19.06.2009
Dressage médiatique et contrôle citoyen
Le Discriminologue : film discriminations et diversité
envoyé par Association_AFIC. - Regardez les dernières vidéos d'actu.
Le rôle de ce clip n'est pas seulement d'inciter à un comportement "moral" débarrassé de tout préjugé (sauf du préjugé antiraciste) en provoquant la crainte chez le justiciable (la peur des sanctions c'est le début de la sagesse).
De manière plus subliminale, il s'agit ici de créer (et d'imposer comme "vrai") un univers virtuel où les noirs sont ingénieurs et où les manutentionnaires blancs arrivent au boulot avec un attaché-case, réminiscence de l'époque détestable où ils occupaient indûment les postes les plus élevés de la hiérarchie.
Ceux qui se croient autorisés à sourire en remarquant que nos écoles d'ingénieurs ne croulent pas sous le nombre de leurs étudiants africains (ce qui les différencie nettement de nos prisons) trouvent, heureusement, dans ces deux minutes de storytelling une réponse éloquente à leur humour déplacé.
C'est la "discrimination" et seulement la "discrimination" reposant sur les préjugés de nos sociétés "post-coloniales" qui peuvent rendre compte de cet état de fait.
La secrétaire est à cet égard emblématique de tout ce que nos sociétés sont sensées véhiculer d'idées toutes faites (il est de notoriété publique qu'à la différence des autres cultures, généreusement ouvertes sur la compréhension de l'Autre, la notre est ravagée par son célèbre "repli frileux").
C'est le préjugé qui commande chez elle, mais consciente de sa gaffe elle se montre soudainement confuse; c'est le premier pas vers la rédemption. À sa confusion, répond l'humour tranquille (et un tantinet supérieur) de "l'ingénieur" : "Pas trop noir, le café..."
À coté de ça Goebbels était un enfant de coeur et l'agit-prop soviétique un innocent fabliau et sans doute ne faut-il pas s'étonner que les publicitaires soient, parmi les agents du système, ceux qui sont les mieux rémunérés. Ils sont en effet devenus indispensables au tricotage d'une fiction qui, à défaut d'être auto-réalisatrice, doit faire croire en l'existence d'un univers que dément chaque jour l'expérience concrète des téléspectateurs.
Coclès
14:40 Publié dans Le désert croit | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : discriminologue, discrimination




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Commentaires
A titre liminaire, je voudrais juste amicalement signaler à l'ami Coclès que "citoyen" n'est pas un adjectif. "contrôle citoyen" ne veut donc rien dire. Pardonnez-moi Coclès, c'est ma marotte, demandez à Laurent...
Sur le constat que fait cet article, je partage tout à fait votre point de vue. J'observe un glissement inquiétant ces derniers temps sur la question des communications plus ou moins officielles.
Pendant la dernière campagne européenne, nous avons pu voir des clips des radicaux de gauche qui ne se présentaient pas aux élections. Quel intérêt? L'égalitarisme est devenu à ce point la nouvelle religion que l'on donne la parole à ceux qui ne se présentent pas. Ils diront donc ce qu'ils voudront sans s'exposer aux suffrages du Peuple. A mon avis, les extrêmes auront observé cela d'un bon oeil.
Je m'égare encore un peu plus de votre sujet, mais rassurez-vous j'y reviendrai de suite. J'observe que d'un point de vue des communications très officielles et obligatoires il y a là aussi un glissement. On parle de l'information à la culpabilisation du consommateur. Jusqu'ici sur les paquets de cigarettes figuraient la mention "Fumer tue" et une kyrielle de slogan informatifs du même acabit. C'était de l'information. Il est envisagé désormais de faire figurer des photos horribles de poumons goudronnés, de dents pourries, etc. Bref, outre que ces images dégueulasses seront forcément visibles par des jeunes enfants (contradiction avec le discours ambiant de préservation des petits yeux de nos chérubins), ces images ont pour but de culpabiliser le fumeur. Pas grave me direz-vous, puisque c'est la réalité, sauf qu'il y a glissement dans le rôle que se réserve la puissance publique vers un contrôle dans le détail de la vie du citoyen. Entre informer des risques et culpabiliser le consommateur de tabac, il y a un pas, qui est franchi. La vie bonne, c'est la vie sans tabac, c'est l'Etat qui a décidé cela et tu t'y conformeras ou alors tu subira un harcellement légitime et officiel !!!
Le pas vers le contrôle du citoyen est plus grave (après tout les fumeurs s'en tapent et pourront s'acheter de jolies boites dans lesquelles conserver leurs cigarettes) quand il s'agit de sa liberté de conscience et d'opinion. Ce que vous dénoncez à juste titre. Jusqu'à présent on nous enseignait que le racisme, le rejet des minorités ethniques ne reposait sur rien et faisait l'objet d'une réprobation sociale (ce qui est bien normal à mon sens) et d'une répression pénale (ce qui se justifie moins à mon sens parce que je ne crois pas dans la vertu automatique de la régulation de tous les comportements par la loi pénale). Aujourd'hui on observe un glissement malsain. On est passé de la réprobation du racisme à la mise sur piédestal des minorités ethniques et le soupçon généralisé de ceux qui appartiennent à la majorité ethnique. Raccourci qui comporte de nombreux dangers et qui risque bien d'engendrer l'effet inverse à celui qui est escompté. Ce qui serait dommage au demeurant parce que l'intention principale n'est pas répréhensible. Ce qui l'est en revanche c'est le moyen avec lequel ils opèrent et l'extrémisme des idées sous-jacentes au discours premier.
J'ajoute qu'en plus les acteurs sont mauvais, ce qui n'aide pas à faire passer le message premier mais qui met hélas bien en perspective le second discours sous-jacent que relève Coclès.
Ecrit par : Nicolas | 22.06.2009
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