donner une « bonne définition ».
Reprenant l’opinion de Nietzsche, qui voyait dans le nihilisme le processus
par et dans lequel « les plus hautes valeurs se dévalorisent » (La volonté de
puissance), il affirme que celui-ci se caractérise essentiellement par la
dévaluation, puis la disparition des valeurs traditionnelles, au premier rang
desquelles il place alors les valeurs chrétiennes.
Il réagit ensuite contre l’idée que le nihilisme serait essentiellement un
phénomène chaotique. « On s’est aperçu, le temps aidant, écrit-il, que le
nihilisme peut concorder avec de vastes systèmes d’ordre, et que c’est
même généralement le cas, lorsqu’il revêt sa forme active et déploie sa
puissance. Il trouve dans l’ordre un substrat favorable ; il le remodèle à ses
fins […] L’ordre non seulement se plie aux exigences du nihilisme, mais est
une composante de son style » (pp. 48-52). En ce sens, le nihilisme n’est pas
la décadence. Il ne va pas de pair avec le relâchement, mais « produit plutôt
des hommes qui marchent droit devant eux comme des machines de fer,
insensibles encore au moment où la catastrophe les fracasse » (p. 57).
Pareillement, le nihilisme n’est pas une maladie. Il n’a rien de morbide. On le
trouve au contraire « lié à la santé physique — là surtout où on le met
vigoureusement en œuvre » (p. 54). Le nihilisme est en revanche
essentiellement réducteur : sa tendance la plus constante est de « ramener le
monde, avec ses antagonismes multiples et complexes, à un commun
dénominateur » (p. 65). Faisant passer la société « de la communauté morale
à la cohésion automatique » (p. 63), il conjugue le fanatisme, l’absence de
tout sentiment moral et la « perfection » de l’organisation technique.
Ces observations sont caractéristiques. Elles montrent que, lorsqu’il
évoque le nihilisme, Jünger se réfère avant tout au modèle de l’Etat totalitaire,
et plus spécialement à celui de l’Etat nazi. Le IIIe Reich correspond en effet à
cet état social où les hommes sont soumis à un ordre absolu, à une
organisation « automatique », tandis que la dévaluation de toute morale
traditionnelle va de pair avec une incontestable exaltation de la « santé ».
La question qu’on peut alors se poser est de savoir si ce que Jünger est en
train de décrire est bien le nihilisme. Ne s’agit-il pas plutôt, tout simplement,
du totalitarisme — de ce Léviathan totalitaire, qui a mis la technique à son
serive et qui engendre un monde relevant du « paysage des chantiers » ?
Jünger, par ailleurs, professe un certain optimisme qui transparaît déjà dans
le titre de son texte : « Passage de la ligne ». Evoquant Nietzsche et
Dostoïevsky, il constate que leur critique du nihilisme ne les pas a empêchés
de se montrer eux-mêmes relativement optimistes, soit que le nihilisme puisse
être dépassé « dans un quelconque avenir » (Nietzsche), soit qu’il constitue
en quelque sorte « une phase nécessaire, à l’intérieur d’un mouvement qui
tend à des fins précises » (Dostoïevski). Jünger reprend ici une idée qui lui est
familière : après le pire ne peut venir que le meilleur. Ou plus exactement : une
tendance poussée jusqu’à son terme s’inverse nécessairement en son
contraire. Ainsi disait-il, dans les années trente, qu’il fallait « perdre la guerre
pour gagner la nation ». C’est dans cet esprit qu’il cite Bernanos : « La
lumière n’éclate que si les ténèbres ont tout envahi. La supériorité absolue de
l’ennemi est justement ce qui se retourne contre lui » (pp. 37-38). Or, le
sentiment de Jünger est que le pire est passé, que « la tête a franchi la ligne »,
c’est-à-dire que l’homme a commencé à sortir du nihilisme. Cette affirmation
résulte, là encore, de son assimilation du nihilisme au totalitarisme. Comme
l’écrit Julien Hervier, « si Jünger croit au dépassement du zéro absolu,
l’écroulement de l’hitlérisme, incarnation triomphante du nihilisme moral, n’y
est pas pour rien » (préface, p. 13) (2).
Dans son essai, Jünger s’applique donc essentiellement à décrire l’état du
monde tel qu’il l’est, afin de supputer la possibilité que l’on soit déjà passé
de l’autre côté de la « ligne ». Sa conclusion peut d’ailleurs paraître modeste.
Face au nihilisme, il propose de recourir aux poètes et à l’amour (« Eros »). Il
en appelle à la dissidence individuelle, à l’« anarchie authentique ». (En 1950,
il n’a pas encore inventé la Figure de l’Anarque). « Avant tout, écrit-il, il faut
trouver la sécurité dans son propre cœur. Alors, le monde changera ».
La démarche de Heidegger est bien différente. Son texte, écrit en réponse à
celui de Jünger, se veut avant tout une critique — critique amicale bien
entendu, et qui souligne la considération qu’il a pour son interlocuteur, mais
qui n’en vise pas moins à substituer à son analyse un tout autre point de vue.
La modification du titre est déjà révélatrice. Alors que Jünger a choisi de
disserter « sur la ligne » au sens de « au-delà de la ligne » (Über die Linie),
Heidegger entend se prononcer « sur la ligne » au sens de « à propos de la
ligne » (Über « die Linie »), marquant ainsi d’entrée sa conviction que la ligne
n’a pas encore été franchie et son désir de susciter une interrogation sur les
raisons pour lesquelles elle ne peut pas encore l’être. A la topographie trans
lineam de Jünger, Heidegger déclare donc explicitement vouloir ajouter (et à
bien des égards opposer) une topologie de linea : « Vous regardez et vous
allez au-delà de la ligne ; je me contente de considérer d’abord cette ligne que
vous avez représentée. L’un aide l’autre, et réciproquement » (p. 203).
Heidegger commence par contester que l’on puisse, comme Jünger
cherche à le faire, donner une bonne « définition » du nihilisme. « En
demeurant attachés à l’image de la ligne, écrit-il, nous découvrons qu’elle
parcourt un espace, lui-même déterminé par un site. Le site rassemble. Le
rassemblement recèle le rassemblé dans son essence. C’est le site de la
ligne qui donne la provenance de l’essence du nihilisme et de son
accomplissement » (p. 200). S’interroger sur l’accomplissement du nihilisme
dont le monde tout entier est devenu le théâtre — en sorte que le nihilisme est
désormais l’« état normal » de l’humanité —, impose donc de chercher à
situer ce « site de la ligne » qui fait signe vers l’essence du nihilisme. Pour
Heidegger, poser la question de la situation de l’homme dans son rapport au
mouvement du nihilisme exige une « détermination d’essence ». Comprendre
le nihilisme implique que la pensée soit ramenée à la considération de son
essence.
La réponse sera bientôt donnée. Elle découle de la philosophie de
Heidegger, dont on suppose ici connues les lignes essentielles. Le nihilisme,
aux yeux de Heidegger, représente la conséquence et l’accomplissement
d’un lent mouvement d’oubli de l’Etre, qui commence avec Socrate et
Platon, se poursuit dans le christianisme et la métaphysique occidentale et
triomphe dans les temps modernes. L’essence du nihilisme « repose dans
l’oubli de l’Etre » (p. 247). Le nihilisme est l’oubli de l’Etre parvenu à son
accomplissement. C’est en cela qu’il est le règne du néant.
L’oubli de l’Etre signifie que l’Etre se voile, qu’il se tient dans un retrait
voilé qui le dérobe à la pensée de l’homme, mais qui est aussi une retraite
protectrice, une mise en attente d’un décèlement : « C’est dans un tel
voilement que consiste l’essence de l’oubli ». L’oubli, c’est le cèlement de
l’Etre-présent au profit de l’étant-présent. Dans la métaphysique occidentale,
Dieu n’est lui-même que l’étant suprême. La métaphysique ne connaît que la
transcendance, c’est-à-dire la pensée de l’étant. C’est pourquoi il lui est
interdit, non seulement d’accéder à l’Etre, mais même de faire l’épreuve de
sa propre essence.
Heidegger précise encore que c’est dans le « règne de la volonté de
volonté » que s’accomplit l’essence du nihilisme. Ici, c’est bien entendu la
pensée de Nietzsche qui est visée. On sait que, pour Heidegger, la philosophie
de l’auteur de Zarathoustra n’est, en dépit de ses mérites, que du platonisme
inversé dans la mesure où elle ne parvient pas à sortir du champ de la valeur.
La volonté de puissance, analysée par Heidegger comme « volonté de
volonté », c’est-à-dire volonté qui se veut de manière inconditionnée, n’est
qu’un mode d’apparition de l’être de l’étant, et en ce sens une autre forme
de l’oubli de l’Etre. « Il appartient à l’essence de la volonté de puissance,
écrit Heidegger, de ne pas laisser le réel sur lequel elle établit sa puissance
apparaître dans cette réalité qu’elle est elle-même essentiellement » (p. 205).
Nietzsche a beau déclarer que « Dieu est mort », il reste dans l’ombre de ce
Dieu dont il proclame la mort.
Or, c’est dans la mesure où Jünger reste lui-même sous l’horizon de la
pensée de Nietzsche qu’il se trouve lui aussi visé par la critique de cette
pensée faite par Heidegger.
Heidegger revient ici sur le célèbre livre de Jünger, Le Travailleur, paru en
1932. Il souligne que la Figure (ou la Forme, Gestalt) du Travailleur correspond
très précisément à la Figure de Zarathoustra à l’intérieur de la métaphysique
de la volonté de puissance. Son avènement manifeste la puissance en tant
que volonté d’arraisonner le monde, en tant que « mobilisation totale ». Dans
Le Travailleur, Jünger observait : « La technique est la façon dont la Figure du
Travailleur mobilise le monde ». Le Travail se déploie à l’échelle planétaire au
sens de la volonté de puissance.
Bien entendu, Heidegger n’ignore pas que le regard posé par Jünger sur la
technique a évolué. Jünger a d’abord eu la révélation de l’importance de la
technique au travers d’une expérience concrète : les batailles de matériel de
la Première Guerre mondiale. Il a alors éprouvé, non sans raison, le sentiment
que le règne de la technique allait inaugurer un nouvel âge de l’humanité. Il a
assimilé ce règne à la domination de la Figure du Travailleur, s’imaginant
qu’une telle Figure ne pouvait que s’opposer à l’échelle mondiale à celle du
Bourgeois. Sur ce point, Jünger s’est trompé, et il a par la suite reconnu son
erreur. Enfin, son opinion sur la technique elle-même s’est modifiée — peut-
être sous l’influence des travaux de son frère, Friedrich Georg (La perfection
de la technique, 1946). Après 1945, Jünger a clairement mis en rapport le
nihilisme avec le « titanisme » d’une technique qui, en tant que volonté de
dominer le monde, l’homme et la nature, suit sa propre course sans que rien
ne puisse l’arrêter (3). La technique n’obéit qu’à ses propres règles, sa loi la
plus intime consistant dans l’équivalence du possible et du souhaitable : tout
ce qui peut être techniquement réalisé sera effectivement réalisé.
Heidegger loue sans réserve la façon dont Jünger, dans La mobilisation
totale (1931), puis dans Le Travailleur, a su décrire ce qui se trouve « à la
lumière du projet nietzschéen de l’étant comme volonté de puissance ». Il lui
fait aussi crédit d’avoir finalement réalisé que le règne du travail technicien
relève d’un « nihilisme actif » qui se déploie désormais à l’échelle planétaire.
En même temps, cependant, il lui reproche de n’avoir pas saisi en quoi le
« projet nietzschéen » continue d’interdire la pensée de l’Etre, et souligne
que Le Travailleur « reste une œuvre dont la métaphysique est la patrie » (p.
212).
Ce que reproche en fait Heidegger à Jünger, c’est d’être resté, par-delà
son évolution propre, dans le monde de la Figure et de la valeur. La Figure,
définie par Jünger comme cet « être calme » qui se donne à voir en mettant le
monde en forme à la façon dont un cachet marque de son empreinte, n’est en
effet rien d’autre qu’une « puissance métaphysique ». La Figure, souligne
Heidegger, « repose sur les traits essentiels d’une humanité qui en tant que
subjectum est au fondement de tout étant […] C’est la présence d’un type
humain (typus) qui constitue la subjectité ultime dont l’accomplissement de la
métaphysique moderne marque l’apparition et qui s’offre dans la pensée de
cette métaphysique » (pp. 212-213).
Ne plus prendre part au nihilisme ne veut donc pas encore dire se tenir en
dehors du nihilisme. La façon dont Jünger, pour « sortir » du nihilisme, propose
de se mettre « à l’écoute de la terre », de tenter de savoir « ce que veut la
terre », alors même qu’il dénonce le caractère tellurique et titanesque de la
technique, est à cet égard révélateur.
Jünger écrit : « Le moment où la ligne sera franchie nous révèlera un nouvel
Atour de l’Etre ; alors commencera de poindre ce qui réellement est ».
Heidegger répond : « Parler d’un “Atour de l’Etre” reste un moyen de
fortune, et des plus problématiques ; car l’Etre repose dans l’Atour, en sorte
que celui-ci ne peut jamais venir seulement s’ajouter à l’Etre » (p. 229).
Heidegger ne croit nullement que la « ligne zéro » soit désormais derrière
nous. A ses yeux, l’« accomplissement » du nihilisme n’en représente
absolument pas la fin. « Avec l’accomplissement du nihilisme, écrit-il,
commence seulement la phase finale du nihilisme, dont la zone sera
probablement d’une largeur inaccoutumée parce qu’elle aura été dominée
totalement par un “état normal” et par la consolidation de cet état. C’est
pourquoi la ligne zéro, où l’accomplissement touchera à sa fin, n’est à la fin
pas encore visible le moins du monde » (pp. 209-210). Mais il ajoute aussi que
c’est encore une erreur de raisonner, ainsi que le fait Jünger, comme si la
« ligne zéro » était un point extérieur à l’homme, que l’homme pourrait
« franchir ». L’homme est lui-même la source de l’oubli de l’être. Il est lui-
même la « zone de la ligne ». « D’aucune façon, précise Heidegger, la ligne,
pensée comme le signe de la zone du nihilisme accompli, n’est quelque
chose qui se tient là devant l’homme, quelque chose qu’on peut franchir.
Alors s’effondre également la possibilité d’un trans lineam et celle d’une
traversée pour y parvenir » (p. 233).
Mais alors, si toute tentative de « franchir la ligne » reste « condamnée à
une représentation qui relève elle-même de l’hégémonie de l’oubli de
l’Etre » (p. 247), comment l’homme peut-il espérer en finir avec le nihilisme ?
Heidegger répond : « Au lieu de vouloir dépasser le nihilisme, nous devons
tenter d’entrer enfin en recueillement dans son essence. C’est là le premier
pas qui nous permettra de laisser le nihilisme derrière nous » (p. 247).
Heidegger partage l’opinion de Jünger selon laquelle le nihilisme n’est pas
assimilable au mal ou à une maladie. Mais il donne une autre portée à cette
constatation. Lorsqu’il affirme que « l’essence du nihilisme n’est rien de
nihiliste » (p. 207), il veut dire que la zone du plus extrême danger est aussi
celle qui sauve. C’est en ce sens que le nihilisme, l’in-sane, peut aussi faire
signe vers l’ in-demne.
« Entrer en recueillement » dans l’essence du nihilisme, cela signifie se
donne la possibilité d’une appropriation (Verwindung) de la métaphysique.
L’appropriation de la métaphysique est en effet aussi appropriation de l’oubli
de l’être — et par là même possibilité d’un non-cèlement, possibilité d’un
dévoilement de la vérité (alèthéia). Jünger écrivait que « la difficulté de définir
le nihilisme tient à ce que l’esprit n’est pas capable de se représenter le
néant » (p. 47). Heidegger cite cette phrase pour souligner la proximité de
l’Etre et de l’essence du néant. Il en tire argument pour affirmer que c’est
par une méditation sur le néant que nous comprendrons ce qu’il en est du
nihilisme, et que c’est lorsque nous aurons compris ce qu’il en est du
nihilisme que nous pourrons surmonter l’oubli de l’Etre. « Le néant, écrit-il,
même si nous le comprenons seulement au sens du manque total de l’étant,
appartient abs-ent à la Présence, comme l’une des possibilités de celle-ci. Si
par conséquent c’est le néant qui règne dans l’essence du nihilisme et que
l’essence du néant appartient à l’Etre, si d’autre part l’Etre est le destin de
la transcendance, c’est alors l’essence de la métaphysique qui se montre
comme le lieu de l’essence du nihilisme » (p. 236).
Le lieu de l’essence du nihilisme accompli est donc à chercher « là où
l’essence de la métaphysique déploie ses possibilités extrêmes et se
rassemble en elles » (ibid.). Finalement, écrit Heidegger, « le dépassement du
nihilisme exige que l’on entre dans son essence, laquelle entrée rend
caduque la volonté de dépasser. L’appropriation de la métaphysique appelle
la pensée à un plus initial rappel » (p. 250).
Cependant, pour faire sauter la « barrière » qui nous empêche d’entrer en
recueillement dans l’essence du nihilisme, il faut encore disposer d’une
parole susceptible de donner accès à la pensée de l’Etre. Il faut, en d’autres
termes, abandonner la langue de la métaphysique — qui est encore celle de la
volonté de puissance, de la valeur et de la Figure — car cette langu,
précisément, en interdit l’accès. « La seule façon dont nous puissions réfléchir
à l’essence du nihilisme, souligne Heidegger, c’est d’abord emprunter le
chemin qui conduit à situer la demeure de l’Etre. Ce n’est que sur ce chemin
que la question du néant se laisse situer. Mais la question de la demeure de
l’Etre dépérit si elle n’abandonne pas la langue de la métaphysique, parce
que la représentation métaphysique interdit de penser la question de la
demeure de l’Etre ».
Or, c’est bien là ce que Heidegger reproche à Jünger : il lui reproche de
s’interroger sur le nihilisme à partir d’un dire et d’une pensée qui restent
tributaires de l’essence de la métaphysique. Dans la mesure où il continue à
s’exprimer et à penser dans la langue de la métaphysique, qui est le lieu de
l’essence du nihilisme Jünger s’enlève à lui-même toute possibilité de
résoudre le problème qu’il a posé. « En quelle langue, demande Heidegger,
parle la pensée dont le plan fondamental ébauche un franchissement de la
ligne ? Faut-il que la langue de la métaphysique de la volonté de puissance, de
la Figure et de la valeur soit encore sauvée de l’autre côté de la ligne
critique ? Et si la langue, précisément, de la métaphysique, et cette
métaphysique elle-même (que ce soit celle du Dieu vivant ou du Dieu mort)
constituaient en tant que métaphysique cette barrière qui interdit le passage de
la ligne, c’est-à-dire le dépassement du nihilisme ? » (pp. 224-225).
Nous ne pouvons donc pénétrer l’essence du nihilisme aussi longtemps
que nous continuons à nous exprimer dans sa langage. C’est pourquoi
Heidegger en appelle à une « mutation du Dire », à une « mue dans la relation
à l’essence de la parole ». Il en appelle au Dire qui est requis pour surmonter
l’oubli de l’Etre. Ce Dire capable, parce qu’il correspond à l’essence de
l’Etre, d’ouvrir à la pensée l’accès de cette essence, il l’appelle « Dire de la
Pensée », tout en précisant que « ce Dire n’est pas l’expression de la
Pensée, mais c’est elle-même, c’est sa marche et son chant » (p. 249). Il
faut, conclut-il, faire l’« épreuve du Dire qui est celui de la Pensée fidèle ». Il
faut « travailler au chemin ».
Comment conclure ? J’ai parlé d’un « dialogue » entre Jünger et
Heidegger à propos du nihilisme, mais ce terme n’est pas tout à fait celui qui
convient. Heidegger et Jünger partent souvent de prémisses analogues, mais
ils parviennent à des conclusions en partie opposés. Ils sont tous deux
d’accord pour estimer que le nihilisme trouve dans la technique moderne son
plus solide appui, mais ils ne s’en font pas la même idée. Pour Jünger, la
technique est avant tout d’essence « titanesque », alors que pour Heidegger
elle est de la métaphysique réalisée. Jünger voit dans le nihilisme l’opposé
des valeurs de la métaphysique occidentale et chrétienne. Heidegger y voit
une conséquence ultime de ces mêmes valeurs. Jünger se borne à savoir si
l’homme, dans son rapport au nihilisme, a « franchi la ligne ». Heidegger
convie à s’interroger sur ce que signifie le « franchissement ». En fait,
Heidegger s’appuie sur l’œuvre de Jünger pour aller plus loin et plus profond,
pour élargir la perspective de réflexion, pour convier la pensée à sa propre
mutation. Jünger proposait aux « rebelles » un « recours aux forêts ».
Heidegger convie à emprunter un sentier forestier qui conduit à l’éclaircie, à
cette « clairière » où la vérité (alèthéia), le non-cèlement, sort enfin de l’oubli,
c’est-à-dire de ce voilement millénaire qui a gouverné l’histoire de l’Europe,
et dont l’accomplissement planétaire lui enjoint aujourd’hui d’avoir à en
penser l’issue.
A. B.
1. Ernst Jünger, « Über die Linie », in Anteile. Martin Heidegger zum 60. Geburtstag, Vittorio
Klostermann, Frankfurt/M. 1950, pp. 245-283 ; Martin Heidegger, « Über “die Linie” », in Armin
Mohler (Hrsg.), Freundschaftliche Begegnungen. Festschrift für Ernst Jünger zum 60.
Geburtstag, Vittorio Klostermann, Frankfurt/M. 1955. Le texte de Jünger a été republié
séparément, chez le même éditeur, dans une version légèrement augmentée : Über die Linie,
Vittorio Klostermann, Frankfurt/M. 1950, 45 p. (éd. fr. : Sur l’homme et le temps. Essais, vol. 3 :
Le nœud gordien. Passage de la ligne, Rocher, Monaco 1958, trad. Henri Plard ; 2e éd. augm.
d’un avant-propos de Jünger et d’une préface de Julien Hervier : Passage de la ligne,
Passeur-Cecofop, Nantes 1993 ; 3e éd. : Christian Bourgois, Paris 1997, 104 p.). Le texte de
Heidegger a lui aussi été republié séparément, sans modification, mais sous un nouveau titre :
Zur Seinsfrage, Vittorio Klostermann, Frankfurt/M. 1956 (éd. fr. : « Contribution à la question de
l’Etre », in Martin Heidegger, Questions I, Gallimard, Paris 1968, pp. 195-252, trad. Gérard
Granel). En Italie, les deux textes ont été réunis dans un même volume : Ernst Jünger et Martin
Heidegger, Oltre la linea, Adelphi, Milano 1989, trad. Franco Volpi et Alvise La Rocca. Les
références de pages citées ici sont celles des dernières éditions françaises.
2. Par la suite, Jünger est quelque peu revenu sur cet optimisme : « Après la défaite, je
disais en substance : la tête du serpent a déjà franchi la ligne du nihilisme, elle en est sortie, et
le corps entier va bientôt suivre, et nous entrerons bientôt dans un climat spirituel meilleur, etc.
En fait, nous en sommes loin » (entretien avec Frédéric de Towarnicki, in Martin Heidegger,
L’Herne, Paris 1983, p. 149). Plus fondamentalement, Jünger pense que nous sommes dans
une époque de transition — un interrègne —, et que c’est la raison pour laquelle il ne faut pas
désespérer : « Pour ma part, je pressens que le XXIe siècle sera meilleur que le XXe »
(Entretiens avec Julien Hervier, Gallimard, Paris 1986, p. 156).
3. En fait, même vis-à-vis de ce caractère « titanesque » de la technique, Jünger reste
ambigu. D’un côté, il oppose volontiers les titans aux dieux, et s’inquiète des progrès du
titanisme (l’« afflux d’énergie »). Mais il écrit aussi : « On aurait tendance à craindre que les
titans ne puissent apporter que le malheur, mais Hölderlin lui-même n’est pas de cet avis.
Prométhée est le messager des dieux et l’ami des hommes ; chez Hésiode, l’âge des titans
est l’âge d’or » (avant-propos, p. 26). Le XXIe siècle, selon lui, verra à la fois un essor sans
précédent de la technique et une nouvelle « spiritualisation ».
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05.02.2010
Quand Elisabeth Lévy tacle le vilain Mathieu Cahn...
Mathieu Cahn dont nous avons déjà vanté les "mérites" relativistes, se retrouve désormais sous le fer d'Elisabeth Lévy, qui comme François Bayrou, gifle plus vite que son ombre...
Sa chronique à entendre sur : http://www.rtl.fr/fiche/5932691395/elizabeth-levy.html
Et puis à lire toujours sur www.causeur.fr
09:14 Publié dans L'épée perce | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : elisabeth lévy, mathieu cahn, meinau, strasbourg, marseillaise
04.02.2010
Identité nationale : la contribution de François Loos

La campagne des Régionales a été lancée il y a peu. En Alsace, le jeu semble ouvert. Récemment, l'ancien ministre François Loos, qui est aussi en position éligible sur la liste UMP-Majorité Alsacienne, menée par Philippe Richert, a publié une tribune argumentée dans les Dernières Nouvelles d'Alsace.
Le sujet est brûlant : l'identité nationale, un thème passionnant que la gauche tente de pilonner, avec l'aide de médias complaisants. A Strasbourg, il y a quelques jours, nous avons vu quelle conception avaient certaines adjoints au Maire, de la France, de la République et de ses symboles, qu'ils soient PS ou Verts.
Leur nihilisme et leur relativisme ne doivent pas vaincre...
La Droite strasbourgeoise
À l’heure où la nation semble en cours de dissolution en raison de la crise, de la mondialisation, de la construction européenne, du multiculturalisme érigé en règle unique, de l’immigration, il faut réinventer un projet France, répondant à un double impératif, celui d’un patrimoine à sauvegarder et celui d’un avenir commun à bâtir.
Depuis novembre 2009, le grand débat sur l’identité nationale voulu par le Président de la République et porté par Eric Besson a été lancé.
La question de l’identité nationale part d’un constat clair, celui d’une double crise entre héritage et consentement, aboutissant à un désenchantement croissant d’une partie de la population française devant le pays, sa langue, ses traditions, ses paysages, sa culture, sa littérature.
Pourtant, aborder ces questionnements serait politiquement incorrect pour certains !
Je pense au contraire que la discorde déclenchée n’est pas digne d’un grand débat comme celui-ci, alors que les Français s’interrogent sur leurs valeurs communes.
Durant la IIIe République, République et Patrie étaient des phares pour tous, grâce à l’Ecole et ses « hussards noirs ». La prise de conscience nationale était une réalité palpable et la devise Liberté-Égalité-Fraternité, un mode de vie duquel l’intégration doit s’inspirer. C’était bien l’Ecole qui transmettaitles outils les plus puissants d’intégration : la langue et l’héritage historique ainsi que la hiérachie des appartenances. Mais aujourd’hui, à l’heure du communautarisme affiché, notre devise Liberté- Égalité-Fraternité est remise en cause :
inflation législative galopante, perte de souveraineté en raison du fonctionnement de l’Europe, accoutumance à la délinquance, ou certaines pratiques d’un autre âge, empiètent sur la sacro-sainte Liberté ; l’égalitarisme, quant à lui, relègue le mérite et le travail au second plan et l’Ecole peine à transmettre savoirs et héritage ; enfin, les incivilités quotidiennes et le communautarisme divisent, en cette époque difficile où il faudrait plutôt rassembler.
Une société de confiance est possible
Si la Nation est bien « riche legs de souvenirs » et « désir de vivre ensemble » comme l’écrit Renan, alors il est temps de réagir pour la sauver, en tenant compte des réalités actuelles de la société française qui semble s’en éloigner, faute de s’y reconnaître. Pourtant, la solution d’importer un modèle de société qui marche bien ailleurs n’est pas viable. Pour qu’il fonctionne, notre système doit être inscrit dans notre tradition : la République et ses valeurs plutôt que la féodalité du communautarisme !
Il faut donc susciter l’adhésion à notre modèle, car la France ne doit pas être une nation-service ne donnant que des droits, sans la contrepartie de devoirs et de volontarisme.
Les français se reconnaissent-ils encore dans leurs institutions ? Pour cela, il faudrait que l’intérêt du Citoyen revienne au centre des préoccupations des services et que personne n’ait l’impression d’être abandonné sur le bord du chemin! Il s’agit d’opérer un retour aux valeurs fondatrices de la République et de sa devise au sein des institutions, revenir aux fondamentaux de notre histoire.
Quels peuvent en être les moyens ?
- Une gestion responsable du social et des retraites pour assurer leur pérénité, sans renvoyer toujours à plus tard.
- Une décentralisation plus effective – c’est le sens de la réforme en cours, mais il faut aller beaucoup plus loin.
- Enfin, une priorité absolue à l’école et à la formation, avec des modalités très diverses, comme par exemple l’autonomie des universités ou l’obligation d’un quota de boursiers dans les grandes écoles.
Et si on en était fiers, alors ?
Et si on se faisait confiance pour y arriver ?
A lire sur : http://www.françois-loos.com/
12:04 Publié dans La Droite avance | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : frznçois loos, identité nationale, ump, alsace, bas-rhin, ernest renan, eric besson
02.02.2010
Drapeau : Jean Philippe Maurer répond à Mathieu Cahn
Jean Philippe Maurer, Député de la 2ème circonscription de Strasbourg n'a pas apprécié la sortie du Camarade Premier Secrétaire du PS contre « le fétichisme du drapeau et la vénération de l’hymne national ». Il adresse un courrier au Maire de Strasbourg que nous reproduisons intégralement.
Que répondra-t-on lors d'éventuels procès à l'encontre de "jeunes" portant atteinte à la République et au drapeau, lorsque leurs avocats habiles plaideront le fait que leurs clients n'ont rien contre la République mais souhaitaient juste remettre en cause « le fétichisme du drapeau et la vénération de l’hymne national » par ailleurs dénoncé publiquement par des élus de la République.
Monsieur le Sénateur Maire,
C’est avec une tristesse certaine que je me vois dans l’obligation de vous écrire suite aux déclarations surprenantes d’un de vos adjoints lors d’une cérémonie de voeux devant quelques dizaines d’invités à la Meinau.Au regard de ce que la presse relate, cet adjoint aurait lancé une diatribe contre « le fétichisme du drapeau et la vénération de l’hymne national » rajoutant qu’ils « ne suffisent plus aujourd’hui pour répondre aux malaises de la société française », car dans ces valeurs, « il n’y a plus de sens pour nombre de nos concitoyens ». Certes, s’ils ne suffisent pas, ils n’en sont pas moins indispensables et votre adjoint au maire, plutôt que de se comporter en promoteur des symboles républicains, s’affiche comme l’un de leurs fossoyeurs
Je ne connais pas le parcours de cet adjoint et ne veux donc pas stigmatiser son absence de culture historique et philosophique. En revanche, comme responsable d’un parti politique au niveau départemental, je suppose qu’il a eu à suivre desformations afin qu’il puisse maîtriser un certain nombre de concepts clés de la République et de notre démocratie.
Sans en appeler à Jaurès, il me semblait que le parti socialiste s’était engagé dans le respect des processus démocratiques, plus symbolisés, , n’en déplaise, par le drapeau et l’hymne national que par le drapeau rouge et « la Jeune Garde ». Ce discours veut créer la polémique et la division, notamment en mettant ces symboles en opposition à la Fête des Peuples dont il semble découvrir l’existence alors qu’elle en est à sa 18ème édition. Cette polémique est indécente et indigne pour tous ceux, qui dans le monde entier, ont utilisé ces deux symboles comme un cri pour la liberté et la démocratie.
Il est étonnant que vous ayez confié à cet adjoint la responsabilité de la jeunesse. Ainsi, je vous demanderai, Monsieur le Sénateur Maire, de rappeler à cet adjoint, un minimum de décence et de respect envers ceux pour lesquels ce drapeau et cet hymne signifient quelque chose, à défaut, -si vous partagez ses déclarations d’en faire part aux Strasbourgeois, et partant, à tous les Français.
Avec mes salutations citoyennes et républicaines,
15:08 Publié dans La ville en parle | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe, maurer, mathieu, cahn, strasbourg, drapeau, hymne, national, alsace
28.01.2010
Alsace : Et si l’élection régionale ne se gagnait pas au centre ?
Nos lecteurs habitués nous voit venir. Peut-être même est-il encore temps de modifier des listes et d’analyser des chiffres. Ceux, par exemple de la dernière élection régionale en Alsace. Rappelons les en les piochant sur la toile. Avec une abstention de 40 % soit 2/5ème du corps électoral, obtiennent Adrien Zeller (UMP-UDF) 34.07 %, Jacques Bigot (PS-Verts) 20.12 %, Patrick Binder (Front National) 18.58 %, Robert Spieler (Alsace d'abord) 9.42 %, Antoine Waechter (Ecologistes) 7.39 %, Alfred Wahl (PCF-PRG-MRC) 3.73 %, Patrick Merck (France d'en bas) 3.56 %, Françoise Ruch (LO-LCR) 3.03 %, Pascale Grauss (Parti Fédéraliste) 0.09.
Sur cette base-là, l’élection donna les résultats de second tour suivants, sans fusion de liste : Adrien Zeller (UMP-UDF) 43.48 %, Jacques Bigot (PS-Verts) 34.57 %, Patrick Binder (Front National) 21.95 %.
Imaginons un instant que le mouvement régionaliste (le plus proche en chiffre) ou le mouvement écologiste indépendant aient passé la barre des 10 %. Quelle eut été la donne de second tour ? Le Mei aurait-il suivi certaines sirènes qu’il suit aujourd’hui ?
Au-delà de la fiction, voilà qui permet de suivre les mouvements de voix de l’époque et déjà une possible victoire de la gauche.
Sont donc venus renforcer la liste Zeller au second tour, les voix de la France d’en Bas ( droite contestataire), les 2/3 d’Alsace d’abord (droite régionaliste) et sans doute quelques pourcentages du MEI (écologisme régional). Sans ces voix-là, l’Alsace ne faisait pas l’exception en 2004. Voilà peut-être une lecture à faire avant de partir en campagne. L’élection régionale alsacienne se gagne donc peut-être moins au centre que ne semble le laisser croire les élus. Une victoire se construit aussi dans la capacité à rassembler les siens, tous les siens.
14:38 Publié dans L'Histoire éveille | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alsace, régionales, analyse, élections, droite, strasbourgeoise
Strasbourg : le "fasciste" ne passera pas
Et voilà que Robert Herrmann nous fait dans la « reductio ad hitlerum ». Le « Torquemada gentilhomme » proposera sans doute bientôt de brûler Robert Grossmann en place publique.
Le crime de Robert G : avoir traité de « fasciste », « l’ami de 30 ans de Robert H », le maire Roland Ries. Emporté par des débats houleux, mal menés et pour le moins harcelé par une jeune garde arrogante, Robert Grossmann aurait dépassé les bornes.
Dans un style qui confère à l’homme – par ailleurs nettoyeur de dossiers festifs et formateurs – le rôle de porte-parole du groupe, Robert Hermann, monté sur ses grands chevaux comme il sait l'être sur sa bicyclette, fait donc son œuvre : « A l’heure où le Maire reçoit des lettres anonymes signées de croix gammées, l’insulte émanant de l’ancien président de la CUS rejoint les propos de ceux, anonymes, qui s’expriment violemment et de façon diffamatoire ». Il sonne la charge et la cavalerie des communiqués bien pensés débarque.
Bon sang, mais c’est bien sûr. Il y aurait les acteurs passifs et les penseurs qui initient l’action. Il faut donc tirer sur tout ce qui bouge. Dieu ou le grand architecte de l'univers reconnaîtront les leurs.
Pour notre part, on ne connaissait pas « ces lettres » et on en était resté aux tags. Quoiqu’il en soit, le raccourci ne tient pas et on avoue ici souhaiter que les décérébrés qui se croient malin en déversant leur prose sur des murs soient mis hors d’état de nuire surtout s’il s’agit d’agitateurs. Qu'il en soit de même pour ceux qui ne respectent pas la mort et les morts.
Mais revenons-en au maître censeur. Le voilà donc ne trouvant aucune excuse au leader de l’opposition et bien entendu, tentant, par le raccourci de la gauche écolière la plus classique « droite = nazi », de dresser à son encontre un tribunal au moins municipal mais toujours révolutionnaire.
Si l’on peut comprendre que l’odeur des batailles régionales réveillent les ardeurs du camarade, il eut peut-être été habile pour lui de calmer les portes flingues de la rose pensée. Cela ne fut pas le cas. Depuis, Robert Grossmann s'est excusé. Ainsi soit-il.
Et quand à dénoncer l’anonymat des blogs, il balayera aussi dans sa cellule car il nous semble que d’autres ne sont pas les derniers lorsqu’il s’agit d’enfoncer un petit camarade en détresse. Quant à l'idéologie fasciste, née d'un ancien du PSI, on ne rappellera pas non plus ses accointances avec les idéologies totalitaires et mortifères que les idéologies de gauche ont su engendrer au XXème siècle.
Pour notre part, nous dénonçons tous les totalitarismes, même ceux qui certains entendent exercer localement. No pasaran, No pasdaran !
Eric Neustadt
10:39 Publié dans La Gauche bouge | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : robert, hermann, grossmann, fasciste, conseil, municipal
27.01.2010
Un épisode des Mémoires de Claude Lanzmann contesté en Allemagne
Pour faire suite à notre précédent article sur la polémique Claude Lanzmann/Yannick Haenel, cet article édifiant du Monde devrait apporter un éclairage nouveau à l'ensemble...
LDS
Alors que la traduction en allemand des Mémoires de Claude Lanzmann n'est pas encore achevée - la sortie est prévue pour septembre aux éditions Rowohlt -, une polémique est déjà engagée autour de deux pages du Lièvre de Patagonie (Gallimard, 2009).
Elle concerne le séjour du futur cinéaste dans le Berlin de la guerre froide au tournant des années 1940-1950. Nommé assistant en 1949 à la Freie Universität (FU, Université libre) de cette ville, une institution ouverte en 1948 dans le secteur occidental de la ville pour faire pièce aux établissements dominés par les Soviétiques, le mémorialiste y constate "l'existence d'une bureaucratie nazie". Son intention de consacrer un séminaire à l'antisémitisme à la demande des étudiants est contrecarrée, dit-il, par le recteur, Edwin Redslob, et le général Ganeval, qui préside aux destinées du secteur français de la ville. Il rédige alors un article, censuré dans la partie occidentale, qui finit par être accueilli par un journal de Berlin-Est, Berliner Zeitung. Son texte y voisine avec la reproduction d'un poème dédié par Redslob à l'actrice Emmy Goering, la femme du maréchal. Résultat, selon Lanzmann : "Le recteur fut immédiatement destitué et pas mal d'autres avec lui."
Accusation de calomnie
Mais, jeudi 7 janvier, l'hebdomadaire Die Zeit publiait une "Petite mise en garde à l'attention des éditions Rowohlt", signée Christian Welzbacher. Ce dernier n'est autre que l'auteur d'une biographie d'Edwin Redslob (1884-1973) parue en 2009 chez Matthes & Seitz. M. Welzbacher s'inscrit en faux contre la version fournie par Lanzmann. Redslob, amateur de peinture expressionniste et fervent admirateur de Goethe, aurait été mis à l'écart dès la prise du pouvoir par Hitler en 1933.
En outre, précise-t-il, le recteur de la FU était depuis longtemps la cible désignée des autorités communistes, lesquelles avaient lancé contre lui une vigoureuse campagne de presse. L'écrit du jeune assistant français d'à peine 24 ans n'aurait fait que s'ajouter à la liste, sans avoir l'effet prétendu. Redslob aurait quitté de lui-même ses fonctions six mois plus tard, sans que l'estocade de Lanzmann y soit pour quoi que ce soit. Conclusion : Le Lièvre de Patagonie "est un roman."
Une opinion qui a fait scandale en Allemagne. La Frankfürter Allgemeine Zeitung a dénoncé sous la plume de Jürg Allwegg une campagne de calomnies en cours contre l'auteur de Shoah. De son côté, le responsable du "Feuilleton" dans Die Zeit (les pages littéraires et culturelles), Florian Illies, a publié jeudi 14 janvier une mise au point embarrassée. Tout en rejetant l'accusation de "calomnie", celui-ci prend quelques distances avec la conclusion du biographe. Il rappelle, en outre, que l'hebdomadaire n'est pas engagé dans une campagne contre Lanzmann, et qu'il a par exemple protesté lorsque, à l'automne 2009, la projection de son film Pourquoi Israël ? (1973) a été empêchée par un groupuscule d'extrême gauche à Hambourg.
Quant au correspondant culturel à Paris de la Süddeutsche Zeitung, l'historien Johannes Willms, qui avait recensé pour son journal la biographie d'Edwin Redslob, il s'avoue sidéré par le réquisitoire de Welzbacher. Ne contredit-il pas la biographie dont il est l'auteur qui montre que Redslob n'avait rien d'un opposant au nazisme, ni même d'un "émigré intérieur" comme il tentera, avec tant d'autres, de se faire passer après 1945 mais un sympathisant ou un suiviste (Mitläufer), dont les ouvrages sur Goethe et Napoléon ornaient les bibliothèques de la SS. En s'étonnant de cette palinodie, J. Willms estime que le débat est clos.
"Je ne retire pas un mot de ce que j'ai écrit", commente de son côté Claude Lanzmann, soulignant le caractère isolé de la critique. "Je n'ai jamais dit que ce Redslob était un nazi. J'ai d'ailleurs quitté Berlin à ce moment-là et on m'a dit qu'il avait été renvoyé. En fait, six mois plus tard il avait atteint l'âge de la retraite, mais même après un an de fonctions seulement on ne lui a pas proposé de rester."
Nicolas Weill
Article paru dans l'édition du 26.01.10
19:49 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude lanzmann, shoah, le lièvre de patagonie, die zeit, faz
26.01.2010
Radio Lanzmann ment, Radio Lanzmann est...
Yannick Haenel, je l'ai rencontré par deux fois. Deux beaux moments, l'un pour la sortie de Cercle (Ed. Gallimard), l'autre récemment pour Jan Karski. C'est un véritable écrivain.
Jan Karski est un livre paradoxal et l'un de ses plus étonnants paradoxes c'est de s'attacher à faire revivre une figure du film de Claude Lanzmann, Shoah, le héros polonais Jan Karski.
Du coup, Lanzmann est énervé depuis plusieurs mois. Il est souvent énervé, normal c'est un vieux con acarariâtre et odieux. Il l'a démontré plusieurs fois, notamment à Strasbourg lors d'un dîner, il y a quelques années et en juin dernier lors de sa venue à la librairie Kléber où sa présentation a été lamentable. Il est propriétaire de la "Shoah" comme d'autres se comportent en gardiens du temple et dénit à quiconque le droit de parler de ce sujet, d'imaginer un film. Que n'a t-il pas dit sur Steven Spielberg et sa Liste de Schindler en s'empiffrant, une bavette autour du cou ce soir-là chez Yvonne...
Haenel et ce livre l'énervent. Comme c'est un personnage élégant, il a surtout craint pour les ventes du dvd de Shoah. Manque de bol, elles ont augmentées avec la sortie et le succès du livre.
Cela fait longtemps que Claude Lanzmann est odieux avec tout le monde. Personne n'ose s'attaquer à lui. La récente parution de ses mémoires Le lièvre de Patagonie (Ed. Gallimard) a donné lieu à une avalanche d'articles positifs, sans grand regard critique. On se souvient d'une ridicule chronique par "la journaliste littéraire" des Dernières Nouvelles d'Alsace, Véronique Leblanc qui n'avait pas assez de pommade à passer. Pour mémoire, à l'occasion de sa venue à Strasbourg, nous en avions parlé aussi, de façon plus... circonstanciée. C'est un livre important mais bon, Lanzmann n'est pas un saint, il est cinéaste et s'est révélé écrivain, tant mieux pour lui et pour nous.
Certains critiquent durement Jan Karski ; Juan Asensio dit le Stalker par exemple et il a été le premier à émettre un avis négatif. Ce n'est pas interdit, l'éclairage d'Asensio est intéressant.
La réponse aux attaques brutales de Claude Lanzmann de ce week-end dans l'hebdo Marianne n'a pas tardée. C'est le combat de trop pour le vieux lion, le combat qui le perdra et lui fera perdre une partie du prestige qu'il avait jusqu'à maintenant. Le combat mesquin, qui pue la jalousie, le coup de pub, le fric et la mauvaise foi. Le combat qui rappelle que par bien des aspects, le film Shoah n'est pas non plus un document à l'exigence historique parfaite et que par bien des côtés, il est critiquable. Mais qu'il est essentiel, ce que n'est pas Monsieur Lanzmann...
Car Radio Lanzmann ment, Radio Lanzmann est... navrant.
Laurent Husser
Ci-dessous la réponse cinglante de Yannick Haenel dans Le Monde
Jan Karski en liberté
Claude Lanzmann ne comprend pas la littérature. Je respecte sa personne, j'admire ses films, et mon livre Jan Karski est un hommage à Shoah. Mais l'idée qu'il se fait de l'acte littéraire relève de l'archaïsme, et de la mauvaise foi. Cinq mois après la parution de mon livre, voici qu'il m'accuse d'avoir écrit un "faux roman", un "livre obscène", et une oeuvre "malhonnête".
Passons sur le temps qu'il aura fallu à Lanzmann pour s'apercevoir d'un si déplorable forfait : cette lenteur s'explique forcément par le sérieux que Lanzman met en toute chose. Passons aussi sur l'immensité de sa jalousie : Lanzmann ne "décolère pas", dixit Pierre Assouline, depuis que Jan Karski a obtenu le prix Interallié ("Le Monde des livres", du 22 janvier).
Si Claude Lanzmann s'avise que ce livre est soudainement si scandaleux, c'est parce que son agenda l'exige. Son attaque contre mon livre coïncide en effet avec une rediffusion de Shoah sur Arte, et avec la signature d'un contrat, sur la même chaîne, pour un film sur Karski : dans le domaine de la publicité, le hasard fait toujours bien les choses.
Comme si cela ne suffisait pas, Claude Lanzmann a demandé, je cite, mon "exécution capitale". La première phrase de ses Mémoires s'en trouve étrangement éclairée : "La guillotine - plus généralement la peine capitale et les différents modes d'administration de la mort - aura été la grande affaire de ma vie." L'homme qui a voué sa vie à donner voix aux victimes manifeste ainsi, à mon encontre, l'attitude du bourreau. Lanzmann veut ma mort, il l'énonce publiquement, avec l'impunité de ceux qui se prennent pour des commandeurs. Un tel voeu pourrait prêter à sourire, mais soyons clairs : comment qualifier un homme qui souhaite la mort d'un autre ?
A qui ai-je porté atteinte ? A Jan Karski ? Ses amis m'ont accueilli en Pologne avec enthousiasme ; ses héritiers m'ont invité à l'Institut Karski de Katowice, ils m'attendent bientôt à celui de Washington.
J'ai écrit un livre qui est, en partie, une fiction sur Jan Karski. Le recours à la fiction n'est pas seulement un droit ; il est ici nécessaire parce qu'on ne sait quasiment rien de la vie de Karski après 1945, sinon qu'il se tait pendant trente-cinq ans. Les historiens sont impuissants face au silence : redonner vie à Karski implique donc une approche intuitive. Cela s'appelle la fiction. Lanzmann, évidemment, est catégorique : "Je ne voyais pas comment on pouvait écrire un roman sur Karski" (entendez : il ne doit pas y avoir de roman sur Karski). Enoncer des interdits semble la vocation de Claude Lanzmann.
Ainsi serait-il le propriétaire de Jan Karski, comme on l'est d'une marque ; il serait l'unique détenteur de la "vérité", comme il dit, et personne, surtout pas moi, n'aurait le droit, après Shoah, de toucher à Karski. D'ailleurs, Lanzmann est persuadé que Karski n'existe que dans son film, il n'imagine même pas qu'il lui soit arrivé de vivre en dehors de leur rencontre. Il ignore sans doute que Karski a participé à d'autres films que le sien.
En exhibant bientôt, comme il l'annonce, une partie de ses rushes, Lanzmann va, dit-il, "rétablir la vérité" : "On saura ce que Karski et Roosevelt se sont vraiment dit !" Ce qu'ils se sont "vraiment dit" ? Vraiment vrai de vrai ? Les croyances de Lanzmann pourraient simplement sembler rigides, mais le mot de "vérité" sonne ici comme une sentence dans la bouche d'un procureur. Contrairement à ce tribunal de l'Histoire d'où parle Lanzmann, la littérature est un espace libre où la "vérité" n'existe pas, où les incertitudes, les ambiguïtés, les métamorphoses tissent un univers dont le sens n'est jamais fermé.
Jan Karski est multiple, contradictoire, secret, comme tous les hommes. Lanzmann le reconnaît involontairement lorsqu'il constate que, au deuxième jour de tournage avec Karski, celui-ci avait changé. Mais cette attitude ne convenait pas à Lanzmann, elle ne correspondait pas à ce qu'il attendait de lui, ainsi juge-t-il soudain Karski "mondain" et "cabotin". On mesure le respect que Lanzmann accorde aux êtres ; on comprend surtout qu'il n'aime pas Jan Karski.
Car Lanzmann se garde bien de raconter comment il l'a piégé. Dans une lettre du 7 juillet 1978, pour convaincre Karski d'être filmé, il lui écrit, à propos des juifs d'Europe : "Si quelqu'un est coupable de non-assistance à personne en danger, c'est plutôt les Alliés que les Polonais." Il ajoute qu'il a été impressionné, lors d'un voyage en Pologne, de "découvrir combien tant de Polonais avaient mis leur vie en danger pour venir en aide aux juifs". Puis il lui fait une promesse : "Cette question du sauvetage sera l'un des sujets majeurs de mon film." (Lettre citée par E. Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski, Karski. How One Man Tried to Stop the Holocaust, J. Wiley, 1994, p.253).
Non seulement cette question n'est pas l'un des sujets de Shoah, mais en choisissant de couper la partie de l'entretien où Karski raconte sa mission en faveur des juifs, Lanzmann modifie complètement l'image donnée de la Pologne. Il est indiscutable que celle-ci a été effroyablement antisémite. "J'ai voulu protéger Jan Karski contre lui-même", ose dire Lanzmann pour justifier sa censure. Il a surtout rendu impossible qu'on puisse voir, dans son film, un Polonais qui n'est pas antisémite.
Bref, Lanzmann a menti ; il a trahi Karski. Et celui-ci, tout en accordant par loyauté son soutien à Shoah, a protesté dans un article intitulé : "Shoah, une vision biaisée de l'Holocauste" (Esprit, février 1986). Ce qui a eu lieu entre Karski et Lanzmann ne correspond donc pas à ce que celui-ci voudrait faire croire aujourd'hui. Au contraire, Lanzmann a un problème avec Karski ; c'est pourquoi mon livre le gêne, comme le retour d'un refoulé.
01:36 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude lanzmann, shoah, yannick haenel, jan karski, arte, le monde
24.01.2010
Quand des journalistes des Dernières Nouvelles d'Alsace militent... pour la gauche
- Samedi 23 janvier : une page complète sur Gérard Noirel, historien. Une charge virulente contre le discours identitaire, « la politisation de l'identité nationale »
Il vient de sortir un livre sur Le massacre des Italiens - Aigues-Mortes, 17 août 1893. Sans doute intéressant à lire, même si l'on connaît les positions de cet historien. CQFD ?
On voit le rapprochement (outre les termes durs contre Nicolas Sarkozy, le ministère de l'immigration etc...) choisi par la journaliste Elodie Bécu.
Identité nationale, discours identitaire = danger = massacre de populations. Il est vrai que M. Noirel est un hstorien notoirement engagé. A quand un article d'une page d'un historien ou un intellectuel défendant l'identité nationale ?
- Dimanche 24 janvier : ¾ de page sur le directeur de cabinet de Roland Ries Patrick Pincet, un portrait élogieux et flatteur sur un Républicain pur sucre, pensez donc il est adoubé par Jean-Pierre Chevènement ! Remarquez le titre de l'article, éblouissant : « Des ors de la République aux lumières de la Ville ». Nous avions déjà évoqué sa sortie contre le débat sur l'identité nationale, la récente polémique à propos des blogs "anonymes"
Et une phrase impressionnante : « Un « homme de l'ombre » - qui n'hésite pas à sortir du bois - n'en déplaise à l'opposition. ».
Le journaliste Philippe Dossmann n'hésite donc pas à sous-entendre que l'opposition n'est guère avisée.
Il est vrai enfin, qu'apprendre que M. le directeur de cabinet collectionne les figurines de BD dans son bureau ; cela peut donner une idée de l'environnement culturel général du 9e étage du Centre administratif...
Mais il est vrai aussi que depuis quelques jours, il n'y a pas eu d'articles dans les DNA pour déplorer telle expulsion de clandestins ou pour telle manifestation en leur faveur. Il fallait sans doute compenser lourdement, surtout après la récente excellente tribune de M. le député François Loos sur l'identité nationale...
Laurent Husser
NB : pour éviter toute polémique, cette note est certifiée 100% non anonyme...
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22.01.2010
Correspondance de Louis-Ferdinand Céline : Tout ce qui ne chante pas, pour moi, c’est de la merde. Qui ne danse pas fait l’aveu tout bas de quelque disgrâce.
Rencontre avec Henri Godard autour de la parution de la Pléiade des lettres de Louis-Ferdinand Céline samedi 23 janvier 15H à la librairie Kléber de Strasbourg.
«Je ne voudrais pas mourir sans avoir transposé tout ce que j’ai dû subir des êtres et des choses […] Ma mère travaille encore. Je me souviens, quand elle était plus jeune, de l’énorme tas de dentelles à réparer, le fabuleux monticule qui surplombait toujours sa table -une montagne de boulot, pour quelques francs. Ce n’était jamais terminé. C’était pour bouffer. J’en avais des cauchemars la nuit, elle aussi. Cela m’est toujours resté. J’ai comme elle toujours sur ma table un énorme tas d’horreurs en souffrance que je voudrais rafistoler avant d’en finir.»
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