29.04.2009
A la fin de la vie, Claude Lanzmann
Des mémoires qui n’en sont pas ? Le récit endiablé d’une vie qu’on n’imagine pas finir ? 100 vies déjà traversées, 100 vies déjà vécues, 1000 souvenirs ici rassemblés dans un livre qui éclate de joie, déborde d’énergie vitale, « Le lièvre de Patagonie » mais qui nécessite aussi quelques rappels critiques...
"Je ne suis ni blasé ni fatigué du monde, cent vies, je le sais, ne me lasseraient pas". Il y a le journaliste, il y a l’amoureux, il y a l’intellectuel, il y a le militant, il y a le cinéaste, il y a désormais l’écrivain, comme si tout cela ne devait pas connaître de fin, comme si "Le lièvre de Patagonie" (Ed. Gallimard) en les mêlant tous, marquait une nouvelle étape avant… avant quoi ?
Lanzmann pousse les limites de sa condition humaine, une façon de transhumaner comme l’écrit Dante dans "La divine comédie". Une façon élégante de passer outre ce qui est prévu, par exemple la noyade au large des côtes israélienne, l’hémorragie fatale en passant par mégarde à travers une vitrine de magasin, l’insolation et l’égarement dans les sommets alpins. Cent morts l’ont frôlées, elles sont toutes reparties bredouilles. Et pourtant, ce livre prouve bien que son auteur regarde la mort en face. Ne démarre t-il pas son texte par une évocation de mort et quelle mort ?! « La guillotine – plus généralement la peine capitale et les différents modes d’administration de la mort – aura été la grande affaire de ma vie. »
Ne s’oblige t-il pas à regarder les vidéos d’islamistes égorgeant leurs victimes ? Et puis, évidemment, il y a la plongée dans les douze années du tournage de Shoah. Un film sur la mort, pas sur la vie ni sur les survivants. Un film basé uniquement sur ce que Heidegger a nommé ces victimes privées de leur propre mort ; et sur l’urgence d’empêcher l’oubli de ce temps. Il ne s’agit pas d’un travail historique, au sens exact et scientifique du terme, quoique veuille faire croire ses défenseurs les plus acharnés, mais plutôt d’un travail de mémoire, qui révoque du coup consciencieusement toute méthodologie historique.
Les rebondissements de ce tournage dès lors s’apparentent à un roman policier. Les rencontres avec certains des témoins de l’époque éclairent désormais ce film unique, bien éloigné de ce qui se fait habituellement dans ce genre cinématographique, la débauche de cadavres, l’horreur, bref, l’extermination vue du dehors, vue de façon spectaculaire, alors que Lanzmann plonge en son cœur même : "Treblinka devint alors si vrai qu'il ne souffrit plus d'attendre, une urgence extrême, sous laquelle je ne cesserais désormais de vivre, s'empara de moi, il fallait tourner, tourner au plus tôt, j'en reçus ce jour-là le mandat."
Un adversaire pour tous ceux qui combattent “l'Empire du Bien”
Une vie d’intellectuel exemplaire, qu’est-ce que c’est ? Et d’abord y a t-il un intellectuel exemplaire ? Sûrement pas, même si l’auteur cherche à nous prouver le contraire dans ce qui tient lieu à certain moment d'une hagiographie. On n'est jamais mieux servi que par soi-même n'est-ce pas ? Lanzmann a commis ses erreurs, a connu des errements. En fait, à y regarder de près, il a enchainé tous les ponts-aux-ânes de la “gauche progressiste” ! Heureusement, il n’a pas l’indécence de nous infliger atermoiements ou repentance. La repentance est réservée aux vaincus et Lanzmann est trop pétri d’orgueil pour amorcer la moindre critique de son parcours. D’un orgueil rare, il frise souvent l’outrecuidance et demeure un adversaire redoutable pour tout ce qui pensent hors des limites traçées par “l'Empire du Bien”.
Pointons quelques exemples agaçants néanmoins.
Bien sûr, ses choix politiques. Le voilà, épousant la majorité des illusions de la gauche la plus dogmatique et donneuse de leçons.
Bien sûr, son sionisme. Au départ naïf (c’est quoi être juif au fait ? un corps ? un nez, comme celui de sa mère ? des traits distinctifs, une religion ou finalement autre chose ?) et donc intéressant. Mais son sionisme devient vite militant. En cela, son apologie immodérée de Tsahal, sa fierté à faire du tank ou de l’avion de chasse avec les “héros” d’Israël peut laisser le lecteur dubitatif, surtout au moment où chacun connaît les impasses de la politique israélienne à propos du monde arabe et les exactions répétées à l’encontre du peuple palestinien.
De plus, Claude Lanzmann a été un des intellectuels les plus engagés en faveur de la décolonisation, à voir ici son intéressante évocation de Franz Fanon. Mais comparons son manque de critique envers les actions d’Israël, au procès grossier fait à l’armée française en Algérie (dont il a été un des premiers à « dénoncer les exactions ») et chacun comprendra le sens de l’expression : deux poids, deux mesures…
Et puis, bien sûr, son admiration pour Sartre. Elle laisse songeur. Comment passer tous les propos, tous les engagements du "Ténia" ? Voilà une question à débattre. Mais Lanzmann après tout la tranche sans se la poser, en suivant quelques années la vie d’un Sartre qui est présenté ici comme une « formidable machine à penser » croisant son histoire d’amour avec Simone de Beauvoir. Ici aussi, l’admiration aurait pu se teinter de distance critique, mais non.
Mais tout ces instants de vie s’emmêlent dans l’ensemble de ce livre, à l’architecture littéraire impressionnante. Toutes ces histoires et chronologies s’enchevêtrent avec une maestria littéraire rare, emportent le lecteur en des temps et des géographies différentes : de la Résistance en France à un vol d’avion au-dessus du Neguev, d’un voyage en Corée jusqu’au cœur de la Pologne.
Et puis, un final en Patagonie, de la façon la plus poétique et inattendue qui soit, avec un lièvre bondissant devant la voiture de Lanzmann, comme un écho de ce plan furtif vers la fin de Shoah, de ces lièvres se glissant sous des fils de fer barbelés d’un camp en Pologne.
« Mon temps est absolument celui dans lequel je vis et même si le monde me plaît de moins en moins – il y a de quoi -, c’est le mien, absolument. Ni retraite ni retrait, je ne sais pas ce que c’est que vieillir et c’est d’abord ma jeunesse qui est garante de celle du monde. ».
Rencontre avec Claude Lanzmann jeudi 30 avril à 17h30 à la Librairie Kléber de Strasbourg.
Laurent Husser
10:26 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude lanzmann, le lièvre de patagonie, gallimard, librairie kléber, strasbourg
28.04.2009
François Bayrou parle de littérature à propos du rapper Orelsan...

En goguette hier au Printemps de Bourges, François Bayrou, malgré ses précautions oratoires a dit une chose étrange. Littéralement fascinante. Ainsi, Bayrou défend la littérature et sa liberté, la liberté de dire tout et cite trois auteurs particulièrement bien choisis.
Certes, c'était au sujet du rapper Orelsan dont nous nous contrefichons (juste un mauvais rapper français de plus, aux textes piteux) ; ainsi, c'est gênant, surtout lorsque le président du Modem invoque les noms d'auteurs géniaux qui n'ont rien demandé. Surtout pas d'être rabaissés au niveau d'un rapper pareil...
"Le président du MoDem, François Bayrou, en visite au Printemps de Bourges a déclaré "comprendre l'émotion" suscitée par la chanson "Sale pute" du rappeur Orelsan, sans toutefois l'avoir ressentie comme une apologie de la violence envers les femmes.
"Il est vrai que les paroles de cette chanson sont choquantes. Mais je ne l'ai pas ressentie comme une apologie de la violence, plutôt comme une dérive passionnelle", a-t-il indiqué à la presse.
"Des dérives, dans la littérature, il y en a beaucoup, par exemple chez Sade, Lautréamont ou Céline. Cela ne veut pas nécessairement dire qu'il y ait une apologie des actes décrits", a-t-il ajouté."
Comme nous sommes bons garçons et bonnes filles, nous vous livrons trois citations de ses auteurs qui plairont à François Bayrou à n'en pas douter...
LDS
Marquis de Sade, "Les 120 journées de Sodome"
"Ici Desgranges termine ses récits; elle est complimentée, fêtée, etc. Il y a eu, dès le matin de ce jour-là, des préparatifs terribles pour la fête qu'on médite. Curval, qui déteste Constance, a été la foutre en con dès le matin et lui a annoncé son arrêt en la foutant. Le café a été présenté par les cinq victimes, savoir: Constance, Narcisse, Giton, Michette et Rosette. On y a fait des horreurs; au récit qu'on vient de lire, ce qu'on a pu arranger de quadrilles y a été nu. Et dès que la Desgranges a eu fini, on a fait paraître d'abord Fanny, on lui a coupé les doigts qui lui restent aux mains et aux pieds, et elle a été enculée sans pommade par Curval, le duc et les quatre premiers fouteurs. Sophie est arrivée; on a obligé Céladon, son amant, à lui brûler l'intérieur du con, on lui a coupé tous les doigts des mains et on l'a saignée des quatre membres, on lui a déchiré l'oreille droite et arraché l'oeil gauche. Céladon a été contraint d'aider à tout et d'agir souvent lui-même, et, à la moindre grimace, il était fouetté avec des martinets à pointes de fer.
Ensuite, on a soupé; le repas a été voluptueux, et l'on n'y a bu que du champagne mousseux et des liqueurs. Le supplice s'est fait à l'heure des orgies. On est venu au dessert avertir messieurs que tout était prêt; ils ont descendu, et ont trouvé le caveau très orné et très bien disposé. Constance était couchée sur une espèce de mausolée, et les quatre enfants en ornaient les quatre coins. Comme les culs étaient très frais, on a eu encore beaucoup de plaisir à les molester. Enfin on a commencé le supplice: Curval a ouvert lui-même le ventre de Constance en enculant Giton, et il en a arraché le fruit, déjà très formé et désigné au sexe masculin; puis on a continué les supplices sur ces cinq victimes, qui tous ont été aussi cruels que variés.
Le 1er mars, voyant que les neiges ne sont pas encore fondues, on se décide à expédier en détail tout ce qui reste."
Lautréamont, "Les chants de Maldoror"
"On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh! comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très-ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il ne meure pas; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que son sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel. Homme, n'as-tu jamais goûté de ton sang, quand par hasard tu t'es coupé le doigt? Comme il est bon, n'est-ce pas; car, il n'a aucun goût. En outre, ne te souviens-tu pas d'avoir un jour, dans tes réflexions lugubres, porté la main, creusée au fond, sur ta figure maladive mouillée par ce qui tombait des yeux; laquelle main ensuite se dirigeait fatalement vers la bouche, qui puisait à longs traits, dans cette coupe, tremblante comme les dents de l'élève qui regarde obliquement celui qui est né pour l'oppresser, les larmes? Comme elles sont bonnes, n'est-ce pas; car, elles ont le goût du vinaigre.
On dirait les larmes de celle qui aime le plus; mais, les larmes de l'enfant sont meilleures au palais. Lui, ne trahit pas, ne connaissant pas encore le mal: celle qui aime le plus trahit tôt ou tard... je le devine par analogie, quoique j'ignore ce que c'est que l'amitié, que l'amour (il est probable que je ne les accepterai jamais; du moins, de la part de la race humaine). Donc, puisque ton sang et tes larmes ne te dégoûtent pas, nourris-toi, nourris-toi avec confiance des larmes et du sang de l'adolescent. Bande-lui les yeux, pendant que tu déchireras ses chairs palpitantes; et, après avoir entendu de longues heures ses cris sublimes, semblables aux râles perçants que poussent dans une bataille les gosiers des blessés agonisants, alors, t'ayant écarté comme une avalanche, tu te précipiteras de la chambre voisine, et tu feras semblant d'arriver à son secours."
Louis-Ferdinand Céline,"Bagatelles pour un massacre".
"Les Juifs seuls sont des hommes et les autres nations ne sont que des variétés d'animaux." (Le Talmud.)
"
Je ne sais plus quel empoté de petit youtre (j'ai oublié son nom, mais c'était un nom youtre) s'est donné le mal, pendant cinq ou six numéros d'une publication dite médicale (en réalité chiots de Juifs), de venir chier sur mes ouvrages et mes "grossièretés" au nom de la psychiatrie. La rage raciste de ce pleutre, sa folie d'envie se déguisaient pour la circonstance en vitupération "scientifique". Il en écumait d'insultes, cet infect, dans son charabia psycholo-freudien, délirant, pluricon. Cet imbécile d'après son verbiage, sa marotte, son pathos, devait être aliéniste. Les aliénistes sont presque tous idiots, mais celui-ci donnait l'impression d'un véritable tétanique en "sottise", d'un super critique en somme. Je ne sais plus par quelles tares, mentales et physiques, par quelles abjectes perversions, monstrueuses dispositions, obsession très cadavérique, pourriture d'âme, ce sous-enculé de la cuistrerie expliquait tous mes livres, mais, dans tous les cas, jamais crapaud pustuleux (ma pomme) tout dégoulinant de fiente vénéneuse ne fut plus hideux, plus insupportable aux regards de la blanche, parfaite colombe (lui-même). Tout ceci sans importance, mais une petite remarque s'impose, amusante: le Freudisme a fait énormément pour les Juifs de la médecine et de la psychiatrie. Il a permis à tous ces sous-nègres grotesques, diafoireux, dindonnants, du Diplôme, de donner libre cours à toutes leurs lubies, vésanies, rages saccageuses, mégalomanies inavouables, despotismes intimes... Les voici tout pontifiants de freudisme ces saltimbanques de brousse, post-congolais, avec tout leur culot diabolique, de néo-féticheurs...
"Tout Liberia dans nos murs!" Rien de plus comique aux colonies, plus vif sujet de rigolade que l'outrecuidante jactance des médecins indigènes frais émoulus des Facultés coloniales. Ils valent leur pesant de ridicule. Mais ici nous prenons, nous, la bamboula des médecins, juifs pires négrites oniriques, pour argent comptant!... Prodige! Le moindre diplôme, la moindre nouvelle amulette, fait délirer le négroide, tous les négroides juifs, rugir d'orgueil! Tout le monde sait cela... Kif avec nos youtres depuis que leur Boudah Freud leur a livré les clefs de l'âme! (Elie Faure me déclarait quelques jours avant sa mort que Freud avait découvert l'endroit où se trouvait Dieu! où se trouvait l'âme!) Admirez comme ils jugent, tranchent, à présent, décident nos youtres super-mentaux menteurs, de toute valeur, de la vérité, de la puissance, souverainement, de toutes les productions spirituelles! Sans appel! Freud! L'alter-ego de Dieu! Comme Kaganovitch est l'alter-ego de Staline!
C'est en bêlant que nous, petits enfants transis de crainte, nous devons désormais aller nous faire juger par ces émanations de Dieu-même!
J'en chie un tous les matins moi, de critique juif, et c'a ne me fait pas de mal au fias! Qu'on se le dise...
Mais d'où tiennent ils tous ces canaques tant d'insolence? Qui fera rentrer sous paillotte tous ces gris-gris en rupture?... tous ces bouffons négroides, "tam-tameurs" dépravés du Parchemin?... ces Démiurges en noix de coco? Quelle chicotte remettra du plomb dans les charniers de tous ces singes? les fera ramper dans leurs tanières? fermer leurs gueules à manioc, garder un peu leurs ordures? Quelle chicotte?... Experts juifs? Psychiatres juifs? Voilà les juges de nos pensées! de nos volontés! de nos arts! C'est le coup de grâce! Plus bas que macaques nous voici! Foireux au cul des singes! Demander l'avis, la permission de la merde même, pour respirer!"
27.04.2009
Lecture de "Coma" de Pierre Guyotat par Patrice Chéreau
En direct et en public de l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris.
Sous la direction de Thierry Thieû Niang, Patrice Chéreau, en acteur, défend le grand texte de Guyotat, « témoignage d’une traversée douloureuse vers un inaccessible au- delà du corps individuel, mais aussi comme l’odyssée poétique d’une écriture qui réclame ses livres de chair pour s’incarner en verbe magnifique et douloureux qui parle de la difficulté d'être au monde, de la souffrance de ne plus trouver les mots, de ce que l'auteur nomme lui-même dépression». (Bertrand Leclair – remue.net).
Diffusion en direct le mercredi 29 avril à 20h sur France culture
"Jadis, enfant, lorsque l'Été résonne et sent et palpite de partout, mon corps en même temps que mon moi commence de s'y circonscrire et donc de le former : le "bonheur" de vivre, d'éprouver, de prévoir déjà, le démembre, tout de ce corps éclate, les neurones vont vers ce qui les sollicite, les zones de sensation se détachent presque en blocs qui se posent aux quatre coins du paysage, aux quatre coins de la Création.

Ou bien, c'est la fusion avec le monde, ma disparition dans tout ce qui me touche, que je vois, et dans tout ce que je ne vois pas encore. Sans doute ne puis-je alors supporter de n'être qu'un seul moi devant tous ces autres moi et d'être immobile malgré l'effervescence de mes sens, d'être immobile dans cet espace où l'on saute, s'élance, s'envole...
Plutôt mourir (comme peut "mourir" un enfant) que de ne pas être multiple, voire multiple jusqu'à l'infini.
Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, être, soi, partagé, comme un festin par tout les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c'est moi...si ce pouvait être moi ! "
14:14 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre guyotat, patrice chéreau, coma, mercure de france, france culture
24.04.2009
Le Point, Strasbourg, Roland Ries et nous
« Fini l’étiquette du remplaçant, Roland Ries est devenu Maire, par les urnes …». Ainsi commence le dossier Strasbourg (28 pages) de l’hebdomadaire « Le Point » du 23 avril 2009 qui propose « Ries au banc d’essai », oubliant pour l’occasion que les Strasbourgeois ne l’essayent pas mais l’ont adopté effectivement lors des dernières élections municipales.
Ce dossier mérite lecture. On y apprend que Roland se hâte lentement. Les arguments sur l’héritage du tandem ont un peu de mal à passer, surtout que La Droite Strasbourgeoise voit la ville bouger (Si, si, d’ailleurs, y’a même de plus en plus de militants socialistes en poste). La thématique des « finances en berne » aussi a un peu de mal à passer surtout lorsque l’on sait que Ville et CUS drainent un budget qui pourrait faire effet de levier.
« there is no business, like gauche-business »
Pourquoi ne pas parler plus des vrais projets. On pourrait ainsi dire que le saccage du Port de Rhin tombe à pic dans l’extension de la ligne D du tram puisqu’il permettra de cumuler idéalement ligne de tram et trafic routier. Il arrive donc que le diable porte pierre. Il y a aussi l’Eurodistrict que LDS appelle aussi de ses vœux même si comme Yveline Moeglen nous savons que le maire « n’est pas un aventurier ». Il faudrait donc aller plus loin, vers une Eurorégion et non vers un machin techncratico-mondain. Faut-il parler foot ? Serge Oehler promet la lune. Cela va bétonner sec ! Quant aux commerçants, après l’annonce de l’ouverture de 90.000 m² de surfaces commerciales. Ils doivent comprendre que « there is no business, like gauche-business » !
On notera que Le Point tire la même analyse que nous sur la culture, parent pauvre de la municipalité. D’ailleurs, y’a-t-il quelqu’un pour piloter la culture à la ville ? Les ombres de Norbert Engel et Robert Grossmann planent encore sur ce domaine. Au fait, c’est qui l’adjoint du ressort.
On aura bien évoqué la nuit, les aléas des fêtards épris de bons sentiments et d’alcool, mais on pense que l’on aurait dérapé. A défaut de pilule, c’est bien la ville qu’il faudrait désinhiber pour lui conférer le véritable statut de capitale. Ce de jour, comme de nuit, ce, bien entendu sans mettre le feu.
On notera l’avancée de la Mosquée et l’évocation de dons venus de l’étranger. On est loin des promesses d’indépendance. « Ciel » aurait crié un temps les adjoints !
Robert et Fabienne
Le portrait de Roland nous a fait sourire. Bon vivant, proche des gens et prenant pour modèle Marcel Rudloff, il réussit là un beau plan com, ce alors que certains se demandaient si la ville avait un maire. On a aimé, d’autres sans doute moins, les portraits du réseau : Buchler, Weber, Fontanel, et Bigot (avec lequel on apprend cependant que seul un mariage d’opportunité – et rajoutons d’idéologie – les unirait).
Enfin, on aura – pour notre part noté deux absences dans ce dossier. Robert et Fabienne, enfin précisions, Robert Herrmann et Fabienne Keller. Le Point évoquant par ailleurs à de nombreuses reprises le renouveau d’une opposition de droite autour de Robert Grossmann en en faisant « l’opposant » de la majorité socialiste.
La suite, dans vos kiosques ! Mais nous sommes sûrs que ce dossier est déjà commenté durablement dans les endroits où l’on cause. Mais d'où viennent donc les cris que l'on entend ?
Eric Neustadt
12:06 Publié dans La ville en parle | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : roland, ries, robert, grossmann, droite, strasbourgeoise, le, point, sépciale
21.04.2009
Colombey-les-deux-églises, samedi 18 avril 2009, 6h du soir…
Le crachin qui tombe sur la Haute-Marne ajoute une touche grise au tableau sobre et austère d’une maison nichée au coeur d'un parc arboré, la Boisserie.
À quelques mètres de l’entrée, un buisson aux fleurs blanches et simples, rappellent les aubépines vues ce matin dans la petite église de Colombey-les-deux églises sur l’autel, comme un écho proustien : « Les festons de leur feuillage sur lequel étaient semés à profusion, comme une traîne de mariée, de petits bouquets de boutons d'une blancheur éclatante... » Après tout il ne fallait pas moins convoquer le Grand Écrivain pour illustrer une journée passée auprès du Grand Homme.
Une tombe dépouillée au matin, un instant de recueillement dans l’église adjacente au cimetière, fidèle à ce que j’imagine être une église de province, reliquaire étrange dans un coin retiré, Saints en pagaille dont une Jeanne d’Arc belliqueuse et vengeresse et surtout un Christ gigantesque, étonnant dans sa blancheur.
L’avouerais-je ? je n’étais pas confit d’adoration devant le Général. Il me semble qu’il ne suffit pas d’admirer béatement un tel homme pour se dire « gaulliste » ou ne serait-ce que pour recueillir quelques idées gaulliennes bien délavées quarante ans, à moins d’être vécues réellement. Mais comment les revivre, leur rendre chair et sang alors que l’époque a tant changé ?
La mythologie du Grand Homme, qu’est-ce au final ? Qu’est-ce que représente encore le Général De Gaulle ? Comme l’écrit Régis Debray : « Qu'est-ce qu'un grand homme ? On n'y répondra pas sans rompre le pieux consensus qui salue dans le héros du 18 Juin la voix plus que le texte, la grandeur plus que la pertinence, le panache du rebelle plutôt que la sagesse de celui qui avait prévu et préparé l'actuel chambardement de l'Europe et de nos illusions. Remplacer l'encensoir par le télescope. Procéder à un renversement d'optique. (…) De Gaulle fonde le courage du résistant sur l'intelligence de ce qui résiste. »
Au terme de cette journée, c’est déjà cela que je retiendrais, fierté et rébellion, résistance et grandeur, ce ne sont finalement pas de mauvais termes pour fonder une éthique personnelle, même s’il y a loin des valeurs à leur mise en œuvre. C’est peu, c’est déjà beaucoup.
Il faudrait toujours se méfier des admirations posthumes. Du moins des influences trop évidentes. Il ne sert à rien en ce début bien entamé de XXIe siècle de parler “le De Gaulle”, de faire du psittacisme, faire du neuf avec du vieux. La monnaie de Gaulle n’a plus cours, elle est pourtant présente partout mais comme une grande partie de la parole politique : démonétisée.
Mais pourtant, l’esprit de Gaulle résiste littéralement, irrigue encore certains idéalistes, nourri ceux qui sont sensibles à la longue mémoire, à cette mémoire qui englobe les images d’Épinal, celles de ceux qui ont forgé la gloire de mon pays depuis plusieurs centaines d’années.
C’est peut-être au terme du parcours, par deux fois, que l’importance de tout cela m’a saisi. Au Mémorial Charles de Gaulle, à la fin du parcours, il y a une salle où est projetée en boucles une vidéo des funérailles du Général, sur un fond de cordes mélancoliques.
Quelques images à la volée, un half-track transportant le cercueil. Des drapeaux par dizaines, cortège de DS noires, fusiliers marins et d’autres militaires en tenue d’apparat. André Malraux apparaît hagard, lui se doute déjà que l’ombre gagne, qu’il survivra quelques années mais que rien ne sera plus semblable, que c’est un peu de lui-même qui est enterré dans ce sol calcaire.
Un adieu à la France qui s’en va
Une France se signe et s’incline devant le tombeau, elle s’incline tant qu’elle ne sait pas encore qu’elle est en train de disparaître aussi et que le dernier Président qui la mènera au cœur de l’Histoire, ce sera dix ans plus tard François Mitterrand, ennemi politique de Charles de Gaulle.
Par deux fois, j’observais ce film, par deux fois, je comprenais qu’ici dans cette salle sombre se condense en quelques images l’Histoire de France, les richesses de la religion catholique et surtout la mort d’un personnage qui depuis a été phagocyté par la mémoire du pays et de ses habitants. Ils agitent encore les ossements sacrés du Général mais ne savent-ils pas qu’ils ont trahi depuis longtemps les promesses faites ?
Ces images sont un adieu à la France qui s’en va…
Curieux hasard, j’ai visité quelques jours auparavant le tombeau de Mitterrand à Jarnac, sous une même pluie, sous un même ciel lourd et gris, dans un même paysage de France paisible, les bras de la Charente serpentant paresseusement à travers les prairies. Quel lien souterrain uni ces deux hommes, ces deux tombes ? Sans doute ce même souci hautain de dire « j’ai servi la France ».
Nul n’y échappe. Il suffira, quelques instants après de se retrouver dans le parc de la Boisserie, pour renforcer ce curieux sentiment. Le poids du lieu, le poids des événements historiques se fait sentir soudain. La vue du bureau qu’occupait De Gaulle englobe au loin la Marne et la Champagne ; il ne faut pas moins d’un tel horizon dégagé pour embrasser du regard ce qui fait un tel paysage. La terre de France ; la voilà, c’est peut-être ce qui doit se ressentir par-delà les nuages, les champs et les arbres. Cette terre de France, elle est là, se sent, se voit, se touche.
A mes pieds, une rose des vents indiquant Paris, Lille, Dijon et Colmar, points cardinaux dans la geste gaullienne. Un peu plus loin une croix, les reliques d’un ancien court de tennis et d’un mini-golf.
Assis sur un banc en face de la Boisserie, je goûte le silence profond de la campagne, à peine traversé par le bruit de la pluie, le chant d’un merle, les six coups du clocher du village.
À côté de l’entrée de la propriété une ferme, une vache qui sort, conduite par un paysan.
Un peu plus tôt, j’avais appris que le 10 novembre 1970, il avait été un des jeunes hommes de Colombey ayant porté le cercueil du Général en terre.
Laurent Husser
14:15 Publié dans L'Histoire éveille | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : charles de gaulle, mémorial, colombey-les-deux églises, régis debray, la boisserie
20.04.2009
James Graham Ballard (1930 - 2009)
«Mon expérience de la guerre à Shanghai et les années que j’ai passées dans les camps japonais ont été déterminantes. Ce que j’y ai vu a été comme une sorte de révélation de la manière dont l’être humain peut se comporter.»
11:43 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : james graham ballard, crash
18.04.2009
Quand j’entends le mot culture, je sors ma carte bancaire !
A-t-on l’époque que l’on mérite ? A-t-on les citoyens que l’on se donne ? Ces questions, La Droite Strasbourgeoise les posent assez régulièrement. En effet, lorsque l’on mesure le niveau des tragédies grecques jouées devant la population de l’époque et la difficulté actuelle d’un élève de Terminale à en appréhender la signification, on peut légitimement s’interroger. Le niveau a-t-il baissé, est-il différent ? L’époque fabrique-t-elle des moutons, des parts de cerveaux à conquérir ou ne sommes-nous finalement plus que des consommateurs déculturés ?
Si oui, qui y trouve son intérêt ? Au-delà des questions, nous avons toujours à cœur de tirer les débats vers le haut et là, rien n’est possible sans culture. Mais c’est le constat incontournable de la culture marchandise, objet de consommation sur lequel il importe de « marger » et « culbuter » qui nous a poussé à un titre provocateur.
Quand j’entends le mot culture, je sors ma carte bancaire … L’époque n’est plus au revolver et le marché a pris le pas sur les idéologies. Pour parfaire notre expérience, nous avons imaginé un minimum culturel mensuel composé de la lecture de deux livres, de l’achat de quelques quotidiens par semaine, de deux hebdomadaires mensuels, d’un magazine, de deux séances de cinéma, de la visite d’un musée, d’un concert ou opéra, d’un spectacle ou d’une pièce de théâtre.
Cruel total qui se situe dans une fourchette entre 100 et 150 € pour un adulte ! On imagine assez tragiquement le choix d’une famille moyenne cliente des « discounts » ou victimes des effets collatéraux de la crise économique. Elle préféra sans nul doute quelques paquets de pâtes, la télévision, le paiement du loyer et des crédits avant d’imaginer se donner un « budget culture »…
Comment dès lors, ne pas relier cela de l’examen de la Loi Hadopi ? On va, on veut sanctionner des « pirates », vocable diabolisant qui donne à tout internaute l’image d’un sauvage du large de la Somalie. La Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), belle institution s’il en est, n’a-t-elle pas compris que les téléchargements ne visent pas tant que cela à s’en prendre aux droits des créateurs qu’à réclamer un droit à l’accès à la culture.
Voilà sans doute pourquoi seuls les artistes marchands et mercantilistes soutiennent cette triste loi et pourquoi ceux qui font œuvre de culture ne la comprennent pas ou crient haut et fort qu’il faut imaginer d’autres dispositions, voire même d’autres produits culturels.
Voilà sans doute pourquoi aussi « la droite » mériterait de se pencher sérieusement sur la culture et sa diffusion, sur un droit à la culture et un devoir politique de tirer la population vers le haut, tout en maintenant les cultures populaires qui font l’âme des régions. Bien entendu, cela obligerait aussi des élus à comprendre que l’on peut être « culturellement de droite » et œuvrer pour la culture en tant que telle.
Eric Neustadt
15:33 Publié dans Le désert croit | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, prix, économie, hadopi, alsace, strasbourg, droite, strasbourgeoise
17.04.2009
Les élections européennes approchent et c'est Libertas qui fait l'événement...
Avec Le parti Libertas, représenté par Philippe de Villiers et Frédéric Nihous, le moins que l'on puisse dire c'est que l'humour et l'intelligence sont de retour. Le désastre prévisible des élections européennes sera t-il conjugué par les souverainistes ?
10:07 Publié dans La Droite avance | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : libertas, élections européennes, strasbourg, parlement européen
15.04.2009
Le livre ultime ? Rencontre avec Gabriel Matzneff à la librairie Kléber le jeudi 16 avril
"Les Carnets noirs de Gabriel Matzneff sont une oeuvre unique, inclassable, qui n'a cessé de susciter admiration et débat, scandale et fascination. Matzneff, en choisissant de ne rien cacher de sa vie, de se montrer à nu, sans masque, a pris tous les risques. Le courage et la liberté se paient au prix fort quand l'ordre pharisaïque tente partout d'imposer sa loi.
Les tomes déjà publiés de ce journal intime couvraient des années anciennes. Aujourd'hui, au nez et à la barbe de ceux qui voudraient le faire taire, des renégates acharnées à effacer les traces de leurs amours, des censeurs dont sans cesse de nouveaux interdits réduisent nos libertés, Gabriel Matzneff, stimulé par un sentiment d'urgence, livre, tant que cela demeure possible, les années les plus récentes de sa vie - cette vie à bout portant que défigurent tant de légendes.
Le temps presse. Bientôt, l'oeuvre sera achevée, mais l'élan qui la porte, et fait d'elle l'une des plus singulières de notre époque, est irrépréssible : rien ne l'empêchera de s'accomplir."
Les Carnets noirs de Gabriel Matzneff, journal intime dont onze tomes, soit près de quarante années, ont été publiés depuis 1976 (Cette camisole de flammes, Folio), sont une œuvre unique, inclassable, qui n’a cessé de susciter admiration et débat, scandale et fascination. Matzneff, en choisissant de ne rien cacher de sa vie, de se livrer à nu, sans masque, a pris des risques, dont il a parfois payé le prix fort. Pourtant, loin de renoncer, il a toujours continué l’aventure, sans se soucier des attaques.
Aujourd’hui, il lui donne une inflexion plus radicale encore, en décidant de publier non plus, selon son habitude, les carnets anciens (dix ans au moins s’écoulaient entre l’écriture et la publication), mais les deux dernières années, occasion rare de confronter les idées reçues avec la réalité la plus immédiate. Qui est vraiment Gabriel Matzneff ? Sommes-nous sûrs de savoir ce qu’est cette vie dont on a tant parlé ? Les légendes la recouvrent à ce point que la découverte des Carnets noirs 2007-2008 sera une surprise pour beaucoup de lecteurs, qui croyaient l’affaire entendue. On n’en a jamais fini avec les grands écrivains.
Gabriel Matzneff, né en 1936, est l’auteur d’une quarantaine de livres. Son œuvre (publiée, pour l’essentiel, à La Table Ronde et chez Gallimard) comprend, outre le Journal, des romans, des essais, des récits et des poèmes.
Le livre ultime
14 mars 2009
Depuis le mercredi 11 mars, mon nouveau livre, Carnets noirs 2007-2008, publié aux Editions Léo Scheer, est en librairie. Il aurait dû y être depuis le 4 mars, mais une jeune femme qui alors partageait ma vie, apprenant que je m’apprêtais à publier ce journal intime, a fait appel à un avocat, et pas n’importe lequel, une grosse légume d’avocat, pour me mettre des bâtons dans les roues.
Cette misérable tentative a échoué. Avec un retard de quelques jours (le temps de faire lire le manuscrit à mon propre avocat qui m’a confirmé que tout était parfait et m’a donné le feu vert), voici donc en librairie ce nouveau livre : plus de cinq cents pages, vingt euros !
Que des ex-amantes telles que Vanessa et Aouatife, qui n’ont plus de passion pour moi, qui renient celui qui fut le grand amour de leur adolescence, qui mènent à présent des existences bourgeoises et ont soif de respectabilité, payent des avocats pour écrire à mes éditeurs des lettres menaçantes, c’est dégueulasse, indignes d’elles et de ce que nous avons vécu, c’est triste et décevant, mais vu le peu de goût qu’ont les femmes pour leur passé amoureux, vu que leur rêve secret est d’être lobotomisées, c’est, hélas, explicable et plutôt banal.
En revanche, qu’une fille qui sort à peine de ton lit, qui a encore sur la peau l’odeur de la tienne, qui se prétend folle amoureuse de toi, se précipite chez un célèbre avocat pour lui faire écrire une lettre recommandée à ton éditeur et tenter de te censurer, c’est le nec plus ultra de la dégueulasserie, c’est le baiser de Judas.
Le plus cocasse est que cette jeune personne – dans Carnets noirs 2007-2008 je la nomme Gilda, mais ce n’est pas son vrai nom -, depuis qu’elle me connaît, brandit dans le tout-Paris littéraire notre liaison comme un étendard, mon nom est son sésame, « Je suis la petite amie de Gabriel Matzneff » est sa façon de se présenter, c’est quasi une raison sociale inscrite sur sa carte de visite. Par sa faute, nos amours (ou plutôt nos défuntes amours car jamais je ne la reverrai, jamais je ne lui pardonnerai cette infamie) sont depuis belle lurette le secret de Polichinelle et si sa grosse légume d’avocat me poursuit pour atteinte à la vie privée, j’aurai cent témoins qui viendront expliquer au tribunal que si quelqu’un n’a jamais cessé de porter atteinte à notre vie privée, c’est « Gilda », et elle seule.
Au demeurant, peu importe. L’essentiel est que désormais mon livre existe. C’est, je crois, le plus beau de mes journaux intimes ; c’est mon chant du cygne. Non seulement j’y raconte ma vie amoureuse, artistique, religieuse, politique, voyageuse, amicale, gourmande, de ces deux dernières années, mais j’y récapitule ma vie entière, j’y convoque tous mes spectres chéris. Ce volume, je l’ai écrit avec le sang de mon cœur, je m’y suis fourré tout entier. J’y exprime ce que je sais de la vie, de l’amour, de la création artistique, de Dieu. De la rupture est mon dernier essai ; Voici venir le Fiancé est mon dernier roman ; Carnets noirs 2007-2008 est le dernier volume de mon journal intime. Restent à publier les années encore inédites 1989-2006, et elles le seront, soit de mon vivant, soit après ma mort (j’ai d’épatants exécuteurs testamentaires qui ne se laisseront intimider ni par les renégates ni par les avocats), mais le 31 décembre 2008 j’ai refermé ces carnets noirs que j’avais ouverts à l’âge de seize ans et ne les rouvrirai pas. Il faut savoir écrire le mot « fin », il faut savoir mettre fin à son œuvre, à sa vie. Carnets noirs 2007-2008 est mon testament. Je vous demande de ne pas le feuilleter. Lisez-le lentement, sans vous presser, de la première à la dernière page, tel un roman. Le roman de ma vie d’amant, d’ami, d’écrivain, de citoyen, le roman de ma vie pécheresse, le roman d’un homme qui a toujours eu le courage de ses passions.
Gabriel Matzneff
14 mars 2009
www.matzneff.com
Rencontre avec Gabriel Matzneff jeudi 16 avril à 17h30 à la Librairie Kléber de Strasbourg à l'occasion de la sortie de Carnets noirs 2007-2008 (Ed. Léo Scheer).
11:59 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gabriel matzneff, strasbourg, les carnets noirs, leo scheer, librairie kléber
Maurice Druon (1918 - 2009)

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