10.04.2008

La Flamme, le Tibet, et de sombres souvenirs.

0c0e78b7ebf978032bc7dc8d284f756d.jpgAprès Londres et Paris, la mascarade festiviste poursuit sa captivante aventure à San Francisco. Allumer le feu ou éteindre la flamme, that is the question. D'un coté, les forces du Bien, de l'autre l'axe du Mal.

D'une part le Dalaï Lama, incarnation de la suprême sagesse, de la non violence et de toutes ces vertus qui font l'ordinaire des stages de remise en forme pour les bobos stressés. De l'autre la tyrannie chinoise et son mélange improbable de dictature partitocratique et de libéralisme échevelé. Tout ce que le siècle passé a inventé de pire réuni en un seul système. Au centre, le Tibet, victime authentique d'une politique agressive de modernisation et de développement doublé d'une immigration de masse qui répand l'américanisme à des altitudes rarement atteintes. Bref, un ethnocide qui est depuis belle lurette le lot de la planète toute entière.

ce6a3a1b2584c23a38ff8f22c31e9947.jpgPékin a été désigné par les Olympiens (les dieux nous pardonnent) pour être cette année le coeur vibrant de la cosmopolis sportive. Hommage est ainsi rendu aux successeurs de Mao qui ont su choisir la voie de l'économie libre et de la concurrence non faussée et faire entrer plus d'un milliard d'hommes dans l'univers enchanté de la journée de douze heures, du supermarché, des embouteillages et de la pollution de masse.
 
Les jeux olympiques c'est un peu comme l'adhésion à l'OMC, une reconnaissance de dette de la part d'une Amérique vivant à crédit grâce aux bons du trésor en monnaie de singe que les Chinois lui achètent chaque année par dizaines de milliards. Les Bons et les Méchants se tiennent par la barbichette. Mais nous n'avons pas le droit de rire ! Pas le droit de rire, parce que l'olympisme c'est du sérieux quant même. La réconciliation de tous les peuples du monde dans la compétition désintéressée (et non faussée), c'est tout de même pas rien. Ces élans de ferveur, cette sublime gratuité; comment ne pas céder à ces magnifiques retrouvailles avec l'esprit plein de noblesse de notre belle antiquité ?

Une ONG au moins a voulu sauver l'honneur et rendre aux jeux leur dignité d'autrefois, loin de toute arrière pensée politicienne. Gloire soit ainsi rendue aux courageux militants de Reporters Sans Frontière. Ces authentiques rebelles à l'ordre du monde ont su braver la lâcheté ambiante pour nous rappeler que malgré leurs indéniables progrès (comme dirait Kouchner), les Chinois n'étaient pas tout à fait dignes du cadeau qu'on leur octroyait. Qu'on le sache enfin, au Tibet, les Chinois tuent !

 

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04.04.2008

Faut-il se réjouir de l’indépendance du Kosovo ?

18c4384cfd5379014fc49bb53efaa6cd.jpgL’indépendance autoproclamée du Kosovo albanais  est à première vue une bonne nouvelle pour toutes les régions d’Europe qui , au moins aussi riches et peuplées que l’ancienne province serbe  , aimeraient parfois  en faire de même , à commencer par l’ Alsace .Notre Sarko national n’a pas craint d’applaudir des deux mains, oubliant un peu vite – mais il n’est pas à une bourde près !-  que cela pourrait donner des idées aux Basques, Bretons ou Alsaciens , sans parler des Corses qui ne rêvent que de çà…Son collègue espagnol a été plus circonspect, ne reconnaissant pas de facto ladite indépendance , Catalogne et Pays Basque obligent…Tout aussi réservés , pour les mêmes raisons ,les dirigeants roumains , slovaques et chypriotes qui ont du fil à retordre avec leurs minorités. Dans la logique de cette indépendance,  on ne voit pas pourquoi les Chypriotes turcs , par exemple , ne feraient pas sécession , scellant ainsi à  jamais la partition de l’île qui vit naître Aphrodite…

Ce qui me gène dans l’indépendance du Kosovo , ce n’est pas tant l’avènement d’un nouvel état islamique mais le fait   que les indépendantistes albanais se sont d’emblée placés sous le signe affirmé d’un 51e état américain , arborant à tout vent  la bannière étoilée en guise de ralliement à l’oncle Sam. Un Kosovo sous tutelle américaine dont l’Europe, autre vassale consentante, devrait assurer la sécurité , non merci ! En fait, les Américains ont encouragé, soutenu et finalement permis au Kosovo de se séparer de la Serbie , pour mieux  contrôler la route du pétrole qui traversera le nouvel pseudo état fantoche. Tout cela bien sûr au nom de la sacro-sainte religion des droits de l’homme si « chers » à Kouchner et à l’empire américain !

Je m’explique : le Kosovo albanais n’a pas de pétrole, comme le Koweit ou l’Irak, , mais sa situation géographique est stratégique, car le pipeline trans-Balkans d’une compagnie pétrolière enregistrée aux USA le traversera. Et lorsqu’on sait par ailleurs, que  des réserves importantes de gaz et de pétrole ont été découvertes dans le nord de l’Albanie , vous avez tout compris…Dans son livre « America at War in Macedonia » , le professeur Michel Chossudovsky  décrit fort justement les motivations réelle de la guerre contre la Serbie à laquelle s’était associée la France de Chirac . Et de rappeler que la politique US de protection des routes du pipeline, venant du bassin de la mer caspienne et traversant les Balkans, a été définie par le secrétaire d’état  à l’énergie de Clinton, Bill Richardson ,  quelques mois à peine  avant le bombardement de la Yougoslavie en 1999 »  Et de citer le noble croisé des droits de l’homme américains en Yougoslavie : «  Il s’agit de la sécurité énergétique de l’Amérique », dixit Billy le démocrate , en ajoutant sans vergogne :
«  C’est aussi pour empêcher la création de voies intérieures par ceux qui ne partagent pas nos valeurs. Nous essayons de tirer ces nouveaux pays indépendants vers l’Occident. » CQFD !

José Meidinger

P.S Des irréductibles contre une    "indépendance au rabais" 
Le mouvement Vetëvendosje (Autodétermination), dont le jeune leader Albin Kurti vient d'être condamné à trente jours de     prison, milite pour le départ des institutions internationales et une indépendance "immédiate et sans conditions" du Kosovo.

15.02.2008

There's no business like Shoah business...*

aee2ae4c4eac8eee96fbf21d7b57112f.jpgAvec la parution le 23 février prochain en Allemagne et en langue allemande des Bienveillantes de Jonathan e60c5e6dbbc406ce0fddf1fb9530a749.jpeg Littel sous le titre "Die Wohlgesinnten", on sera surpris par la récente décision de M. Sarkozy, obligeant un enfant à "s'approprier" le fantôme d'un mort depuis plus de 60 ans dans de tragiques conditions.

Nous ne sommes pas dans "Le fantôme de Canterville" d'Oscar Wilde et le Président de la République ferait bien d'y penser à deux fois...:

"J'ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah (...) Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui". 

 

 

 

* Titre ironique du Tagesspiegel concernant la sortie de "Die Wohlgesinnten

18.01.2008

Messe pour Louis XVI

A l’initiative du Cercle Saint Louis d’Alsace, une messe de requiem pour le roi Louis XVI et les membres de la famille royale martyrs de la Révolution, sera célébrée le samedi 19 janvier 2008 à 16h30 en la cathédrale Notre Dame de Strasbourg. (Rite romain traditionnel)

«
La Monarchie française n’existait plus. Le descendant d’Henri IV attendait à chaque instant que les régicides consommassent le crime, et le crime fut résolu. (…) Fions-nous-en à la postérité qui, juge incorruptible des âges écoulés, s’apprête à traîner au supplice la mémoire pâlissante des hommes de mon siècle.
Le fatal 21 de janvier 1793 se leva pour le deuil éternel de la France. Le monarque, averti qu’il fallait mourir, se prépara avec sérénité à ce grand acte de la vie : sa conscience était pure et la religion lui ouvrait les cieux. Mais que de liens il avait eu auparavant à rompre sur la terre ! Louis avait vu son épouse, il avait vu aussi sa fille et son jeune fils qui courait parmi les gardes en demandant la grâce de son père ; tant d’angoisses ne déchirèrent jamais le cœur d’un autre homme.
L’heure était venue. Le carrosse attendait à la porte. Louis descendit avec son confesseur. Il ne put s’empêcher, dans la cour, de jeter un regard vers les fenêtres de la reine où il ne vit personne : ce regard-là dut peindre bien de la douleur. Cependant le roi était monté dans la voiture qui roulait lentement au milieu d’un morne silence ; Louis, répétant avec son confesseur les prières des Agonisants, savourait à longs traits la mort. Il arrive enfin à la place où l’instrument de destruction était élevé à la vue du palais de Henri IV. Louis, descendu de la voiture, voulut au moins protester de son innocence : « vous n’êtes pas ici pour parler, mais pour mourir », lui dit un barbare. Ce fut alors que l’on vit un des meilleurs rois qui ait jamais régné sur la France, lié sur une planche ensanglantée, comme le plus vil des scélérats, la tête passée de force dans un croissant de fer et attendant le coup qui devait le délivrer de la vie : et comme s’il ne fût pas resté un seul Français attaché à son souverain, ce fut un étranger qui assista le monarque à sa dernière heure au milieu de tout son peuple. Il se fait un grand silence : « Fils de Saint-Louis ! vous montez aux cieux », s’écrie le pieux ecclésiastique en se penchant à l’oreille du monarque. On entend le bruit du coutelas qui se précipite.
»

François-René de Chateaubriand, « Essai sur les révolutions »

07.08.2007

Raul Hilberg ( 1926 - 2007)

 030d03e5c0ce4684be2b3ec6c3f36894.jpg"En presque soixante ans de recherches, je peux vous assurer que j’ai vu très peu de directives. On s’imagine qu’en régime totalitaire les individus passent leur temps à recevoir des ordres et à devoir y obéir. C’est faux.  Dans toute bureaucratie, les gens prennent beaucoup plus d’initiatives qu’on ne croit. Ils se demandent ce qu’ils doivent faire pour se conformer à ce qu’ils supposent être la volonté de leurs supérieurs hiérarchiques. Il n’y avait pas de schéma directeur préétabli. Quant à la question de la décision, elle est en partie insoluble : on n’a jamais retrouvé d’ordre signé de la main d’Hitler, sans doute parce qu’un tel document n’a jamais existé. Je suis persuadé que les bureaucraties sont mues par une sorte de structure latente : chaque décision en entraîne une autre, puis une autre, et ainsi de suite, même s’il n’est pas possible de prévoir exactement l’étape suivante.
Dans cette optique, la vraie question est celle du point de non-retour, en l’occurrence de la date après laquelle tant de massacres avaient été commis qu’il n’était plus possible d’enrayer la machine…
"


Le Monde Littéraire, octobre 2006. A noter la réédition en 3 volumes chez Folio-Gallimard de son monumental livre "La destruction des juifs d'Europe".

A lire encore, dans Libération aujourd'hui, cet entretien avec l'auteur de "Les bienveillantes" Jonathan Littell : http://www.liberation.fr/actualite/monde/271059.FR.php

Jonathan Littell : « Je voudrais ajouter que cela fait soixante ans - il y a dix ans cela faisait donc cinquante - que tout le monde dit à propos de l’Holocauste : «Plus jamais ça». Et puis il y a eu de nouveau «ça», avec le génocide rwandais. Il est alors, à ma connaissance, le seul historien qui ait réagi. Il n’est pas resté dans sa bulle académique à étudier la Shoah comme il aurait étudié Chateaubriand. Il a estimé qu’il ne pouvait pas rester spécialiste de la Shoah sans dire un mot de ce qui se passait, et il a ajouté à son livre un chapitre sur le Rwanda, sous prétexte qu’on ne peut pas passer son temps à dire «Plus jamais ça» et tourner la tête de l’autre côté quand ça se passe sous nos yeux. Le livre se termine là-dessus. Ça montre comme cet homme avait une vraie profondeur morale, comme il s’intéressait à l’essence du crime, du mal. » 

06.08.2007

Henri Amouroux (1920 - 2007)

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"J'ai juré de dire la vérité, mais la vérité pour parler d'une époque aussi dramatique que celle que j'étudie depuis 40 ans, ne va pas sans une certaine complexité. Je ne suis pas de ceux qui croient que l'histoire peut s'écrire en noir et blanc "

 

Déposition en octobre 1997 au procès de Maurice Papon, à décharge de celui-ci. A noter ses deux remarquables ouvrages intitulés "Pour en finir avec Vichy".

Photos : Damien Lafargue

11.06.2007

À propos des génocides et de leur mémoire…

medium_316251538_7849b14a81_m.jpgLes enjeux de mémoires…Deux reporters se lancent dans une aventure documentaire singulière, sur Internet. Leur site http://www.blogtrotters.fr est le lieu d’archivage de vidéos concernant des massacres et des génocides mis en lumière par des témoignages de survivants ou de témoins et des images prises sur les lieux mêmes de ces événements. Le passé et le présent se rejoignent…



C’est une chose d’entendre parler de guerres, massacres et génocides en tout genres dans les journaux et à la télévision, c’en est une autre de plonger dans une mémoire, forcément douloureuse. Si Internet véhicule le meilleur, il peut aussi charrier le pire. Négationnismes et théories conspirationistes se répandent à la vitesse de la poudre. On se souvient des délires autour du 11 septembre 2001…
Certains sites à vocation « citoyenne » tout au contraire sont à découvrir et à promouvoir. Celui des Globetrotters est de ceux-là : (http://www.blogtrotters.fr).
L’initiative datant d’août 2006 de Tristan Mendès France et Alban Fischer, tous deux reporters est à saluer. Sur leur blog, ils diffusent des documentaires « participatifs et citoyens ». Comme ils l’expliquaient au journal Le Monde en avril dernier, : « Notre approche pédagogique consiste à impliquer les gens dans un processus de production des contenus.» Ainsi les internautes sont invités à commenter ces vidéos et à participer pleinement grâce à d’éventuelles suggestions.

Des aventuriers numériques de la cause humanitaire ?

Le concept est simple : parler sous forme de video-blog-reportage autour du monde de sujets graves intéressant la mémoire ou la citoyenneté. Le principe est simple, nos deux reporters vont quelques jours sur place filmer et enregistrer les témoignages de victimes, de témoins ou d’analystes des différentes zones de massacres. La ligne éditoriale est ambitieuse : des enjeux de mémoire, dans n’importe quel lieu du monde. Pour l’heure, sont  mis en ligne des témoignages sur le génocide au Cambodge perpétré par les Khmers rouges, le génocide arménien, et une série sur le Darfour, tournée il y a peu de jours. L’ensemble est édifiant et laisse songeur sur l’implication des occidentaux, comme au Darfour par exemple. Ces reportages ont ceci de singulier, c’est qu’ils abordent avec la même méthode, un génocide commis dans les années 1970 ou un génocide actuel : rien ne s’oublie, les méthodes diffèrent, mais les populations civiles sont réunies de par le monde par une ronde grimaçante et meurtrière.

Trente années plus tard, en prenant l’exemple du Cambodge, comment les témoins de cette époque voient-ils cette période dramatique ? Comment s’explique aujourd’hui un tel bouleversement ? Et encore plus intéressant, comment les autorités actuelles au Cambodge - toutes issues de la mouvance Khmer rouge (!) étouffent ou non cette mémoire vive, à l’heure où se déroule un gigantesque procès des derniers dirigeants de l’époque ?
Quand on voit l’une des vidéos tournées dans les Killing fields proches de Phnom Penh et que l’on voit ce que risque de devenir ce charnier à ciels ouvert, on se dit que la démarche de ces bloggers est salutaire…Frédéric Mitterrand récemment, dans son journal livré à Libération (http://www.liberation.fr/transversales/weekend/256205.FR....) notait ceci : « J'appréhende l'émission que je dois faire à Cannes avec Rithy Panh. Le régime criminel des Khmers rouges continue à envenimer le Cambodge d'aujourd'hui et à hanter notre imaginaire près de trente ans après sa chute. Dans sa remarquable biographie de Pol Pot, Philip Short anatomise le cadavre qui bouge encore d'une poignée de gentils étudiants qui traînaient au Quartier latin au temps de la guerre d'Indochine et qui, bricolant des lectures marxistes, des reliefs de stalinisme ,des considérations tiers-mondistes approximatives, ont formé une secte apocalyptique illuminée par les remugles de la révolution culturelle chinoise. Les vieux trafiquants de pierres précieuses, comme Ieng Sary ou Khieu Sampan, qui végètent maintenant à la frontière de la Thaïlande et fument des cigares en rigolant avec Me Vergès, ne sont plus très dangereux, mais leurs chimères infernales habitent toujours les esprits d'un peuple lobotomisé et terrorisé. À longueur de film, Rithy Panh instruit l'enquête de l'intérieur. Je ne suis pas sûr de moi quand je suis appelé à évoquer un phénomène aussi abominable, qui s'explique mais garde une part d'irrationnel, avec celui qui en porte les marques et les ausculte avec une probité impitoyable. »


À lire : Philipp Short, Pol Pot, anatomie d’un cauchemar (Ed. Gallimard)

Légende photo : le centre de détention Khmer rouge S21

 

Laurent Husser

13.03.2007

Max Gallo à Strasbourg : Honneur et patrie !

medium_9782213630076.gifIl faudrait paraît-il, pour parler de la France, utiliser milles et unes précautions verbales. Il faudrait aussi systématiquement, dès que l’on s’en réclame, subir les critiques bien-pensantes ce ceux qui hurlent au loup dès qu’ils voient un drapeau bleu-blanc-rouge. Nous devrions, pour tout dire, nous les derniers amoureux d’une certaine idée de la patrie répondre aux accusations d’extrémisme, de xénophobie etc…. Il paraît encore qu’il ne faut pas citer cette phrase de Charles De Gaulle : « Il ne faut pas se payer de mots ! C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Fichtre…

L’historien et écrivain Max Gallo était début mars de passage à Strasbourg, pour débattre de son dernier livre, L’âme de la France - Une histoire de la nation, des origines à nos jours (Ed. Fayard).
Ce livre est la suite logique de son pamphlet de 2006, Fier d’être Français (Ed. Fayard), vibrant plaidoyer pour une histoire assumée, une fierté nationale ; des idées semblant décidément bien influencer Nicolas Sarkozy dans certains de ses discours récents…

C’est à cette problématique fondamentale de la nation, déjà pensée par l’historien Fernand Braudel que Gallo souhaite s’attacher.

Qui connaît encore l’histoire de France ?
L’âme de la France est en fait un compact manuel d’histoire, de la Préhistoire à la France de 2007. Les grandes lignes sont tracées, bien entendu sans entrer dans les détails, mais rien que ces grandes lignes permettraient déjà à tous les citoyens français de mieux connaître leur histoire, sans la dénaturer ni l’accabler.

Procureurs des heures sombres de notre pays, élites frelatées, journalistes sous-cultivés, associations dangereusement communautaristes (Mrap, SOS Racisme, Licra…) ou carrément délétères comme aperçues ici : http://www.minorites.org/article.php?IDA=16850  ou http://www.indigenes-republique.org/spip.php?article303 , tous participent à la lente érosion de la nation et de notre civilisation et tous sont dénoncés par Gallo.

À Strasbourg, Max Gallo a abordé sa passion pour l’Europe, sa foi, son républicanisme, ses origines italiennes. Mais aussi son attrait pour les symboles et les grands hommes. Cet ancien proche de François Mitterrand a ainsi évoqué avec émotion, son passage il y a quelques années à Colombey, sur la tombe de Charles de Gaulle, où il n’a pu, devant un tel symbole, retenir ses larmes.

Il nous a aussi rappelé que « chaque nation a un ADN singulier ». Dès lors, il s’agit de montrer comment cet ADN a donné naissance à la France.

Pour Gallo, huit éléments caractérisent notre nation.

- Le droit du sol ; nous sommes un peuple composé.
- La communauté ; il y a égalité entre les individus par rapport à leurs origines.
- La nécessité pour rester ensemble, d’une structure étatique forte.
- La relation singulière à la structure étatique.
- Le rôle décisif de l’école.
- La laïcité.
- Le rôle singulier de la femme dans l’histoire nationale.
- L’attrait d’un parti de l’étranger, mettant en péril l’Etat.

L’avant-propos de son nouveau livre est particulièrement édifiant : « Or, pour la France, le XXIe siècle tel qu’il commence, sera un temps des troubles. La nation est ankylosée par une crise profonde. Elle doute de son identité, donc de son avenir. (…) Il faudra prendre des décisions rudes, peut-être cruelles. On ne pourra plus se contenter de diriger la France en flattant l’opinion ».

medium_amalraux.2.jpgEt tandis que s’éteignent les feux de la France, de cette France que certains aiment encore et célèbrent toujours, celle des vitraux de Chartres, de Jeanne d’Arc et de Louis XIV, celle des plaines d’Île de France et des forêts d’Ardèche, de la Cathédrale de Strasbourg, des quatre coins de nos provinces et des statues de Notre-Dame de Paris, lisons encore Max Gallo, qui réussit à faire vibrer l’âme de cette France en rappelant ses grandes heures.

Voilà un livre à parcourir, en écoutant par exemple le discours d’André Malraux du 4 septembre 1958 (et à entendre sur les 3 CD des grands discours d’André Malraux (Fremeaux et Associés) : « Ici Paris, les Français parlent aux Français, Honneur et Patrie, vous allez entendre le Général de Gaulle ! ».

Et pourquoi ne pas entendre dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, Max Gallo ?

18.02.2007

Une histoire française...: Maurice Papon (1910-2007)

medium_maurice_papon.jpgMaurice Papon est mort … Un de plus … Un témoin de plus d’une époque délicate à juger lorsqu’on ne l’a pas vécue, qui s’en va avec la mort de Maurice Papon à 96 ans.

Maurice Papon a servi la IIIème République, Vichy, puis les IVème et Vème Républiques. Préfet de police de Paris (1958-1966), Député gaulliste (1968-1978), ministre du Budget (1978-1981), sous le Président Valéry Giscard d'Estaing et maire (1971-1983) de Saint-Amand-Montrond (Cher).

Attaché de plusieurs cabinets, l’homme fut sous-préfet (1941), secrétaire général de la préfecture de la Gironde (1942) et préfet des Landes (1944). Etrangement, il est nommé directeur de cabinet du commissaire de la République à la Libération de  Bordeaux. Personne ne semble alors lui en vouloir.

Maurice Papon est en effet confirmé dans ses fonctions par le Général de Gaulle et n'est pas inquiété par la commission d'épuration

Nommé préfet de police de Paris en mars 1958, il est alors reconnu « combattant volontaire de la Résistance ».En pleine tourmente algérienne, Maurice Papon réprime violemment la grande manifestation des Algériens le 17 octobre 1961. Rappelons que les rebelles du FLN tuaient allégrement et sans distinction soldats et civils français.

Dirigeant gaulliste de l'UDR (il en sera le trésorier avec l’appui du Général de Gaulle), puis sera cadre du RPR. Il est élu député du Cher en 1968, mandat qu'il abandonne en 1978 pour devenir Ministre du Budget des Gouvernements Barre 2 et 3. Il côtoie alors autant les Alsaciens André Bord et Daniel Hoeffel que Simone Veil.

Francis Vuillemin, l’un des avocats qui l’avait défendu lors de son procès à Bordeaux, a assuré qu'il "veillera personnellement" à ce que Maurice Papon soit inhumé avec « la croix de commandeur de la Légion d'Honneur que Charles de Gaulle lui a remise de ses propres mains, pour l'éternité » ….

Me Francis Vuillemin souligne que  "la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné la France le 25 juillet 2002 pour n'avoir pas respecté les règles du procès équitable. Le 4 avril 2002, le Conseil d'état a déchargé Maurice Papon de la moitié des dommages et intérêts dus aux parties civiles pour les mettre à la charge exclusive de l'Etat et rétabli l'ancien préfet de police du général de Gaulle dans ses droits à pension de retraite le 4 juillet 2003, avec effet rétroactif".

medium_De-gaulle-radio.2.jpgDeux questions en conclusion :

  • -         Qu’auraient fait les juges contemporains de cet homme s’ils avaient eu 25 ans en 42 ? Sont-ils sûrs, surtout les carriéristes, de leurs réponses ?
  • -         De Gaulle et l’ensemble des cadres de l’UDR, puis du RPR, Simone Veil  ont-ils laissé faire ? Peuvent-ils l’expliquer ?

Une réflexion : S’il faut juger l’ensemble de ceux qui ont collaboré avec les régimes totalitaires, pourquoi cherche t-on à condamner surtout les fonctionnaires de Vichy ; mais pourquoi pas aussi toutes celles et ceux qui, de l’intellectuel au syndicaliste, ont apporté un soutien au régime communiste, bourreau de plus de 100 Millions de victimes (qu’il s’agissent des victimes des années de plomb en Italie jusqu’aux prisonniers des archipels du goulag) ?

19.01.2007

Testament de Louis XVI

medium_louisxvi.jpgMesse à la Mémoire de Louis XVI en la Cathédrale de Strasbourg le 20 janvier à 16h30.



"Moi, Louis, XVIème du nom, Roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille. De plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l'issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser. Je déclare ici en sa présence, mes dernières volontés et mes sentiments. Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s'est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre sainte Mère l'Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l'Église, les Sacrements et les Mystères tels que l'Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Église de Jésus-Christ, mais je m'en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l'Église suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans l'erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l'enseigne.

Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d'un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d'un Prêtre Catholique, pour m'accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait. Je prie tous ceux qui ont de la Charité d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne de tout mon coeur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Soeur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être.

Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recommande mes enfants à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d'en faire de bons Chrétiens et d'honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'Éternité. Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve. Qu'il ne peut faire le bonheur des Peuples qu'en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu'un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile. Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d'effervescence, on n'est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressé. D'un côté si j'étais sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l'autre, j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes.

Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi.

J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

Je prie MM de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi".

Fait double à la Tour du Temple le 25 décembre 1792.

Louis

"Au nom de la très Sainte Trinité, du Père, du fils et du Saint Esprit. Aujourd'hui vingt-cinquième de décembre mil sept cent quatre vingt douze."

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