10.06.2009

Brève analyse des élections européennes.

les-elections-europeennes.jpg1/ EN FRANCE :
- Le premier enseignement de ces élections est la continuelle progression de l'abstention. Traditionnelle, lors des élections européennes, celle-ci s'accroît encore en 2009 malgré le large éventail de listes proposé aux électeurs. Cette évolution marque une défiance grandissante des citoyens tant vis à vis du monde politique que vis à vis de la construction européenne. Elle reflète aussi une dépolitisation liée à la privatisation des enjeux dans l'ensemble des sociétés occidentales.  L'abstention touche particulièrement les classes populaires et les plus jeunes ce qui a des implications immédiates pour les partis qui réalisent habituellement leurs meilleures performances dans ces couches de la population (extrême droite et extrême gauche). Paradoxalement ce sont ces secteurs qui sont aussi les plus exposés aux conséquences sociales de la crise. Faut-il expliquer leur retrait politique comme l'expression d'un fatalisme grandissant ou convient-il de constater que ce qui reste du matelas social réussit, jusqu'à présent, à amoindrir les effets d'une colère légitime ?


- Succès de la droite sarkozyste arrivée largement en tête. Une crise économique  sans précédent, l'usure du pouvoir et les virulentes attaques du PS et du MoDem contre la personne du chef de l'État n'ont pas réussi à affecter son potentiel électoral. Ceci étant, les réserves de voix de l'UMP semblent se tarir. Outre chez certains abstentionnistes elles ne se trouvent plus que chez les souverainistes qui ont subi une lourde défaite. La thématique de "l'Europe qui protège" mise en scène par l'UMP l'a largement emporté sur celle de "la France seule". Malgré l'opportunisme du personnage l'aventure nationale du candidat de Villiers semble prendre définitivement fin car l'homme préférera toujours la présidence du Conseil Général de Vendée, impliquant une alliance avec le parti présidentiel, au choix plus risqué de l'indépendance. Les résultats médiocres des listes Debout la République de Dupont-Aignan confirment  qu'une parenthèse semble se fermer. Dans son essence, sinon dans son expression, l'idée de l'Europe unie n'est plus contestée que par un électorat résiduel.


- Malgré la lourde défaite du Parti Socialiste, la gauche réformiste, également présente chez les amis de Daniel Cohn-Bendit et ceux de Jean-Luc Mélenchon ne recule pas et le camp social-démocrate conserve son potentiel. Miné par les querelles de personne plus que par les débats idéologiques son émiettement risque de se poursuivre jusqu'à ce qu'une personnalité de carrure présidentiable parvienne à s'y imposer. Comme la droite, la gauche est appelée à renforcer son message environnementaliste pour capter un électorat de sensibilité écologiste qui s'accroît en proportion des désastres que génère une croissance devenue aussi démesurée qu'inégalitaire. À cette aune la gauche demeure le seul concurrent sérieux de la droite libérale pour gérer le système sans écorcher fondamentalement les intérêts des oligarchies dominantes.


- De manière générale les forces du "système" renforcent d'ailleurs leur emprise électorale tandis que la contestation à prétention radicale continue de s'affaiblir alors que les circonstances, crise du capitalisme et crise écologique (qui sont fondamentalement une seule et même chose), paraissent pourtant susceptibles de ménager une voie nouvelle pour une contestation de fond.


- Les listes emmenées par Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Éva Joly font jeu égal avec les socialistes et les dépassent dans de nombreuses villes et dans les grandes régions urbanisées comme L'île de France et le Sud-Est. S'adressant aux couches citadines les plus instruites de la population, qu'il serait caricatural de réduire aux "bobos", ces listes sont les seules à avoir pris au sérieux les enjeux proprement européens de cette élection. Emmenées par des personnalités atypiques mais à la notoriété certaine, elles ont labouré le terrain depuis l'automne et n'ont pas hésité à délivrer un message sortant des ornières habituelles de la politique-slogan. Leurs leaders ne pratiquent pas cette langue de bois qui demeure l'apanage de leurs concurrents tout en se gardant de la démagogie simpliste. Autant de choses qui démentent les calculs et les pratiques de la plupart des États-Majors politiques surplombés par les lois de la communication publicitaire.


- L'extrême droite lepeniste met un coup d'arrêt à sa descente aux Enfers. Les 6,3 % d'électeurs qu'elle rassemble, malgré une abstention massive, semble devoir constituer un socle inaltérable. Le parti va donc continuer d'exister sous la houlette de Marine Le Pen. Comme c'était attendu, et comme le passé l'a toujours confirmé, les dissidences qui émaillent ce mouvement depuis des années ne sont pas parvenues à percer dans l'électorat bien que leurs scores ne soient pas ridicules,dans le Centre, comme dans le grand Nord Ouest. Notons pour finir que la liste Dieudonné perd son pari. Même si elle obtient son meilleur score en Seine-Saint-Denis force est de reconnaître qu'elle n'a pas su mobiliser les Banlieues. Pour l'extrême droite comme pour l'extrême gauche celles-ci demeurent des terres de mission rétives à toute politisation. La révolte "politique" des banlieues demeure un mythe tant pour ceux qui y fondent des espérances "révolutionnaires" que pour ceux qui en manipulent le risque afin d'effaroucher les "bons français".


- Enfin, même si un "nationaliste-autonomiste" corse se trouve élu sur la liste Europe-Écologie du Sud-Est, le régionalisme est absent d'une compétition dont les circonscriptions territoriales sont , il est vrai ,incompatibles avec son expression.

2 / EN EUROPE
Les résultats européens confirment pour la plupart les résultats français laissant ainsi apparaître une homogénéisation des réflexes politiques à l'échelle du continent. La droite libérale et pro américaine se renforce partout ce qui signifie que l'ancrage dans le capitalisme et dans la "solidarité atlantique" vont  se trouver confirmés. D'autant que la stature et le charisme du nouveau président américain rendent son pays moins haïssable même si la stratégie globale de l'hyperclasse étatsunienne reste pour l'essentiel inchangée. Le rêve d'une Europe autonome dans le concert mondial des grands espaces s'éloigne. Le slogan de l'Europe-puissance apparaît de plus en plus comme un voeu pieux. Amère constat d'une sortie de l'Histoire.


Le recul de la social-démocratie est général ce qui ne fait qu'enregistrer l'usure d'un discours qui n'a pas su s'adapter au défis d'un libéralisme conquérant, souvent mâtiné de "populisme", qui parle sans complexe le langage de l'efficacité et de la flexibilité ouvrant notre espace à des flux toujours plus grands d'hommes, de capitaux et de marchandises. L'économie comme destin, tel est le mot d'ordre de la plupart des élites. En ce sens le succès de la "droite européenne" est aussi l'indice d'une défaillance identitaire. De nombreux observateurs font par ailleurs remarquer que l'extrême droite progresse presque partout, ce qui est exact, mais peu mettent le doigt sur les impasses que celle-ci véhicule. Ces impasses sont de deux ordres. Nombre de ces mouvements sont tenaillés par un imaginaire libéral qui fait d'eux, en cas de besoin, de simples forces auxiliaires et provisoires de la droite libérale, c'est à dire d'une idéologie qui incarne le contraire de ce que l'extrême droite est sensée "penser". le deuxième point c'est que ces extrême droite étant souvent sous l'emprise des archéo-nationalismes, elles sont évidemment incapables de s'entendre et de peser à l' échelle du Parlement Européen. Il va de soi, par exemple, que pour un "nationaliste" hongrois l'ennemi principal c'est le "nationaliste" roumain ou slovaque, bien plus que le le "système", concept abstrait difficile à imager. Il en va évidemment de même pour le nationaliste roumain. On pourrait multiplier les exemples.


À contrario on peut dire que le succès des écologistes à l'échelle du continent est beaucoup plus porteur d'avenir que les succès des extrême droite, tout simplement parce que l'écologie unifie tandis que le nationalisme sépare. Cependant l'écologie qui triomphe est prête à bien des accommodements comme l'a montré, il y a quelques années, la campagne de Cohn-Bendit en faveur du oui libéral et libre-échangiste au Traité Constitutionnel Européen.
Au total, aucune force ne semble se dégager à l'échelle du continent qui puisse faire barrage, voir même freiner, la réalisation du "modèle" européen tel qu'il est conçu par les oligarchies dirigeantes et mis en musique à Bruxelles. Celui d'une Europe impolitique, sans histoire et sans frontières, simple segment du marché international. Une Europe qui ne s'accorde qu'un seul magistère, celui des droits de l'homme universel prêchés sans relâche dans l'indifférence d'une planète qui partout ailleurs pratique le réarmement guerrier et puise de nouvelles énergies dans le recours à ses ressources identitaires.


Coclés

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Commentaires

Écologie discount et abstentionniste en freelance
Entre le commerce de la fin du monde et une tendance à la culpabilité sélective, il y a les divertissements apolitiques.
Quand on confond prises de conscience et caprices de saisons, on fait d’un film d’un soir une cause nationale, voire obligatoire.
Entre les opinions biodégradables et les chèques en blanc, autant parier sur le hasard, mais pas sur l’avenir.
La suite ici
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Ecrit par : walkmindz | 10.06.2009

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