31.03.2009

INTÉGRATION À L'OTAN ET DÉSINTÉGRATION DE L'EUROPE PUISSANCE

OTAN-2d499.jpgDans quelques jours, conformément à la volonté exprimée de longue date par le président Sarkozy, la France entrera pleinement dans le commandement intégré de l'OTAN. Cette décision est, certes, l'aboutissement d'un processus de rapprochement progressif entamé depuis de nombreuses années. Elle n'en divise pas moins toutes les familles politiques et ranime des clivages anciens. Deux camps principaux se dégagent.


- D'une part ceux qui à droite comme à gauche s'y opposent, soit au nom de la souveraineté de la France seule, soit au nom d'une Europe de la défense à construire, indépendante des États-Unis d'Amérique, de leur prétention hégémonique, et de l'aventurisme guerrier dont ils font preuve. Mais la plupart de nos partenaires continentaux se montrent pour le moins réticents et préfèrent confier leur destin à la problèmatique bienveillance de la "puissance indispensable". Il est vrai que l'indépendance a un prix et que de nombreux européens exténués par l'Histoire ne sont pas disposés à l'acquitter.


- D'autre part ceux que la vassalité ne rebutent pas et qui se réjouissent de ce retour. Au delà des effets de manche tactiques ils sont aussi nombreux à droite qu'à gauche. leur argumentaire se résume le plus souvent à dire que de toute façon cela ne change pas grand chose à la donne présente. À l'appui de leur plaidoyer certains évoquent aussi les valeurs communes menacées qui uniraient les deux rives de l'Atlantique. L'union militaire la plus intégrale du camp "occidental" étant selon eux le meilleure gage d'une défense efficace face à la "barbarie".
Pour nos lecteurs nous reproduisons ici deux articles antagonistes sur cette question. Tous les deux cependant situent leur réflexion dans l'optique d'une Europe puissance actrice de son destin dans le cadre d'un monde multipolaire.


Le premier article est paru il y a quelques jours sous la signature d'Alain de Benoist, un intellectuel qui est aussi l'un des piliers de la revue "Éléments". Il est radicalement opposé à l'intégration dans un appareil totalement dominé par les États-Unis et au service, in fine, de leurs seuls intérêts stratégiques. Pour le second, la querelle serait essentiellement rhétorique. C'est pourquoi Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur en géopolitique à l'université de Paris VII  se montre plus conciliant avec la décision du chef de l'État. Pour lui les nations occidentales doivent relever ensemble les nouveaux défis mondiaux, et en premier lieu celui du "terrorisme islamique".

 

Coclès

 


LE RETOUR DE LA FRANCE DANS L’OTAN

 

Une analyse  Alain de Benoist

 

C’est désormais officiel, mais l’annonce en sera faite à l’occasion du sommet prévu les 3 et 4 avril prochains à Strasbourg et à Kehl, pour le 60e anniversaire de l’Alliance atlantique : la France va réintégrer les structures militaires intégrées de l’OTAN. Le premier à en être informé a été le secrétaire général de l’Alliance atlantique, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, qui a rencontré Nicolas Sarkozy en février dernier, après avoir été reçu en audition par les commissions des Affaires étrangères et de la Défense de l’Assemblée nationale.      Avec cette décision, lourde de conséquences politiques et diplomatiques, le chef de l’Etat français rompt avec une tradition d’indépendance nationale vieille de plus de quarante ans que tous ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, avaient (plus ou moins) respectée.      C’est en effet en mars 1966 que le général de Gaulle, posant clairement le problème de la compatibilité de l’OTAN avec les intérêts et l’indépendance de la France, avait pris la décision la plus importante sans doute de sa présidence, en annonçant le départ de la France des structures intégrées de l’OTAN, c’est-à-dire du dispositif plaçant les forces alliées sous l’autorité des Américains, et en exigeant le démantèlement de toutes les bases et installations américaines présentes sur le sol national. Il rejetait ainsi une tutelle faisant de la France un pays vassal des Etats-Unis.


La conviction du Général s’était faite bien avant son retour au pouvoir en mai 1958. Dès le milieu des années 1950, l’OTAN était déjà largement discréditée à ses yeux, dans la mesure où elle impliquait une inféodation inacceptable de la politique étrangère française au leadership américain. C’est la raison pour laquelle, le 17 septembre 1958, quelques mois à peine après la fondation de la Ve République, le général de Gaulle avait adressé au président américain, le général Dwight Eisenhower, et au Premier ministre anglais, Harold Macmillan, un mémorandum réclamant la création d’un « directoire » tripartite de l’Organisation composé des trois puissances américaine, britannique et française. Cette demande se heurta rapidement à une fin de non-recevoir de la part des Etats-Unis. L’année suivante, au printemps 1959, le Général décidait de retirer du commandement de l’OTAN la flotte française de Méditerranée (elle sera également retirée en 1964 du commandement allié de l’Atlantique), puis, à l’automne 1960, de n’affecter que partiellement les forces françaises à la défense aérienne intégrée mise en place dans le cadre de l’OTAN. En 1962, il décidait également de ne pas replacer sous le commandement Centre-Europe de l’OTAN deux divisions françaises qui en avaient été retirées lors du conflit algérien, et précisait que la France se tiendrait dans un rôle de réserve par rapport à la « défense de l’avant » que l’organisation intégrée entendait alors mettre en place en Allemagne le long du rideau de fer. A partir de 1963-64, l’affirmation de l’indépendance de la France devint indissociable de la création d’une force de dissuasion nucléaire française indépendante et d’une contestation générale de la politique des blocs instaurée à Yalta. La décision de mars 1966 sera la conséquence logique de cette politique mûrement réfléchie.

 

Le 21 février 1966, au cours d’une conférence de presse, le général de Gaulle annonce donc le retrait de la France de l’OTAN. Le 7 mars, il fait part au président américain Lyndon B. Johnson de l’intention de la France de recouvrer l’« exercice entier de sa souveraineté ». Deux mémorandums à l’intention des Etats membres de l’Alliance, datés des 11 et 29 mars, en détaillent les modalités. Tout en restant membre à part entière de l’Alliance atlantique, la France se retire de la structure militaire intégrée de l’OTAN. Les forces françaises affectées au commandement de l’OTAN cesseront de l’être à dater du 1er juillet 1966, et les troupes et installations militaires américaines devront avoir quitté le territoire national avant le 1er avril 1967. Les détails de la coopération future entre la France et l’OTAN seront précisés par la négociation qui s’engage à l’automne 1966 entre le général Charles Ailleret, chef d’état-major des armées françaises, et le général américain Lyman Lemnitzer, commandant suprême des forces alliées en Europe. Cette décision aura pour conséquence le transfert en Belgique du Commandement suprême de l’OTAN (SACEUR), jusqu’ici installé à Rocquencourt, près de Versailles.


Bien qu’elle représente une incontestable rupture, la décision de Nicolas Sarkozy ne surprend toutefois pas vraiment. Au cours de ces dernières années, nombre de hauts responsables de l’establishment militaire français sont devenus autant d’agents d’influence de l’atlantisme, tandis que, du côté de la classe politique, la volonté d’indépendance de la France vis-à-vis de l’OTAN s’est incontestablement affaiblie.

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Otan vous le dire : Strasbourg est assiégé

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29.03.2009

A Strasbourg, on ôte les drapeaux des opposants à l'OTAN

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26.03.2009

Mayotte et l'immigration invasive

mayotte.jpgLe 29 mars, Mayotte, territoire français de l'archipel des Comores, vote pour devenir le 101e département de la République. Un DOM (département d'outre-mer) pas comme les autres, à 95 % musulman et où un habitant sur quatre est clandestin …

Ainsi commence un excellent article du Figaro.

* « Côté avantages, l'instauration de tous les minima sociaux (seulement deux sont actuellement applicables), tels que RSA (Revenu de solidarité active) ou ASS (Allocation de solidarité spécifique) ; la perspective de transformer Mayotte en RUP (Région ultra-périphérique) de l'Union européenne, gage d'investissement et de développement.

Mais le document insiste aussi sur les inconvénients, comme la perception de nouveaux impôts (taxes foncières et d'habitation) ou la suppression de la justice cadiale (rendue par des cadis, magistrats musulmans). Selon Thomas Michaud, vice-procureur de Mayotte, «la justice républicaine ne pourra plus s'accommoder de certaines pratiques de droit local: la polygamie, le mariage des filles à partir de 15ans, la répudiation unilatérale, l'inégalité testimoniale (le témoignage d'une femme vaut la moitié de celui d'un homme). C'est un véritable choix de société qui est proposé aux Mahorais: entre une société africano-musulmane, où la communauté prime, et une société occidentale de type judéo-chrétien, axée sur l'individu» peut-on aussi y lire.

Globalement, il ya lieu de s’inquiéter comme on pourrait le faire de la situation en Guyane : « le Mahorais qui vitupère les «envahisseurs anjouanais» (pourtant cousins plus ou moins éloignés) et le laxisme des pandores est souvent le même qui les fait travailler au noir dans ses cultures d'ylang-ylang ou comme maçon à son domicile ».

 

Une fois encore se pose la question de ces poussières d’empire colonial qui collent encore à la France et qui constituent des portes ouvertes à une immigration naturellement invasive.

Mayotte 101ème département… et pourquoi ne nous a-t-on pas demandé notre avis ?

Eric Neustadt

25.03.2009

Vie politique à Strasbourg : pleine de coups bas 2

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24.03.2009

Vie politique à Strasbourg : pleine de coups bas !

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Strasbourg : La rue appartient à celui qui y manifeste

greve2.jpgAu-delà du titre naturellement politiquement incorrect et militaire de cette note. Nous illustrons une certaine réalité sociale du moment. La gauche manifeste et la droite résiste. Retour sur les manifestations du 19 mars dernier.

« Et à l’Assemblée et dans la rue, on est là et on continue …. ». La délégation du Parti Socialiste lors des manifestations du 19 mars a eu le mérite de présenter un visage presque unitaire. Sous la houlette de Mathieu Cahn, Philippe Bies, Syamak Agha Babaei (très en voix) et des leaders locaux (mais qui surveillait Roland R., Armand  J.et Robert H.?), le PS a souhaité démontrer que l’équipe locale ne sombrait pas dans le « bling bling » des ors de la ville et savait reprendre la terrain.

Une gauche tout en couleur, qui profite du savoir-faire technique de certains militants et qui a voulu donner  l'image de l’union. « Des socialistes rassemblés et unis » selon les propos de Mathieu Cahn, sous-entendu « lorsqu’il faut contrer la droite » et portés par une Catherine Trautmann, en pleine campagne européenne.

Les messages sont autant militants que les réponses sont absentes des entretiens. La Droite Strasbourgeoise peut comprendre que l’on manifeste contre la droite ; elle aurait aimé connaître les solutions économiques et sociales viables proposées par la gauche strasbourgeoise. En effet, si les slogans ne sont pas des formules magiques lorsqu’ils sont de droite, il en va de même lorsqu’ils sont de gauche. Non ?

Au-delà du propos et de la thématique de la journée, la mobilisation de terrain reste un message clair aux droites strasbourgeoises. La gauche est là, même quand elle ne bouge pas, elle ambitionne, sur fond de crise, de conquérir cantons, Région et demain circonscriptions. Que va donc lui opposer la droite locale, les droites locales ?

Qu’à cela ne tienne, nous continuerons, pour notre part à tenir haut le drapeau de la contestation. Car l’une des leçons de l’époque et du boboisme triomphant, c’est bien que l’idéal révolutionnaire, la pensée moderne sont désormais des valeurs de droite, l’immobilisme, la réaction, le conservatisme faisant désormais partie d’un corpus de gauche. Humpf... On peut toujours y croire, non ?

21.03.2009

ROGER POL DROIT, LE MONDE ET LES BETES

loup-ville.jpgQUI VEUT FAIRE L'ANGE...

 

On vient de rééditer, La Doctrine curieuse, un pamphlet du XVII siècle. Son auteur, un jésuite, y fait le scrupuleux relevé de tous les ennemis de l'Église et argumente contre les méchantes pensées. Au passage il ne manque pas d'affubler ses adversaires de divers noms d'oiseaux, "ânes de tavernes", "limaçons volants", "caméléons", "hiboux". La liste de François Garasse, c'est le nom du folliculaire de la compagnie de Jésus, est longue comme un jour de pluie.

 

Le Monde des livres de ce jour rend compte de cette parution. Hélas, emporté par sa zoopathie, il nous assène une conclusion qu'on croirait écrite pour un troupeau de bêtes à corne.

 

La voici in extenso :

 

"On l'a compris : Garasse est l'un des grands inventeurs de la bestialisation des adversaires. Chacun sait combien cette rhétorique de l'infamie a connu un grand essor dans les siècles suivants. Des années 1930 jusqu'à nos jours, un bon nombre de vrais fascistes de langue française ont poursuivi et développé - pour éviter d'avoir des hommes face à eux- cette sale rhétorique des poux, des rats et autre bestioles jugées repoussantes. Tous, même s'ils l'ignorent, doivent beaucoup à la vieille plume haineuse de François Garasse. Dans le style raciste, sexiste et fier de l'être, il avait atteint, très tôt, une sorte de perfection."

 

Avouons le, ce morceau de bravoure vaut franchement son pesant de croquettes. Outre l'anachronisme qu'il véhicule, ce qui fait tâche dans le quotidien de référence et sous la plume de Roger-Pol Droit, il semble prendre un malin plaisir à bêtifier son lecteur. Pour attribuer aux seuls "fascistes" la bestialisation de l'adversaire il faut, en effet, ne pas se souvenir que pour Sartre tout anticommuniste était un "chien" et que pour le Parti Communiste Français Sartre lui même n'était qu'une "hyène dactylographe".

 

Et ceci entre mille exemples de sinistres chienneries.

Décidément dans sa traque de la "bête immonde" le quotidien du soir prend ses lecteurs pour des ânes.

Heureusement il arrive que certains d'entre eux aient une mémoire d'éléphant.

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F.Garasse, La doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, Ed.J. Salem

 

Coclès

20.03.2009

Exclusif ! Le Pape Benoît XVI : "Lisez François Miclo et le site Causeur !"

Benoit-XVI-41_m.jpgFaites comme Benoît XVI (et nous !) et lisez l'excellent site et mensuel Causeur (www.causeur.fr), notamment l'article de François Miclos sur la fausse polémique concernant les préservatifs... Et puis, n'hésitez pas à vous abonner en même temps !

http://www.causeur.fr/et-preserve-nous-du-mal,2135

 

Et préserve-nous du mal


Le monde s’est inventé un nouveau grand Satan tout blanc

Par François Miclo


Pas de doute. Cet homme-là, c’est Satan ou l’Antéchrist. S’il ouvre la bouche, ce ne sont pas des mots qui sortent de ses lèvres, mais l’odieux son des trompettes du Jugement. Il répand plus de plaies que l’Egypte ne pourra jamais en compter, a un petit faible pour les négationnistes et les violeurs de fillettes (surtout quand ils sont brésiliens) et, comble de l’horreur, prescrit au monde entier de choper le sida en baisant sans capote.
Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat.
Avouons que, pour le rôle du grand méchant loup, c’est un bon client. Il est allemand, c’est-à-dire très bon pour les machines-outils, cancre pour les relations publiques ; il est catholique, chose détestable dans un monde où existent des religions un peu plus conformes à l’idée de coolitude (droit-de-l’hommisme, écologie, obamisme, etc.) ; il essaie de faire des phrases et de conduire des raisonnements, en un temps où l’auditeur lambda décroche dès le premier mot prononcé.
L’affaire de la capote africaine – sale coup porté aux Anglais – illustre parfaitement ce déphasage entre le Souverain Pontife et la sphère médiatique. L’ensemble de notre presse et de notre personnel politique pousse depuis mercredi des cris d’orfraie et condamne unanimement celui qui prétend que “l’utilisation du préservatif aggrave le problème du sida”. Ce matin, Pierre Bergé invitait sans rire les catholiques à “changer de religion” – sans toutefois leur promettre un abonnement gratuit à Têtu, la philanthropie a ses limites. A midi, sur France Inter, Stéphane Bern, tout en nuances, qualifiait les propos papaux de “génocidaires”. A ce rythme, Josef Ratzinger devrait être déféré ce soir devant le TPI et exécuté demain à l’aube. Il n’est pas même jusqu’à Alain Juppé qui n’ait brandi son pavois de haute moralité parmi tous les boucliers levés, pour dénoncer la fâcheuse manie de ce pape à vouloir rester droit dans ses bottes. Encore un effort participatif, Citoyens, et il se trouvera bien quelqu’un pour accuser Benoît XVI d’être un nouveau Guillaume Dustan et de prôner le barebacking dans les caves du Vatican où demeure encore vivace le souvenir de Rodrigue Borgia, un temps taulier sous le nom d’Alexandre VI.
On a même vu s’exprimer – la chose ne s’était guère produite depuis Jules Ferry et son discours sur l’homme blanc – un racisme bienpensant : les Africains sont des êtres tellement serfs et dénués de raison que, le saviez-vous, ils suivent à la lettre tout ce que dit le pape. Et Daniel Cohn-Bendit, parmi cent autres bonnes âmes, d’accuser Ratzinger de “meurtre prémédité”. Décryptage : le pape dit qu’il ne faut pas mettre de capote ; donc Banania, il nique sans, chope le sida et finit par crever dans sa case. Les nègres, faut leur parler comme à des enfants. C’est plus du tiers-mondisme, c’est Tintin au Congo réinventé.
Au fait, outrecuidante question, qu’a-t-il dit mardi dernier, le pape, dans l’avion qui le menait à Yaoundé ? Il répondait à la question d’un journaliste sur la position des catholiques face au sida. Benoît XVI a expliqué dans un premier temps que l’Eglise est présente au jour le jour aux côtés des malades : plus de 25 % des séropositifs dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques (hôpitaux, dispensaires, communautés). Puis il a enchaîné sur la phrase qui prétendument tue : “Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du sida avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent.” Dans la version publiée sur le site du Vatican, les propos ont un brin changé : “l’argent” est remplacé par “des slogans publicitaires” et “elle aggrave le problème” par “le risque est d’augmenter le problème”.
Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave… Le continent africain, ce n’est pas le Marais. Il ne suffit pas de négocier un prix de gros à la société Durex pour faire de la distribution gratuite, de demander à Line Renaud de tourner un spot télé ni d’arborer une fois l’an un petit ruban rouge à sa boutonnière. Si d’ailleurs la question du préservatif pouvait tout régler, il serait criminel que la communauté internationale ne se mobilise pas pour envoyer au quasi milliard d’Africains de quoi se protéger… L’enjeu est bien d’une toute autre nature.
Le premier problème, c’est l’ampleur du désastre : en 2007, 22 millions de personnes étaient infectées sur le continent africain selon Onusida. C’est la première cause de mortalité et la maladie y est, plus que partout ailleurs, un facteur de mort sociale. Lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des malades (en leur offrant “une amitié, une disponibilité”) n’est pas une pontificale lubie : il s’agit de changer les mentalités, de faire admettre que le sida n’est pas la maladie de l’autre, mais un véritable risque qui pèse sur tous. On n’a jamais vu dans l’histoire aucune épidémie reculer grâce à la stigmatisation et à l’exclusion. En ce sens, l’appel que lance le pape à la fraternité envers les malades n’est pas une billevesée ni une niaiserie de catéchisme : c’est une étape prophylactique essentielle.
L’autre grande question, c’est la prévention et l’information des populations. Au Nigeria, au Congo, au Cameroun, les équipes locales ne se contentent pas de distribuer des capotes, elles en expliquent l’usage (qui n’est pas multiple), tentent de lutter contre les préjugés (elle ne rend pas stérile), encouragent le dépistage et promeuvent aussi abstinence et fidélité… N’en déplaise aux bonnes âmes pour lesquelles le noir est doté d’un appétit sexuel à la mesure de son appareil génital, les valeurs morales trouvent un écho souvent favorable chez les chrétiens comme chez les musulmans du continent africain. Pourquoi s’en passerait-on ? On sait en Europe que les prophylaxies efficaces sont celles qui savent s’adapter à chacun des publics qu’elles visent. Or, en Afrique, le mot d’ordre devrait être : fous ta capote et tais-toi ? La prévention n’est pas une chose simple : elle implique de former des équipes locales, d’ouvrir des centres de dépistage, mais surtout de prendre en compte la réalité de l’Afrique contemporaine, bref de ne pas se dédouaner en utilisant le mot “préservatif” comme grigri, mais de mener des actions de fond.
Le troisième problème – et de loin, le plus important –, c’est l’accès aux soins. Autant le dire tout de suite : si vous êtes africain et contractez la maladie, votre chance d’être soigné est proche de zéro. Les antirétroviraux sont excessivement chers et, contrairement à l’Inde, l’Afrique ne dispose d’aucun laboratoire pharmaceutique capable de les produire sous leur forme générique. Elle les importe donc, quand on le lui permet.
Hier justement, les douanes néerlandaises ont saisi à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam une cargaison entière d’antirétroviraux à destination du Nigéria, au prétexte que le laboratoire indien les produisant porterait atteinte aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques propriétaires du brevet… Business is business. Mais qui s’en soucie, qui va pousser de grands cris, qui va jouer de petits couplets indignés ? Qui va accuser nos amis bataves de se comporter comme des meurtriers en puissance ? Qui va dire fuck une bonne fois pour toutes à ces gens qui préfèrent défendre le droit des brevets que la vie humaine ? Circulez, y a rien à voir. C’est plus vendeur, coco, d’accabler le grand Satan du Vatican que de rentrer dans les détails. D’ailleurs, mardi, à peine était-il descendu de son avion que Benoît XVI a prononcé un discours à Yaoundé : il réclamait la gratuité des soins pour les personnes atteintes du sida, c’est-à-dire l’accès des malades aux antirétroviraux. Ça n’a pas fait une ligne dans les journaux. Pourtant, ça n’aurait arraché la gueule d’aucun de mes honorables confrères si prompts à l’indignation de relayer cette info : un pape qui fait sien l’un des plus anciens combats d’Act up (”Des molécules pour qu’on s’encule”), ça n’est pas tous les jours que ça arrive… Le pape est punk : c’est pas un beau titre, ça ?
Ah non, j’oubliais. La question, on vous l’a dit et répété, c’est la capote ! C’est qu’elle n’est plus, dans nos sociétés occidentales, un simple moyen de prophylaxie. Elle est une religion : les barebackers qui refusent le préservatif dans leurs rapports sexuels sont appelés relaps en français. Ce mot est directement tiré du vocabulaire religieux de la pire espèce, celui de l’Inquisition : est relaps qui est retombé dans l’hérésie après l’avoir abjurée. On ne fait pas grief au relaps de sa sexualité effrénée, on lui reproche simplement d’avoir déserté la clientèle de Durex ou Mannix. Puisque la seule question qui vaille est la capote, le jour viendra où, dans des affaires de viol en réunion, le port du préservatif jouera comme une circonstance atténuante. Pourrait-on s’interroger, ne serait-ce qu’un moment, sur cette société où la règle consiste à tout consommer, même les corps ?
Bien entendu que non. Chacun est invité à adopter la pornonomie comme seule moralité. Et le temps viendra où un pape agira, depuis le balcon de Saint-Pierre, comme le premier prof de sciences nat’ venu. Il sortira un vague godemiché et déroulera un bout de plastique tout le long du fac-similé turgescent. Il aura, faute d’habitude, l’air un peu emprunté. Mais il s’y fera. Et il conviera peut-être, dans un lumineux élan, le monde entier à un orgasme multiple, participatif et protégé. Le monde entier, sauf l’Afrique, car elle aura crevé, elle, après avoir eu le droit de tout consommer, sexe et capotes, indignations et beaux discours. Elle aura eu le droit de tout consommer, sauf les trithérapies. Désolé, homme noir, toi pas avoir assez argent.

 

François Miclo est philosophe et éditeur.

19.03.2009

Quand les médias désinforment une nouvelle fois au sujet du Pape, de l'Afrique et du SIDA...

656299.jpgLes médias ne savent ni lire ni écouter - nous le savions déjà - et se dépêchent de désinformer ceux qui les suivent, politiques en tête, surtout quand cela concerne l'Eglise catholique et Josef Ratzinger...

 

En plus de la "fameuse" phrase qui a été tronquée, profitons-en de signaler à tous les bons catholiques et aux autres qui couinent comme des cochons à tort, que l'une des premières prises de parole du Pape Benoît XVI en Afrique a été pour lancer un appel à "LA GRATUITÉ DES TRAITEMENTS". C'est nous qui soulignons... Cela, évidemment, les médias ne le diffuseront pas, tout comme le formidable message d'humanité et d'amour que le Pape a voulu délivrer au sujet de la maladie.

 

Pour les gens d'honnête foi et parce que toutes ces polémiques fausses et stériles sont fatiguantes, voici une lecture intelligente pour désamorcer toute ces bétises (merci à un bon lecteur de nous avoir fourni ce lien !) : http://www.maitre-eolas.fr/2009/03/18/1347-la-bonne-parol...

 


Question - Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l'Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l'Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n'étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ?


Benoît XVI -  Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l'Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant'Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades... Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n'y met pas l'âme, si les Africains ne s'entraident pas, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème.

La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements  personnels, à être proches de ceux qui souffrent.

Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l'homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la juste réponse, et c'est ce que fait l'Église, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font".

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