08.06.2009

Vol au dessus d’un nid de requins

actu-societe-Zone_articlephoto.jpgComme le disait le philosophe chantant, Dario Moreno : « Si tu vas à Rio, n'oublie pas de monter là-haut ».
C’est sûr, en commençant comme cela, on sent que l’on va énerver certains lecteurs. Pourtant tel un Coupat suivant Debord, nous ne pouvons faire qu'une chose : constater la lueur de l’explosion du vol Rio-Paris et la désastreuse vacuité de la société spectaculaire.
Une fois émise notre réelle compassion pour les victimes, revenons-en aux faits. Et là, que découvre-t-on ? Que l’on ne sait rien et que l’on se fout sereinement de nous.
Tout démarre un Lundi, journée de solidarité s’il en est. La machine médiatique s’emballe. On a perdu un avion et les requins médiatiques sont les premiers au festin.


On aura tout entendu et tout vu, du reporter sur le tarmac de Roissy façon CNN à ce nébuleux spécialiste des nuages évoquant qu’en un éclair, l’A 330 peut vous envoyer en l’air. Une petite mort en quelque sorte.
Sortis de leurs retraites, pigistes ailés ou reporters à gages, des commandants de bord, de haut vol bien sûr, nous ont expliqué ensuite que la foudre, ce n’était pas grave mais que parfois … Bref, foutage de gueule !
La farce continue lorsque l’on apprend que l’avion serait tombé entre le Brésil et l’Afrique. Avouons que si un vol Rio-Paris s’était crashé sur le Pentagone ou du côté de Cuba, on se serait étonné. Là, les experts amis-amis nous apprennent que l’eau est froide, profonde aussi. Le tout autour du pot-au-noir … Rien à voir avec les amis de Dieudonné ni d’Obama pourtant.
« Il vit en face de lui se resserrer, de minutes en minutes, les queues de tornades, comme on voit se bâtir un mur […] Des trombes marines se dressaient là, accumulées et en apparence immobiles comme les piliers noirs d’un temple… ». Saint Ex, priez pour eux !


Et voilà que l’on sonne le tocsin, que les plus hautes autorités se manifestent pendant qu’accompagnant l’A330 , l’action Air France se crashent en bourse. Double peine ! Ach, Das Kapital !
A la cellule psy pour les familles des victimes, il faut alors rajouter celle pour les traders victimes collatérales de l’incident.
Et la ronde de la banalité de continuer, mais, tout cela, cela bouffe bien 15 minutes par JT. 15 minutes où l’on évoquera le néant et la chute, arbre médiatique pour cacher « l’insurrection qui vient », mais aussi le désarroi d’un pays dont l’économie et la politique vont de trous d’air en trous d’air depuis des mois.


Là où ils sont Philippe Muray et Guy Debord doivent bien se marrer. On les imagine au bar, regardant cela d’un air goguenard et commentant la polka des requins affamés de scoop.
Après la grippe mexicaine, l’orage brésilien, décidément, manqueraient plus que les tropiques nous filent le cancer...

 

Eric Neustadt

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