05.02.2009

Conseil Consultatif des Résidents Étrangers : Concours de flatulences à Strasbourg

touche pas.jpgLa municipalité UMP de Strasbourg avait en son temps supprimé le Conseil Consultatif des Résidents Étrangers (extracommunautaires). La gauche le rétablit. S'ensuit une polémique picrocholine entre les deux camps qui ont le même objectif mais entendent le réaliser par des voies différentes. Chacun s'accuse d'encourager le communautarisme et y va de son slogan, incisif, percutant et sommaire, comme il convient à tous les slogans.


Selon la gauche, "nous sommes tous des immigrés"; selon la droite, version Fabienne Keller, "nous sommes tous des Strasbourgeois". Pour accentuer le trait l'ancien maire parle aussi d'une "nationalité strasbourgeoise" dont on pensait à tort qu'elle avait disparu depuis 1681 et la conquête de la ville libre impériale par les armées du roi de France.

On le voit, d'un coté comme de l'autre on abonde volontiers dans le flatus vocis (formule latine qui désigne des expressions gorgées de vents mais dépourvues de signification).

Si nous sommes tous des immigrés et même des immigrés strasbourgeois, il va de soi que le notion d'immigration perd, en effet, tout son sens et que les problèmes qu'elle peut engendrer se trouvent résolus avant même d'avoir été posés. Fonction magique du langage politicien qui peut dissoudre les réalités désagréables en noyant le poisson de la différence conflictuelle dans les eaux de vaisselle de la petite cuisine sémantique.

Mais ce que ces formules insensées s'emploient à conjurer revient, subrepticement,  dans la prose même des élus sous l'emballage d'un "communautarisme" honni qui pointerait partout son vilain mufle. La prestidigitation est un art difficile.  Bien sûr, le communautarisme c'est toujours l'autre, mais la répétition du terme à droite comme à gauche dit assez une hantise commune que la course aux formules niaises ne parvient pas à exorciser.

Non seulement nous serions tous des immigrés de nationalité strasbourgeoise, mais nous serions tous guettés  par le démon communautaire. Plus certains que d'autres néanmoins, puisque c'est toujours dans le contexte de l'immigration que le tocsin communautariste fait retentir ses alarmes. Ce qui introduit, de manière oblique, quelques méchantes failles dans la "nationalité strasbourgeoise" soi-disant partagée. Si la tentation communautaire en menace certains plus que d'autres n'est-ce pas l'aveu brutal que cette nationalité n'est qu'une formule creuse livrée en préambule comme un certificat de bonnes moeurs antiracistes ?

Le problème des fantassins de l'ordre nouveau diversitaire c'est leur tendance schizoïde. Ils sont écartelés entre deux conformismes. L'ancien, de nature républicaine leur commande de haïr la différence au nom de l'assimilation individualiste jacobine et d'un universalisme ronflant qui n'est que l'expression du vieil ethnocentrisme occidental. Le nouveau qui a tous les attraits de la fraîcheur et leur commande d'honorer sans cesse la diversité et d'en célébrer l'avenir radieux.

Pris en tenaille entre deux versions incompatibles du Bien, ils virevoltent de l'une à l'autre dans une folle sarabande où leur esprit se brouille et où le petit baluchon de leurs références philosophique se met à tanguer dangereusement. D'où leur propension à se contredire sans même s'en apercevoir.

Pour sortir de ce maelström, il faudrait se résoudre à poser clairement les bases de la dispute.

Soit l'on en reste à la logique républicaine qui ne considère que des individus abstraits destinés à s'assimiler au bout d'un parcours semé d'embûches et de traquenards.

Soit l'on adhère à la logique diversitaire qui implique une franche reconnaissance des identités collectives et en gère au mieux les inévitables conflits.

Dans le premier cas, comme l'a logiquement souligné Robert Grossmann dans son intervention du 2 février, il n'est nul besoin de "représenter" les étrangers en tant que tels. Dans le second, il faut accepter le risque communautaire qui n'est, somme toute, que l'expression d'un désir de différence que le mot même de diversité s'emploie à légitimer.

Quoi qu'il en soit, la pâte sociale travaille toute seule, indépendamment des discours et décisions politiques et il semble bien qu'elle conspire spontanément vers des logiques identitaires et communautaires. Dans une France qui a déjà tant donné à l'américanisation, ce serait finalement bien compréhensible.

 

Coclés

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