« 2007-10 | Page d'accueil | 2007-12 »

30.11.2007

Droite ou pas droite

Il y a quelque temps un débat naissait sur le blog du Robert Grossmann. Véritable agora et lieu d’échange, un débat s’initiait sur la notion de « droite », sur son incarnation politique puis sur les envies, nécessités, volontés de s’affranchir du politiquement correct imposé par la gauche. Sans jamais promouvoir l’alliance avec la bétise, des plumes et commentateurs analysaient la situation et répondaient à Robert Grossmann. Nous publions leurs propos et relançons le débat.

LDS

412b7ca8e44e9ac259d35478054e2cf5.jpgCher Robert Grossmann ,

Depuis le ralliement silencieux du Parti Socialiste à la logique libérale il n'est pas certain que le clivage "droite-gauche" ait encore beaucoup de signification même si, comme le souligne à juste titre le philosophe Jean-Claude Michéa, la "droite" se situe plutôt du coté du libéralisme économique tandis que la "gauche" se mobilise sous l'enseigne du libéralisme sociétal. Ce qui importe c'est que l'un comme l'autre de ces deux versants du libéralisme aboutisse à la même construction sociale puisque reposant sur les mêmes présupposés.

L'ouverture à "gauche" pratiquée par notre président de la République est d'ailleurs éloquente de ce point de vue: "droite" et "gauche" ne constituent plus une polarité pertinente et les clivages se déplacent ailleurs.

En évoquant l'idée d'une droite "respectable, ouverte, tolérante, républicaine" vous suggérez d'ailleurs une définition qui pourrait tout aussi bien s'appliquer à la "gauche" tant cette terminologie "langue de bois" est susceptible de s'étendre à la plus grande partie de l'arc politique. Mais au delà de son aspect conforme, cette formule toute faite a essentiellement pour fonction d'exorciser "l'extrême droite" et d'en conjurer le spectre fantasmatique. Il est certes permis, et même souvent honorable, de n'apprécier ni Jean-Marie Le Pen ni sa petite entreprise familiale, mais le problème c'est qu'à travers ce rejet réitéré jusqu'à l'obsession c'est toute une idéologie qui a pris pied au sein du système politique français pour en devenir l'unique principe moral. Or il se trouve que cette idéologie à prétention moralisante trouve son origine dans une "gauche" internationaliste qui révoque toute idée de frontière et, tablant sur l'unité fondamentale du genre humain, conçoit par principe l'immigration comme un bien (et un juste retour des choses en matière de repentir colonial). La "droite" s'étant laissé piégé par le chantage "antifasciste", il lui est devenu particulièrement difficile aujourd'hui de répondre dans bien des domaines aux exigences du bien commun. Comme par exemple d'envisager sérieusement de réguler des flux migratoires dont la sacro-sainte liberté de mouvement s'ordonne par ailleurs au "laisser faire, laisser passer" qui est au coeur de la logique libérale. Formatée par une gauche qui subit elle-même la pression d'un gauchisme idéologiquement déliquescent mais dont la vulgate s'est répandue dans les média et chez beaucoup de lycéens et d'étudiants, la droite a consenti à des concessions qui risquent bien de la rendre impuissantes. Pour paraphraser Sartre, elle a peut-être les mains pures, mais elle n'a pas de mains.

Bon courage quant même... Coclés

Laurent H, lui, avait également apporté sa contribution :

Lire la suite

29.11.2007

Elle s'appelait Anne-Lorraine Schmitt

a470ea2aa868706d3f862f3cea5823ac.jpgLu sur le blog de Gérard GACHET

Bien sûr, comme tout le monde, j'avais été choqué et ému dimanche, en entendant à la radio qu'une jeune étudiante en journalisme avait été retrouvée en fin de matinée, agonisante, dans une rame du RER D en gare de Creil, après avoir été frappée de nombreux coups de couteau. Et relativement soulagé d'apprendre, dès le lendemain, que son assassin, blessé au cours de l'agression, avait été arrêté avant de passer aux aveux. Mais le pire, pour moi, restait à venir.

Le pire, je l'ai appris hier après-midi. Le pire, c'est que je connaissais cette jeune fille, que j'avais eu le temps de juger et d'apprécier pendant les deux mois de stage qu'elle fit l'an dernier à Valeurs Actuelles, dont je dirigeais alors la rédaction. Elle s'appelait Anne-Lorraine Schmitt, avait 23 ans, et faisait partie de ces enfants qui semblent n'être nés que pour combler leurs parents de joie et de fierté. Aînée d'une fratrie de cinq garçons et filles, elle avait passé son bac à la Maison de la Légion d'Honneur de Saint-Denis avant d'être reçue à l'Institut d'Etudes Politiques de Lille, puis d'intégrer à l'automne 2006 le Celsa, l'excellente école des sciences de l'information et de la communication dépendant de la Sorbonne.

Durant son stage, elle avait frappé toute la rédaction par sa culture générale, sa maturité, son exigence vis-à-vis d'elle-même. Une exigence qui lui venait probablement de sa foi : profondément croyante, Anne-Lorraine s'était fortement engagée dans le mouvement scout. Ce qui ne l'empêchait nullement d'être une jeune fille de son temps, charmante, brillante et appréciée de tous.

Dimanche matin, ses parents l'attendaient sur le quai de la gare d'Orry-la-Ville pour aller en famille à la messe. Un délinquant sexuel récidiviste d'origine turque, déjà condamné en 1996 à cinq ans de prison pour un viol commis sous la menace d'une arme sur la même ligne du RER, aura donc brisé leurs vies en même temps que celle de leur fille. Mais Anne-Lorraine aura été courageuse jusqu'au bout : en se défendant, en empêchant son agresseur de parvenir à ses fins, elle aura réussi à le blesser en retournant son arme contre lui, ce qui devait permettre son arrestation ultérieure. En félicitant les enquêteurs de cette conclusion rapide, Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, a assuré les proches d'Anne-Lorraine de sa profonde compassion.

Quelques heures plus tard, à quelques kilomètres de là, les jeunes Moushin (15 ans) et Larami (16 ans), conduisant à grande vitesse et sans casques une moto de cross non homologuée, se tuaient en percutant de plein fouet un véhicule de police en patrouille. Leur mort, on le sait, sert depuis deux jours de prétexte à l'embrasement de plusieurs communes du Val-d'Oise, avec tirs de chevrotines, de grenaille et de balles contre les forces de l'ordre (plus de quatre-vingts policiers blessés) et incendies de commissariats, d'écoles, de bibliothèques et de commerces.

Pour tenter d'apaiser les esprits, le chef de l'Etat pourrait recevoir ce mercredi les parents des deux jeunes morts de Villiers-le-Bel. Serait-ce trop lui demander que d'avoir aussi un geste fort vis-à-vis de la famille et des proches d'Anne-Lorraine ? Par exemple en étant représenté à un haut niveau - voire en se rendant lui-même, comme il sait le faire - aux obsèques de cette jeune fille exemplaire qui auront lieu samedi, à 14h, en la cathédrale de Senlis. Il serait juste, en effet, que les victimes innocentes aient droit dans ce pays à plus d'égards que des délinquants responsables de leur propre malheur.

 

28.11.2007

Fred Chichin des Rita Mitsouko (1954-2007)

2804e7c71dd89b6541131fadf64c16af.jpgMais c'est la mort
Qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort
Tu t'as consumée, Marcia
C'est le cancer
Que tu as pris sous ton bras
Maintenant
Tu es en cendres, en cendres
La mort
C'est comme une chose impossible
Pour toi
Qui est la vie même, Marcia
Et même à toi
Qui est forte comme une fusée
C'est la mort
Qui t'a emmenée
Marcia ...

27.11.2007

Bal tragique à Villiers-le-Bel, 2 morts, 80 blessés...

Nicolas Sarkozy pourrait prendre des leçons de maintien de l'ordre chez ses nouveaux amis chinois...non?Ou chez Vladimir Poutine...bd68b69651e072cca1c59f803d28e63f.jpg

            

 

 

 

 

Ci-dessous, quelques jeunes discriminés découvrant l'usage de la Tektonic...

Rassurez-vous, Nicolas Sarkozy dès demain va recevoir les parents des deux racailles victimes d'une mauvaise vue...

b44aa185d9cac4853ca17f1e187efff4.jpg


 

 

 

 

 

A suivre notamment les beaux et sévères textes sur la guerilla en cours, passée et à venir du Stalker : http://stalker.hautetfort.com/archive/2006/01/10/integral...

25.11.2007

Louis-Ferdinand Céline vous parle…

8c848c4aaccf3235b911aa060e4cad29.jpg« L’Histoire m’a donné raison, pas les hommes » LF Céline

« voix fleur lumière écho des lumières cascade jetée dans le noir… ».
Un écrivain, c’est avant tout une voix, un corps, une oreille, une musique. Chez Louis-Ferdinand Céline, c’est une évidence, mise en avant ici par un double DVD remarquable, Céline vivant - Entretiens biographie (Ed. Montparnasse).
Il fait un écho d’images au double CD paru chez Frémeaux & Associés en 2000, Anthologie Céline où l’on entend notamment Céline chanter (A nœud coulant), Michel Simon et Arletty lire des extraits de Mort à crédit ou du Voyage au bout de la nuit.
Le choc des images d’abord, c’est celui du corps abîmé de Louis-Ferdinand Céline, qui déboule en cavalier de l’Apocalypse dans les films rassemblés ici. Costume râpé, hirsute, le corps vieilli, les mains recroquevillées, il s’amuse à parler de la fuite des Collaborateurs à Sigmaringen, qu’il décrit dans D’un château l’autre. C’est ainsi qu’il apparaît, le long de tous ces documents visuels, en écrivain en colère, médecin des pauvres, né Louis-Ferdinand Destouches, enveloppé de misère. C’est cette image qui reste de lui, celle qu’il a bien voulu construire : usé par la maladie, le handicap (après un éclat d’obus le blessant gravement lors de la guerre 14-18), l’âge et les persécutions de toutes sortes.

Puis, c’est le choc de la voix, voix parisienne, du Passage Choiseul où il vécût enfant, faubourienne, voix d’évier graisseux et d’odeurs de cuisine, voix d’une France disparue, de la France du début du XXe siècle, une voix saccadée charriant souci d’une classe sociale dévastée par les deux guerres, haine et avarice mais aussi raffinement, intelligence hors normes et style.
Se présentant comme un simple artisan, travaillant sans relâche sur « son simple établi », il rit néanmoins sous cape du bon tour qu’il joue à chaque entretien au journaliste venant pieusement l’interviewer, comme avec Louis Pauwels, où il râle et sourit fielleusement en même temps, sans oublier l’essentiel : la lucidité. « Les écrivains qui m’intéressent, c’est ceux qui ont un style. C’est rare un style, il y en a un ou deux par génération. Il y a des milliers d’écrivains, mais ils rampent dans les phrases. » Céline n’a jamais rampé, car par-delà les avanies et les condamnations, lui, a payé. « J’ai mis ma peau sur la table ! ».


« On m’accable parce que je suis raffiné. »

Et puis, il y a un surprenant document, l’enregistrement sonore d’une lecture-correction d’un extrait de Nord. La voix ici est différente, de la voix qui bafouillait. Ici, il lit en rythme, pour voir si sa petite musique s’entend, s’écoute, s’apprécie, si la composition tient la route. La phrase ici s’enroule, se déroule legato. 2594f063dc4d17c6e9d1d2e5ddc4baf9.jpg
Dans le livret qui accompagne ces DVD, Emile Brami, le responsable éditorial affiche clairement une position visant à souligner l’importance des fameux pamphlets - que presque personne n’a lu, évidemment ! - ainsi : « En résumé, les pamphlets font non seulement partie intégrante de l’œuvre de Céline, mais il lui apportent un éclairage indispensable, aussi, ne couperons nous pas, un jour ou l’autre à Bagatelles pour un massacre en édition de poche. »


« Faite le taire ! » diraient encore certains en 2007, comme ils tentèrent de le bâillonner en 1961, où le MRAP et une association d’anciens combattants de la Résistance firent interdire la diffusion du film de Pauwels, un peu comme aujourd’hui on rabâche les mêmes griefs, on lance les mêmes anathèmes à son égard, on ne supporte pas sa présence ni les radiations émanant de ses romans.
Peine perdue, au milieu des pseudos écrivains, morts actuels, des censeurs et donneurs de leçons, Céline est vivant, plus que jamais.
D’ailleurs, comme il le dit finement lors d’un de ces entretiens, au sujet de ses contemporains : « Ils sont lourds, leur esprit est lourd, ils n’ont jamais cessé d’être lourds, jaloux d’une certaine légèreté. Infirmes, ils pèsent et sont prêts à tout». Rien n’a changé depuis : « on m’accable parce que je suis raffiné »…

A visiter : un dictionnaire Céline : http://members.tripod.com/Duclos/Dictiona.htm

Et le site : http://louisferdinandceline.free.fr/


Laurent Husser

23.11.2007

Union pour Strasbourg :convention samedi 24 novembre

308dfb3ab38221e34d2a2e82d86c838c.jpgConvention pour Strasbourg

Trois ateliers pour « Mieux vivre à Strasbourg ».
Fabienne Keller et Robert Grossmann vous invitent à participer à la 1ère Convention pour Strasbourg. Proposer, débattre, imaginer l’avenir de notre ville : à vous la parole ! Trois ateliers nous permettont d’échanger au cours de cette matinée.

Améliorer le cadre de vie
Des aménagements urbains de qualité, des écoles et des équipements publics transformés, une meilleure prise en compte du handicap, de nouveaux services aux habitants, la sécurité publique renforcée, de nouveaux espaces verts et de nouvelles pistes cyclables, des quartiers dotés de places centrales et animées : améliorer la vie quotidienne des Strasbourgeois est notre priorité. Ensemble, réfléchissons aux projets et aux actions qui nous permettront d’encore mieux vivre à Strasbourg.

S’engager pour l’écologie
A Strasbourg, l’écologie et le développement durable sont pour nous au centre de tous les enjeux. Comment, dans notre vie quotidienne, dans nos habitations et dans nos équipements publics, être plus écologique encore ? Comment mieux sensibiliser chacun ? Quels projets, quelles propositions, quelles idées pour un habitat et un cadre de vie pleinement respectueux de l’environnement ?

Ouvrir les horizons
Créer de nouveaux équipements (comme le Rhénus, la patinoire, le Zénith, les bibliothèques médiathèques), c’est offrir à chacun de nouveaux services et de nouvelles possibilités. C’est aussi mettre la ville en mouvement, la rendre plus accueillante et plus rayonnante. Quels projets pour demain ? Ensemble, pour une ville qui bouge, ouvrons les horizons.

Samedi 24 novembre, de 9 heures à 13 heures, hôtel Sofitel, place Saint-Pierre-le-Jeune. Tram Homme-de-Fer.


Participation aux frais : 5 € (gratuit pour les étudiants, les chômeurs et les personnes en difficulté). Renseignements et inscription : rsvp avant le 22 novembre 2007 à convention@unionpourstrasbourg.fr ou par téléphone au 03 88 75 13 67

ADN et regroupement familial. Fin de la guerre des tests génétiques ?

Lu sur l'excellent Huyghe.fr

Finalement le texte de loi sur les tests génétiques est passé, mais au prix d’importantes concessions qui en font, aux dires de certains, une «usine à gaz » qui ne servira guère.

Dans un premier temps :

–   il a été affirmé que le test ne serait pas obligatoire et qu’il ne pourrait servir que de substitut lorsqu’il s’agit de prouver un lien de parenté biologique et là où les documents administratifs sont inexistants, peu fiables ou trop longs à se procurer ;
–   la loi a été présentée comme expérimentale et provisoire ;
–   les frais des tests devaient être remboursés au requérant (du moins s’il prouvait qu’il avait bien un lien de famille avec le candidat au regroupement familial, généralement un descendant).

Dans un second temps, pour apaiser l’opposition des sénateurs, y compris beaucoup d’UMP, le gouvernement a dû faire de nouvelles concessions :

–   le test ne pourra porter que sur une lignée maternelle (pour éviter de révéler à un père que son fils n’est pas de lui, par exemple) ;
–   il sera en tout état de cause payé par l’Etat français ;
–   il sera ordonné par un juge (pour éviter d’entrer en conflit avec l’article 16 du Code civil qui restreint l’usage des tests génétiques aux cas de procédure judiciaire (sauf pour la recherche scientifique et ce de façon très encadrée) ; donc plus de contradiction avec la loi bioéthique ou la loi sur la dignité du corps humain.

Notons, pour la petite histoire, que cette interdiction est tout à fait théorique. En trois minutes de recherche sur Internet on peut entrer en contact avec un laboratoire étranger qui vous fait parvenir par la poste un kit de test ADN. Un père qui soupçonne la fidélité de sa femme ou de sa compagne peut ainsi lever ses doutes pour une somme relativement accessible (199 euros). Une opératrice vous expliquera même comment faire, dans un français parfait. Certes, la preuve ne peut pas être produite devant un tribunal mais il reste illusoire d’instaurer une « interdiction de savoir » de ce type dans un monde où l’information est sans frontières.

Cela dit, l’affaire des tests génétiques et du regroupement familial aura révélé de profonds clivages. Ce ne sont pas forcément ceux de la droite et de la gauche. Edouard Balladur ou Dominique de Villepin se sont prononcés contre la loi, de même que des parlementaires de droite se réclamant de principes chrétiens ou maçonniques. Beaucoup faisaient référence à la notion de dignité ou au caractère humiliant de la procédure de contrôle par ADN. Il est vrai qu’en France celle-ci est historiquement liée à la recherche des violeurs et tueurs en série (c’est la loi Guigou qui l’a instaurée en 1998 en relation avec l’affaire du « tueur de l’est parisien » Guy Georges).

Par ailleurs, pour l’avoir expérimenté lui-même, l’auteur de ces lignes peut confirmer que se mettre un bâtonnet dans la bouche, bien frotter, puis tendre l’objet à quelqu’un qui recueille le mélange de salive et de cellules buccales sur une sorte de buvard ne donne pas une image très gratifiante.

Bien sûr, d’un point de vue théorique froid, il n’y a rien de plus humiliant à demander un échantillon d’ADN à quelqu’un que d’exiger des empreintes digitales, une photo d’identité ou un certificat de filiation délivré par une administration. Dans tous les cas, il s’agit de prouver qui l’on est, dans un rapport de défiance ou de contrôle. Après tout, personne ne réclamerait, au nom de la dignité humaine, que les papiers d’identité ou les cartes de sécurité sociale soient remplacés par des attestations sur l’honneur, ou que les chèques soient acceptés sans présenter une pièce d’identité.

Mais la question n’est pas là. La forte mobilisation « morale » contre la loi est née de la conjonction de trois courants (qui ne s’excluent pas mutuellement) :

–   Une attitude de soupçon, qui voit toute tentative de contrôle de l’immigration comme une forme de discrimination : demander des preuves par ADN à des candidats au regroupement familial ce serait les traiter comme des fraudeurs potentiels, les soumettre à des vexations dont sont dispensés les Français (et pour cause !), draguer les électeurs du Front national, encourager objectivement les réflexes xénophobes ou racistes, etc. Pour cette sensibilité, c’est la possibilité même de restriction au regroupement (comme par des exigences de capacité linguistique ou de ressources financières) qui est odieuse ;

–   Une position « anti Big Brother » ; dans cette optique, c’est l’idée du contrôle et de la traçabilité qui est dangereuse. C’est pour cette même raison que certaines personnes mises en garde à vue (en particulier des faucheurs d’OGM ou autres militants politisés) ont refusé de se soumettre aux prélèvements d’échantillons génétiques que prévoit la loi Sarkozy sur la sécurité intérieure pour un très grand nombre de crimes et délits (condamnation ferme, mais aussi en cas de simples soupçons). Ils ne séparent pas ce refus de leur hostilité à la biométrie, à la traçabilité numérique, aux fichiers en général, etc. Le problème est ici celui du passage à ce que Deleuze nommait des « sociétés de contrôle » où chacun est suivi et pisté par une série de numéros et identifiants ;

–   Troisième facteur: la réticence à tout ce qui est biologique. Derrière la preuve par l’ADN on imagine une vision innéiste (les hommes déterminés par leur potentiel génétique) voire raciste (les étrangers qui n’auraient pas le même « sang » que nous), ou encore on soupçonne des processus de classement, fichage, sélection par les gènes.

Ces glissements logiques et sémantiques sont passablement hasardeux. Les tests génétiques, comme nous l’avons dit, portent sur de l’ADN non codant et donc sans aucun rapport avec la race supposée de la personne, son groupe ethnique, ses maladies, ses prédispositions ou facultés, son aspect physique, … Ils n’ont rien à voir avec un quelconque débat Nature contre Culture et moins encore avec l’idée de sélection entre de bons ou mauvais gènes. En tout état de cause, il n’est pas mauvais de rappeler que la double hélice de l’ADN a été découverte huit ans après la chute du nazisme et que génotype, hérédité, innéisme, racisme ou élitisme basé sur le potentiel « naturel », ou encore fascisme, sont des notions distinctes. Il n’y a aucune nécessité logique que l’une entraîne l’autre.

Ce débat aura, dans tous les cas, démontré que les clivages idéologiques et moraux ne coïncident pas avec ceux de la politique au sens partisan. Le mouvement tout à la fois compassionnel et de principe (appel à la notion de dignité humaine, demande de respect face à ce qui apparaît comme une humiliation symbolique) montre que l’on ne se sépare pas seulement autour de critères économiques du plus ou moins de libéralisme ou de protection, mais aussi sur des visions philosophiques plus fondamentales. Une leçon que les partisans du pragmatisme politique et de l’argument de performance devraient méditer.

François-Bernard Huyghe
© Huyghe.fr

21.11.2007

La finale du Prix des lecteurs du livre d'économie du Sénat

7b662ffdfec1b70a5b166eaf79be45c8.jpgIl reste quelques heures pour choisir le finaliste du prix des lecteurs du livre d'économie du Sénat. Trois finalistes, un choix à faire, que nous faisons ici, en vous livrant la 4e de couverture de L'enfer, ce n'est pas les autres. Bref essai sur la mondialisation de Pierre Dockès (Ed. Descartes). Mais à vous de sélectionner votre ouvrage favori !

http://www.senat.fr/evenement/rendez_vous_citoyens/livree...

 

Comprendre, évaluer, agir.
Comprendre ce qui se joue aujourd'hui sous le terme de mondialisation. Libre échange des marchandises, déplacements massifs des capitaux, migrations et délocalisations, entrée de centaines de millions de travailleurs sur le marché mondial... Évaluer l'impact sur l'Europe et la France de cette nouvelle mondialisation, sans agiter d'épouvantails ! Pourront-elles résister avec leurs taux de croissance et d'investissement si faibles, prises en tenailles entre les Etats-Unis à la pointe des innovations et les pays émergents à très bas salaires ? Agir pour que l'Europe aujourd'hui dévoyée retrouve son dynamisme, son potentiel innovateur.
Agir contre les effets pervers du marché, les dysfonctionnements de l'euro, mais sans élever de barrières, car un enfermement serait très coûteux. L'enfer, ce n'est pas les autres, ce sont nos faiblesses actuelles. La mondialisation n'est pas le mal, mais elle peut faire mal si nous ne prenons pas les chemins de cette société de la connaissance qui est déjà là, mais à laquelle nous tournons le dos.
 Pierre Dockès est professeur d'économie à l'université Lyon II. Il a publié une dizaine d'ouvrages et, en tant que directeur de l'Institut Walras, dirigé l'édition des uvres complètes de Walras

19.11.2007

Nicolas Sarkozy se réveillerait-il?

Lu sur le blog de Jean Quatremer, de Libération (http://bruxelles.blogs.liberation.fr)

 

Sarkozy et les musulmans
b9014f53746e6d3cf1c4e2d9ae8527d1.jpgL’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Nicolas Sarkozy, recevant le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, le 21 septembre, puis suédois, Fredrik Reinfeldt, le 3 octobre, se serait livré à une véritable diatribe anti-musulmane devant ses invités. Selon mes sources, le chef de l’Etat s’est lancé dans un monologue confus d’une vingtaine de minutes, « dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire», contre le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » et leurs difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le « choc de civilisation » qui oppose les musulmans à l’occident. Le tout, manifestement, pour justifier son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union. Mais ses interlocuteurs, qui n’en sont toujours pas revenus, ne sont même pas sûrs de l’avoir bien compris, tant le discours était décousu et surtout hors de propos avec l'objet de ces rencontres, la préparation du Sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre. Ils en ont, en tout cas, retiré la désagréable sensation que Sarkozy, non seulement avait un sérieux problème avec les musulmans, mais avait du mal à maîtriser ses nerfs.

Cette idée du "choc des civilisations" a déjà été développée, de façon plus policée, par le chef de l'Etat, dans une indifférence assez étonnante, le 27 août dernier, dans son discours aux ambassadeurs. Il avait alors expliqué que le "premier défi, sans doute l'un des plus importants" auquel doit faire face la France est : "comment prévenir une confrontation entre l'Islam et l'Occident? Ce n'est pas la peine d'employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu'Al Qaeda qui rêvent d'instaurer, de l'Indonésie au Nigéria, un khalifat rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait pire encore que le précédent, pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies". Pour Sarkozy, "nous aurions tort de sous estimer la possibilité" "d'une confrontation, entre l'Islam et l'Occident":  "l'affaire des caricatures en a été un signe avant-coureur". Dès lors, la surprise de Bertie Ahern et de Fredrik Reinfeldt s'explique: ils n'avaient sans doute pas lu ces quelques lignes.

18.11.2007

Jean-Louis Murat : sur la culture, le Net, la démocratie, la poésie...

ff54d05739240be7cf69e7f25b8138af.jpgJean-Louis Murat, auteur-compositeur-interprète, publie " Charle et Léo ", des poèmes mis en musique par Léo Ferré, chansons jamais parues.
V2, maison de disques indépendante à laquelle vous apparteniez, ferme ses portes fin novembre après son rachat par Universal Music. Qu'en pensez-vous ?

 Les gros mangent les petits, c'est le capitalisme. Pascal Nègre, PDG d'Universal Music France, applique la politique des dirigeants et actionnaires de Vivendi, qui espèrent qu'à la sortie de la crise du disque, ils auront absorbé les meilleurs afin d'alimenter en musique SFR, Canal+...

A chaque rachat ou fermeture d'une maison de disques, des gens brillants sont broyés. Et les internautes crient hourra ! J'affirme que la crise du disque est un leurre, elle n'existe pas : l'offre est intacte, la demande croissante. Mais, chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé. Imaginez la réaction de Renault face à des délinquants qui forceraient la porte quotidiennement pour dérober les voitures !

Des gamins stockent 10 000 chansons sur l'ordinateur familial, après les avoir piquées sur le Net. La société, des députés, des sénateurs trouvent cela vertueux ! Or, c'est un problème moral : tu ne voleras point, apprend-on à nos enfants. En outre, ces rapines via le Net s'effectuent dans l'anonymat. L'écrivain américain Brett Easton Ellis a dit : "Depuis la nuit des temps, l'Antéchrist cherche un moyen de prendre le pouvoir sur les consciences de l'homme, enfin il y est arrivé avec Internet." Le Web rend les gens hypocrites, il incite à prendre des pseudonymes. C'est un monde de délation, intoxiqué de spams et de pubs.

Pourquoi les musiciens et chanteurs ne prennent-ils pas plus fermement position comme vous le faites ?


Chez les artistes, règne l'omerta. Dès qu'ils dénoncent les pratiques de voyou sur Internet, ils sont attaqués par des petits groupes d'internautes ; ceux-ci s'y mettent à une dizaine, se font un plaisir de mettre la totalité de la discographie de l'impétrant à disposition gratuitement, partout, dernier album compris. Ils sont sans visage. Les Arctic Monkeys, en Grande-Bretagne, ont eu recours à des shérifs du Net après s'être fait connaître sur le Web, et les internautes britanniques sont en train de leur faire la peau, au nom de la liberté. Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ?

Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela...

Vous avez été pourtant l'un des premiers artistes français à ouvrir un site Internet en 1998 et à y proposer des chansons, des échanges, des liens, des images. N'est-ce pas contradictoire ?

Baudelaire appelait le progrès le paganisme des imbéciles. Tous les acteurs de la musique sont tombés dans le fantasme de la modernité à ce moment-là. Les patrons de maison de disques ne juraient que par le Net sans pour autant comprendre de quoi il s'agissait. Au début, je mettais environ une chanson inédite par semaine à disposition sur mon site, gratuitement. Puis j'ai arrêté. Ces titres étaient téléchargés sans un merci, sans un bonjour, et éventuellement revendus sous forme de compilations payantes dans des conventions de disques. J'ai fait partie des imbéciles qui ont cru aux mirages de l'Internet, et de ce fait à la bonté naturelle de l'homme, à l'échange communautaire. L'homme a travaillé le fer pas seulement pour les charrues, mais aussi pour les épées, idem avec les atomes et le Net.

La gratuité sur Internet est-elle la seule cause de l'effondrement des ventes de disques ? Le déficit d'image d'une industrie habituée au court terme y est-elle pour quelque chose ?

Evidemment, 90 % de notre métier est fait par des gens formidables, des musiciens, des tourneurs, des ingénieurs du son, des attachés de presse, des artistes, des passionnés ! Mais l'image qui est passée dans le public est celle de ses patrons, arrivés là à cause de l'argent facile, de l'épate, du look. Le triomphe du petit bourgeois snobinard et de la fanfaronnade ! Nicolas Sarkozy ressemble tout à fait à un patron de maison de disques.

J'ai toujours été sidéré de voir comment l'industrie musicale attirait les médiocres à sa tête. Des médiocres qui dirigent des sociétés de taille modeste, sur le plan de l'économie mondiale, mais dont les émoluments s'alignent sur ceux des groupes multinationaux et consomment 80 % de la masse salariale dans les petites structures. Et les parachutes dorés ! Quand on licencie une centaine de salariés dans une maison de disques, comme chez EMI France par exemple, c'est en grande partie pour payer les indemnités du patron, c'est scandaleux.

La gratuité n'est-elle pas le meilleur moyen de démocratiser la culture ?


C'est une blague ! Cela nous tue. La démocratisation, c'est à l'école maternelle qu'elle doit être ancrée. Une fois les bases et l'envie acquises, chacun peut faire son choix. Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d'une minorité, d'une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique. Mais la démocratisation, pour moi c'est le concours de l'Eurovision : chaque pays envoie son artiste fétiche. Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c'est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page - j'y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom.

Qu'est-ce qu'un artiste raté ?

C'est celui ou celle qui fait la moitié du chemin, sans rien sacrifier. Le monde est plein d'artistes qui ne le sont que six heures par semaine, du samedi matin au dimanche soir. Ils sont d'une arrogance, ils veulent tout arracher ! Alors qu'être artiste, c'est un engagement total, où tous les risques sont pris. C'est une décision à laquelle on se tient. Quitte à dormir dehors, à vivre autrement. Tout le monde a en soi des capacités créatives, cela n'en fait pas un artiste pour autant. Etre artiste, c'est une affaire de vocation et de discipline, une discipline de fer. Etre artiste, c'est du travail, du travail, du travail et encore du travail.

Vous vivez et travaillez dans le Puy-de-Dôme, dans une ancienne ferme des environs de Clermont-Ferrand. Qu'y trouvez-vous ?

J'y ai mon studio d'enregistrement, et des conditions de travail idéales. Je vois très peu de gens... le facteur... Là-haut, la vie est frugale, on finit tout, on n'achète presque rien. Le pain dur est gardé pour la soupe du soir. Dans la nature, l'oubli de soi est plus facile, on va le matin aux champignons, on s'assied pour casser la croûte, on a ramassé un kilo de cèpes, voilà. On refait une clôture, on est dans le présent. Or, être dans le présent est la condition de la paix intérieure. Moi, j'aime aussi les activités qui ne laissent pas de place à la réflexion. Jouer des instruments, faire des prises de son. S'aménager une vie de travail. Car, à part aimer, travailler est la chose la plus belle à faire dans la vie.

Baudelaire parlait beaucoup de l'obligation de productivité du poète. En trois ans, Rimbaud a écrit l'équivalent de quinze disques ! Le mot qui revient le plus souvent dans sa correspondance avec sa mère et sa soeur, c'est "paysan". Il voulait l'être, il avait tous les catalogues de Manufrance, et mettait de l'argent à gauche pour cela.

Vous venez de publier Charles et Léo, des poèmes extraits des Fleurs du Mal, paru il y a cent cinquante ans, sur des ébauches musicales de Léo Ferré. Est-ce toujours d'actualité ?

Tout le monde se moque de la poésie, non ? Moi, je l'ai toujours aimée. Nous avons développé des personnalités a-poétiques. Un penchant poétique, c'est un penchant pour une langue, une métrique, des rimes riches. Là, en ce moment, on nous regarde de travers, parce que la poésie est la langue de la patience. Et dès que l'on pense poésie, le chaos insupportable dans lequel nous sommes plongés nous saute à la figure. Au XIXe siècle, quand Baudelaire écrit, se met en place un monde du progrès collectif, global, pas individuel. Il en ressort un profond sentiment d'étrangeté, d'ennui, car l'individu un peu marginal qu'il est, un beau rentier qui s'ennuie, ne trouve plus sa place.

Un chanteur est-il aussi un poète ?


La chanson est née avant l'écriture. C'est une survivance de la culture classique. Dans le rock, la confusion entre poésie et romantisme a été poussée au maximum - il y a aussi beaucoup cette image : le poète est romantique, qui est fausse. Le monde bourgeois du XIXe siècle a défini le poète comme un excentrique, un romantique, un mec qui se défonce.

Dans le rock, l'imagerie romantique nous colle aux basques. Soit dit en passant, Pete Doherty aujourd'hui ne se défonce pas plus que Baudelaire hier, au vin, à l'opium, à l'absinthe... En comparant des gravures de Victor Hugo, Gérard de Nerval, Alfred de Vigny, avec des posters des rockers des années 1970, c'est frappant. Regardez le chanteur Jeff Buckley avant sa mort en 1997, ou Cliff Richard en 1972 : le look négligé calculé, être entre l'animal et l'ange.

Rimbaud et Baudelaire disaient que la poésie ne servait à rien. Alors, il faut avoir assez de force de caractère pour faire les choses tout en sachant qu'elles ne servent à rien. Il faut une vertu supérieure pour tenir contre l'"à quoi bon ?". Il faut faire, faire. C'est essentiel.

 

Interview parue dans Le Monde 

Toutes les notes