18.06.2009

LA COURTE ÉCHELLE DE JACOB

affiche_strasbullles.jpgEmmanuel Jacob est conseiller municipal PS de Strasbourg.

 

Sur son blog il s'en prend à l'affiche du Festival Européen de la Bande Dessinée qui fleurit en ce moment sur tous les murs de la ville. Que lui reproche-t-il ? D'exploiter le filon racorni d'une imagerie alsacienne faite de cathédrale, de cigognes, de bière, de choucroute et de grosse caisse. Sans oublier l'accorte serveuse aux joues rebondies et à la coiffe impeccablement patriotique.

 

Bref, le cliché d'une Alsace qui depuis Hansi ne se donne à voir que dans la répétition ad nauseam d'un folklore immobile et forcément passéiste. Jacob, qui deviendra peut-être prophète en son pays, n'a pas tort. Même bardés d'ironie et de clins d'oeil ces poncifs accumulés disent la difficulté de l'Alsace à se représenter autrement que par des stéréotypes moribonds et guimauves. Et ce syndrome n'est certes pas un signe de grande santé symbolique. La charge du hussard Jacob contre les bulles conformes est donc bienvenue, mais que propose-t-il de leur substituer ?

 

Dans un élan débordant de génie créateur, ce qu'il propose de mettre en valeur, toujours au nom de l'identité alsacienne, c'est "la tolérance, l'accueil des autres et l'humanisme...". Oui, damne, il tire l'échelle sous les monceaux de cochonnailles pour qu'ils se cassent définitivement la figure pour faire aussitôt la courte échelle à la célèbre tirade de tout ce que l'Alsace compte de politiciens sans imagination et nous ressert l'humanisme rhénan, sa modération modérante, son centrisme du milieu, sa raison raisonnable et son inévitable carrefour de rencontre et d'échange, oubliant au passage l'illustre "métissage". Ce qui ne manquera pas de lui être reproché par les censeurs suspicieux de la correctitude.

 

Eh oui, hélas, c'est stéréotype contre stéréotype. La guerre titanesque des topiques et la démonstration une fois de plus administrée que rien ne ressemble plus désormais au conformisme détesté que sa contestation publicitaire par les rebelles en papier mâché.

 

Coclés 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://ladroitestrasbourgeoise.blogspirit.com/trackback/1780485

Commentaires

Moi, je l'aime bien, cette Alsace que je n'ai jamais vue, avec ses gilets de couleurs, ses Dirndl aux tabliers changeants, ses colombages et ses façades impeccables, son accent traînant plein d'idiômes locaux qui font rire les idiots pas locaux. Je n'y vois rien de ringard!
C'est pour moi une image phantasmée. C'est pour moi, une espèce de direction vers quoi tendre... "in memoriam", parce que nous ne pouvons pas oublier d'où nous venons, ce qui nous a fait!
Alors soit, ce n'est pas la réalité!
L'Idéal n'est pas non plus la réalité... mais on a comme objectif de s'en approcher... "Stella splendens"! Sinon, vers où aller? Vers un demain qui oublie hier? Bôf...! Dans un cas comme celui-là, je ne suis pas fait pour demain, puisque je viens d'hier!


En tous les cas, je préfère ce cliché à base de cigogne que la sempiternelle référence à un "Humanisme Rhénan" revisité à la mode de la bouillie intellectuelle de 500 ans plus tard et dont personne ne semble avoir lu une ligne.

Ecrit par : Frédéric | 18.06.2009

Cher Frédéric,
"le demain qui oublie hier" est dans la logique même d'une modernité amnésique qui ne retient du passé que ce qu'elle peut sans cesse criminaliser. Pour les modernitaires ânonnant l'Alsace dont vous avez la nostalgie est celle du célèbre "repli frileux"; elle est donc non seulement haïssable mais potentiellement dangereuse car il est écrit que quand les "repliés" sortent de leur léthargie bon enfant c'est toujours pour se livrer à des tueries xénophobes. L'histoire vraie de l'Alsace est plutôt ponctuées de ratonnades anti-alsaciennes depuis La Guerre de Trente Ans jusqu'au retour des réfugiés du Banat yougoslave accueillis sur les quais des gares, à Metz comme à Strasbourg, par les vociférations des militants communistes. Mais rien y fait car le confort moral des "humanistes" relookés est souvent proportionnel à leur abyssale ignorance historique.
Ce qui prête à sourire c'est justement qu'historiquement l'humanisme rhénan se caractérisait principalement par son goût de la connaissance critique. Il était d'abord une insurrection des esprits libres contre le conformisme ânonnant. Rien à voir donc avec cette salade de régime qu'on nous sert chaque jour sous cet intitulé frelaté. Là où l'expression était synonyme de liberté risquée, elle n'est plus aujourd'hui que le signe d'une servitude consentie aux fers de la doxa. Le "troisième âge" de l'humanisme est un naufrage de la pensée.
C'est drôle aussi, il faut bien l'avouer, de les voir tous s'embarquer sur la Nef des Fous. Le navire est en surcharge. Il est probable qu'il ne parviendra jamais au port...
Il y aurait beaucoup à dire sur le cliché contemporain de l'humanisme alsacien et son usage orwellien. Sur l'identité alsacienne, comme sur toute identité, il serait également utile de relire Lévi-Strauss quand il montre qu'il n'y a pas d'identité possible sans un minimum de "fermeture" à l'Autre... Mais là nous touchons le coeur même d'un conformisme contemporain qui ne plaisante pas avec l'hérésie (au nom de l'humanisme bien sûr).

Ecrit par : Coclés | 18.06.2009

L'"Humanisme Rhénan", c'est:
-germanique (ce n'est pas un gros mot!)
-rhénan, donc résultat d'une mentalité spéciale, d'une forme de civilisation...
-... citadine, commerçante, riche, bourgeoise (par opposition à féodale)
-révolutionnaire, dans le sens où les villes libres le sont parce qu'elles sont détachées des pouvoirs traditionnels
-aristocratique, au sens grec, c'est à dire élitiste (ça fait mal, ça, non?)
-transfrontalier, mais pas universaliste
-centré, fermé, protégé, exclusif... et les remparts des villes en sont le meilleur symbole: la liberté existe entre les égaux, les citoyens, les bourgeois... mais elle n'a pas vocation à s'étendre! On vient à la ville (d'où l'adage "L'air des villes rend libre"), mais la ville n'a pas une logique impérialiste, messianique, libératrice. Elle a une logique confédérale, d'association.

Ainsi, à ce jour, j'estime qu'il n'existe qu'un lieu qui peut revendiquer l'humanisme rhénan comme fondateur, c'est la Confédération Helvétique! Et ce n'est pas un exemple d'"ouverture à l'autre", d'universalisme, de tolérance.

On ne peut définir une identité que par rapport à un autre, pas par rapport à soi-même... à moins d'être Bouddha! Détruire la notion d'altérité, c'est se détruire soi-même. Et c'est à tel point impossible (comme quoi Aristote avait raison!) que dans le marasme civilisationnel de ce que la CUS appel "les quartiers" (il manque un mot, non?), les "lascars", appelés un temps "zoulous", se recréent identité, mythologie, valeurs... d'ailleurs pas si éloignés de celles des civilisations pré-chrétiennes.

Mère Nature a horreur du vide!

Ecrit par : frédéric | 19.06.2009

Vous etes d'ailleurs bien conformistes. Une droite bobo qui parle d'identite mais incapable de la vivre.

Schon mal probiert unsere eigene Sprache zu sprechen? Ich finde es absolut lächerlich wenn man gegen Jakobiner jammert, sich selbst jedoch nicht traut aus der Reihe heraus zu steigen. Was bringt es eigentlich diese Hemmungen zu identifizieren wenn man nicht fähig ist diese zu überwinden?

Sich zu befreien kann der Mensch nur selbst. Die Strassburger Rechte sind in der Hinsicht kein Vorbild, sondern was sie selbst beschimpfen. Der Weg zur Rettung unserer Eigenart schreibt sich bestimmt nicht auf Französisch.

Ecrit par : NFJM | 22.06.2009

Nicolas M,
Le choix de ne pas vous répondre en Allemand n'est pas "bobo" mais relève de notre volonté de clarté. Quant à la langue, nous la manions jusqu'outre-Rhin. Nous pourrions comme vous le proposer parler " unsere eigene Sprache " mais l'on peut aussi dénoncer les limites du Jacobinisme en restant dans une langue née à Strasbourg aussi. Vous remarquerez que l'ICA et cie l'utilisent aussi principalement.

Quant à l'identité, nous la vivons au quotidien et ceux d'entre nous qui sont impliqués dans la vie associative et musicale n'ont pas de leçons à recevoir. Notre Mundart est libre, nos pensées aussi.

Ecrit par : La Droite strasbourgeoise | 23.06.2009

... un' viellicht au net uff ditsch!

Ecrit par : Frédéric | 23.06.2009

Cela fausserait le référencement naturel frédéric

Ecrit par : Geek4S | 23.06.2009

"on" nous signale que "'l''on nous répond sur un blog. En général, LDS met des liens pour permettre à ses lecteurs de se faire une idée. Nous répondrons sur le fond en temps et heures

Ecrit par : Eric N | 23.06.2009

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.