18.01.2009

Obama va échouer !

baroque_obama-alsace.JPGObama va échouer ! Dire cela aujourd’hui, c’est prendre le rôle ingrat d’oiseau de mauvaise augure auprès de certains, mais aussi faire le choix de la franchise. Alors oui, nous imaginons bien sûr que Roland Ries pourra l’inviter et Barack de s’écrier, du fronton de la mairie de Strasbourg, Place Broglie : « Ich bin e elsasser ». Pourtant Barack va échouer. Aux Etats-Unis, les bons candidats ne font pas toujours les bons présidents. Et Obama n'est pas baroque !

Car le paysage économique augure aussi d’une situation affolante. Pour relancer l’Amérique, il lui faudrait initier des montagnes de crédits publics dans l’économie. Crédits, dont les excès sont justement à la racine du mal et de la crise des subprimes. Les Etats-Unis ont vécu au-dessus (comme d’autres) de leurs moyens et la réalité sonne à la porte.

Barack Obama et ses conseillers n’auront donc le choix que d’entretenir et d’aggraver le mal ou d’oser une rupture qui a pour nom « austérité » et qui n’a pas été promise durant la campagne électorale.

Pour assainir l’économie américaine, le Président n’aura qu’à offrir du sang, de la sueur et beaucoup de larmes. Les « Yes we can », risquent vite de s’encombrer de « But we won’t » dictés par la réalité américaine.

Se faisant, Barack Obama va décevoir la middle class américaine qui souffrira des mesures de redressement, mais aussi la communauté afro-américaine qui voyait en lui le croisement entre Martin Luther King et Superman et qui souffrira, elle, de perdre l’ultime espoir.

Il décevra aussi la vieille Europe et les bobos qui ont « voté Obama » depuis leurs intérieurs cossus, car outre sa jeunesse, son allure, sa politique économique sera « Amérique d’abord ». Eux qui hurlent dès que l’on parle, en Europe, de patriotisme économique, ils vont goûter à la real-politik "made in Usa".

Sur le terrain extérieur, il sera en plus assis sur un baril de poudre que de multiples mèches ( Iran, Afghanistan, Pakistan, Palestine … ) viennent allumer. Son silence sur l'actualité du moment en dit long.

Bien sûr l’homme peut surprendre, mais saura-t-il s’affranchir de ceux qui l’on fait roi ? Là est une autre histoire. La cérémonie d’investiture et les festivités qui l’entourent seront pour le nouveau Lincoln un jour de gloire, mais sans aucun doute aussi la porte ouverte vers des lendemains qui déchantent.

Eric Neustadt

NDA : Quant à l'Europe, quand donc écrira-t-elle, elle-même son histoire ?

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Commentaires

On glose, on cause, on invoque Lincoln à toutes les sauces au soutien d'Obama, parce qu'il a aboli l'esclavage mais en oubliant qu'il était ... raciste.
J'ai retrouvé dans mes papiers cet extrait d'un discours prononcé par Lincoln en 1858. Il intéressera les amateurs de contrepèteries politiques

"I will say that I am not, nor ever have been, in favor of bringing about in any way the social and political equality of the white and black races, that I am not, nor ever have been, in favor of making voters or jurors of Negroes, nor of qualifying them to hold office, nor to intermarry with white people; and I will say in addition to this that there is a physical difference between the white and black races which I believe will forever forbid the two races from living together on terms of social and political equality. And inasmuch as they can not so live, while they do remain together there must be the position of superior and inferior, and I as much as any other man am in favor of having the superior position assigned to the white race."
Abraham Lincoln, from his fourth debate with Stephen Douglas in 1858.

Ecrit par : Morès | 18.01.2009

Voici un article paru dans le quotidien italien il sole-24 ore et écrit par M. Giuliano Da Empoli :

"A deux jours de la prise de fonctions de Barack Obama, Nicolas Sarkozy a souhaité la bienvenue au nouveau président des Etats-Unis d'une manière tout à fait personnelle. Après avoir convoqué à l'Elysée les représentants du corps diplomatique étranger, le président français les a entretenus des grands défis qui attendent la prochaine administration américaine : crise financière, conflit israélo-palestinien, réforme des mécanismes de gouvernance mondiale. Il s'est montré impatient de travailler aux côtés de son homologue américain. "Vous me trouvez peut-être trop ambitieux", a-t-il ajouté dans un sourire en s'adressant aux diplomates, qui n'ont pas cillé : connaissant le personnage, il leur était difficile d'imaginer que Sarkozy envidageât autre chose que d'être l'interlocuteur privilégié du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Les succès de la présidence française de l'Union européenne et l'influence en berne des autres leaders européens donnent raison à l'ambition présidentielle. Pourtant, à première vue, tout sépare Sarkozy et Obama. D'un côté, le diable, de l'autre, le bon Dieu ; le Blanc et le Noir ; d'un côté, le nain, de l'autre, le géant ; l'homme de droite et l'homme de gauche. Cependant, si l'on y regarde de plus près, les deux stars de la politique mondiale partagent un certain nombre de points communs.

En premier lieu, une origine multiethnique, évidente chez Obama, plus discrète chez Sarkozy, dont le père est Hongrois et le grand-père maternel juif sépharade de Thessalonique. Rien de plus normal : les Etats-Unis ont érigé en principe leur capacité d'intégration ; quant à l'Europe, elle intègre les étrangers en catimini, sans le dire, pour que personne ne s'en aperçoive. En second lieu, les deux présidents font bouger les lignes. Plutôt que de demeurer sagement parmi les leurs, l'un et l'autre ont préféré empiéter sur le terrain de l'adversaire. Sarkozy ne s'en est pas caché. Lors de la campagne électorale, il s'était arrogé le droit d'invoquer Jean Jaurès et Léon Blum, deux symboles historiques du socialisme français. Une fois au pouvoir, Sarkozy s'est entouré d'anciens socialistes, comme Bernard Kourchner ou Jacques Attali. Obama a agi dans le même sens. Pendant sa campagne électorale, ses positions conservatrices sur la vie privée, le port d'armes et la peine de mort ont fait enrager les militants les plus à gauche. Pendant les interminables semaines de la transition, Obama a lancé de nombreux signaux à l'intention des républicains, depuis la désignation du pasteur conservateur Rick Warren pour la cérémonie de prestation de serment jusqu'à la reconduction du secrétaire à la Défense de George Bush.

Troisième point commun entre les deux hommes : l'Actors Studio. Avant la création de cette école mythique, les acteurs improvisaient, se contentant d'un scénario préétabli. Puis Marlon Brando est arrivé et a tout changé. Il n'était plus question de jouer : il fallait vivre sur scène. "Glamour-Obama" et "Starkozy" ne sont pas de simples hommes politiques, ce sont les disciples de Lee Strasberg, le fondateur de l'école new-yorkaise : ils ont transformé leur vie en une prouesse d'acteur. Michelle et Carla, le jogging et l'iPod, Johnny Halliday et Oprah Winfrey ne sont pas des détails : ils sont au coeur même de la stratégie de ces deux faux jumeaux. Il n'y a aucune différence entre Inside Edition et Meet the Press aux Etats-Unis, pas plus qu'il n'y en a, en France, entre Paris Match et le Nouvel Observateur.

Tous les médias s'efforcent de satisfaire l'insatiable soif de glamour et de vie privée qui envahit notre société, sans épargner personne, de la ménagère de moins de cinquante ans du Nord-Pas-de-Calais au consultant de Wall Street. Sarkozy et Obama ne présentent donc pas seulement un programme : ils offrent au public une personnalité, d'où tout le reste découle presque naturellement. Sarkozy a fondé sa politique sur son principal trait de caractère : la frénésie. Il a promis à ses électeurs qu'il travaillerait sans relâche pour transformer de fond en comble la douce France. Barack Obama, quant à lui, est l'incarnation du rêve américain et du désir d'unité qui monte en flèche aux Etats-Unis.

Au regard de toutes ces ressemblances, il n'est donc pas étonnant qu'Obama ait rencontré Sarkozy pendant sa campagne, ignorant souverainement les socialistes français, qui auraient dû être ses interlocuteurs privilégiés. Le président français a affirmé au Figaro qu'Obama était un "copain". En vérité, les deux hommes ressentent les mêmes inquiétudes et prennent les mêmes risques. Ayant quitté le domaine de la politique pour entrer dans celui de la mode et du divertissement, ils sont confrontés à des cycles de popularité bien plus intenses et plus fréquents. Par définition, le show-business demande sans cesse de nouveaux coups de théâtre. Ainsi l'irrésistible ascension de Sarkozy a-t-elle été suivie d'une chute tout aussi brutale pendant les premiers mois de son mandat. Aujourd'hui, après la libération d'Ingrid Betancourt, après les réformes des institutions et des horaires de travail, les succès en politique étrangère et le dernier remaniement ministériel, Sarkozy remonte rapidement la pente. Barack Obama, en revanche, doit encore traverser l'épreuve cathartique de la crise. On comprend que les médias, enthousiastes, brûlent d'impatience. A l'évidence, Obama tente de repousser cette épreuve. Mais l'heure de vérité s'apprête à sonner."

Ecrit par : Marc Porta | 04.02.2009

Et maintenant voici une note, parue sur Now Lebanon, site internet libanais, et écrit par Michael Young (à ne pas confondre avec un ancien animateur sur M6) :

"Il nous faudra peut-être revoir l'idée que George W. Bush était un va-t-en-guerre, une fois qu'Obama intensifiera l'effort militaire en Afghanistan et qu'il découvrira que s'engager dans des négociations "sans conditions" avec l'Iran ne va pas empêcher ce pays de produire des armes nucléaires. Même si Hillary Clinton est secrétaire d'Etat, il s'inspirera de Bush, parce que celui-ci a peu manifesté d'instincts néoconservateurs durant son second mandat. La politique de Bush pendant son premier mandat se retrouve dans quelques idées fortes : le recours aux mesures préventives pour neutraliser les menaces mondiales émergentes ; le maintien de la domination américaine sur d'autres pays ou groupes de pays ; et la propension à utiliser la force, notamment militaire - et de manière unilatérale si nécessaire -, pour défendre les intérêts américains.

Durant son second mandat, presque toutes les orientations néoconservatrices - et les fanfaronnades - ont disparu de la politique étrangère. Au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont tant donné dans le multilatéralisme qu'ils ne sont pas parvenus à grand chose. Pour l'Iran, la collaboration avec l'agence internationale pour l'énergie atomique et les nations unies n'a débouché sur rien. Si l'action préventive contre les menaces - et le programme nucléaire iranien semblerait correspondre à ce qualificatif - constituait l'un des piliers de la pensée néo-conservatrice, l'administration Bush a torpillé cette règle en 2007 en publiant un rapport des services de renseignements, qui ruinait la possibilité d'une attaque contre le nucléaire iranien. Les Etats-Unis ont même demandé à Israël de ne pas lancer d'attaque. Quant au Liban, les Etats-Unis ont, à partir de 2004, créé un corpus de résolutions des nations unies pour protéger le pays de la Syrie et contenir le Hezbollah. Cela n'a pas empêché Damas de les violer systématiquement et de saper la souveraineté libanaise, ni le Hezbollah d'en faire autant en se réarmant à partir du territoire syrien. En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, les Etats-Unis ont aussi donné dans le multilatéralisme pour finir dans une impasse. Si le fameux quartette (Etats-Unis, nations unies, Russie, UE) a été inefficace, c'est en grande partie parce que la dynamique interne d'Israël et de la Palestine a empêché une avancée. En fait, pendant son second mandat, George Bush a ressemblé à ce qu'Obama déclare vouloir être : un président qui travaille avec d'autres Etats dans le consensus, qui utilise le droit et les institutions internationales, qui traite les menaces émergentes par la diplomatie et, moins ouvertement qui est prêt à ignorer tout ce qui précède si cela sert mieux les intérêts des Etats-Unis. Pour Obama, le premier test sera Gaza. Laissera-t-il le Hamas se faire battre pour capitaliser là-dessus ? Ou exigera-t-il une solution immédiate ? Je parie sur le réflexe George W. Bush."

Ecrit par : marc | 25.02.2009

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