19.10.2009
Quand Léon Daudet fait irruption dans la campagne des régionales en Alsace…
Grâce soit rendue au vaillant veilleur Claude Kieflin, appointé journaliste politique des Dernières Nouvelles d’Alsace, qui ce week-end, a rempli son rôle de citoyen.
Un article dans la page Politiques du dimanche et un dessin ce matin dans les chuchotements nous font part de l’entrée de campagne « mouvementée » du candidat FN Patrick Binder. Nous aurons tout le loisir au cours des semaines qui viennent pour aborder les diverses candidatures de droite de ces régionales, qui toutes seront à suivre avec attention.
Par charité, nous ne dirons rien de l’article, même si nous espérons de la part de notre journaliste, le même esprit critique, le même sens aiguisé du trait, quand il évoquera l’entrée en campagne d’une tête de liste d’extrême gauche...
Mais l’essentiel n’est pas là…
Monsieur C. K dans le premier article fait œuvre de pédagogie, prenant le lecteur dominical pour un benêt illettré. Il semblerait que M. Binder ait cité Léon Daudet. Bien sûr, en bon journaliste équilibrant son compte-rendu, il ne rappelle pas que celui-ci a également cité quelques autres auteurs comme Ronsard (ce qui est précisé de façon moqueuse dans les pages Chuchotements ce lundi) et même... Léon Gambetta !
Pas de chance, il n’a rien à dire sur Ronsard (mais en cherchant bien, on peut lui trouver quelques tares idéologiques). Mais sur Daudet, le voilà prolixe comme une page de Wikipedia puisqu’il précise en note, horresco referens : « (rédacteur en chef et éditorialiste de l'Action française au début du XXe siècle, polémiste, monarchiste, antisémite, antigermanique, soutien déclaré du fascisme de Mussolini, ndlr) ».
Ouch ! pauvre Léon Daudet, qui n’en demandait pas tant, lui qui est mort depuis 1942 ! Peut-on le réduire à ces qualificatifs durs et évidemment lourds de sens ? Bien sûr que non, mais dans le règne de la pensée unique, cela est faisable.
Du coup, rendons justice tout de même à Daudet, même si bien évidemment plus personne ne le lit (et signalons au lecteur curieux le livre d'Eugen Weber "L'Action française" qui lui apportera beaucoup d'éléments sur ce mouvement et ce journal essentiel dans l'histoire des droites françaises) et citons Kléber Haedens et son « Une histoire de la littérature française ». Précisons d'emblée pour les esprits chagrins que oui, Kléber Haedens était aussi à l'Action Française et était un ami d'Antoine Blondin, Roger Nimier, Michel Déon et Jean d'Ormesson. Ce dernier l'a beaucoup défendu, jusqu'à participer récemment à l'inauguration d'un collège qui aurait dû porter son nom, si les ligues de vertus socialistes et gauchistes n'avaient pas couinées vertueusement pour empêcher une telle "ignominie". Le texte ci-dessous de Haedens semble d'actualité pourtant sur certaines des vertus de Daudet...
« Drieu La Rochelle disait que l’Action Française avait créé le mouvement littéraire le plus important d’Europe, avec celui de la Nouvelle Revue Française, pendant le premier tiers du XXe siècle. L’Action Française a groupé en effet autour de Charles Maurras, quelques-uns des meilleurs écrivains de notre temps et, tout d’abord, Léon Daudet (1868 - 1er juillet 1942). À vrai dire, Léon Daudet a un peu trop ébloui ses contemporains par ses dons jupitériens de polémiste, par le massacre joyeux des crétins, des traîtres, des routines, des conventions et des dessus de pendule auquel il se livrait chaque matin. Léon Daudet, qui avait été élevé dans l’entourage de son père, Alphonse, par la IIIe République naissante, devint promptement un homme populaire dont les faits et gestes se trouvaient guettés avec une égale avidité par ses amis et ses adversaires. L’éclat de sa vie publique a un peu nui à sa réputation d’écrivain. Il est vrai que son évasion de la Santé a été un moment savoureux dans l’histoire de la IIIe République. Mais Léon Daudet député, Léon Daudet duelliste, Léon Daudet exilé, Léon Daudet grand orateur et grand politique n’est pas l’homme qui nous retient ici. Au-delà du vivant déchaîné, il faut voir l’écrivain dont on n’a pas toujours compris la valeur.. La part la plus inégale dans son œuvre est celle du romancier. Il ne faudrait pas cependant la condamner trop vite à l’oubli (…) Mais Léon Daudet critique littéraire n’a pas son pareil. Il se trouve également à l’aise parmi les vivants et parmi les ombres. (…) Avec cela libre, indépendant, ne cherchant jamais à contraindre, toujours prêt à saluer le talent chez ses pires ennemis, dépourvu de tout esprit de parti, mettant son autorité au service du beau avec une générosité inépuisable, Léon Daudet est le premier critique littéraire de son temps.
Que dire du mémorialiste ? Il est de la lignée du cardinal de Retz et de Saint-Simon. En quatre mots saisissants, d’une cocasserie inimitable, il peint un homme au physique et au moral, lui rendant son souffle, son allure, les plis et la couleur de ses vêtements, ses tics, ses manies et jusqu’au son de sa voix. La série des Souvenirs Littéraires, les deux volumes de Paris Vécu, ouvrages mouvementés, passionnés, pathétiques, pleins d’intelligence, de culture et d’une gigantesque drôlerie, gardent la chaleur de toute une époque, avec ses lumières et ses parfums, ses jours et ses nuits, ses personnages ridicules, falots ou grandioses, et les rues de Paris, le ciel de Paris, tout ce qui fait le plaisir et la douleur de vivre. Chaque mot devient la sensation même. C’est un style qui passe »
13:51 Publié dans L'épée perce | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dernières nouvelles d'alsace, claude kieflin, patrick binder, front national, régionales 2010, alsace, strasbourg, léon daudet, action française




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Commentaires
Si les idées politiques de Léon Daudet sont évidemment discutables (mais quelles idées ne le seraient pas ?), il n'en reste pas moins vrai qu'il fut, en tant que critique littéraire de L'Action Française, un grand découvreur de talents. Entre mille exemples on lui doit d'avoir découvert Proust et d'avoir milité pour l'attribution du Goncourt à Céline. Chose rare aujourd'hui, il avait l'élégance de ne pas confondre son engagement politique avec ses choix littéraires. Mais cela, l'éditorialiste des DNA n'est pas obligé de le savoir puisque son rôle consiste à ramener tout ce qu'il n'aime pas à l'immonde et de pratiquer, avec la meilleure bonne conscience du monde, une intolérance outrancière qu'il se croit élu pour traquer partout ailleurs.
Ecrit par : Coclés | 19.10.2009
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