03.11.2009

Claude Levi-Strauss (1908-2009)

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"Cultures: pour qu'elles persistent dans leur diversité, il faut qu'il existe entre elles une certaine imperméabilité."

14.10.2009

La guerre du style avec Louis-Ferdinand Céline, toujours

A l'occasion de la sortie du recueil d'articles de Phillippe Sollers sur Louis-Ferdinand Céline (Ed. L'archipel-Ecriture)


09.10.2009

Pour se désintoxiquer de l'ambiance générale : Françoise Sagan et son "Toxique"

16.01_400.jpgA l'occasion de la sortie d'un étonnant journal de désintoxication de Françoise Sagan, publié confidentiellement en 1964 et ilustré par Bernard Buffet, conseillons en plus quelques rééditions comme "Des bleus à l'âme" et "Des yeux de soie" (Ed. Stock).

 

«Dieu que l'on peut être seule...»

« En été 57, après un accident de voiture, je fus, durant trois mois, la proie des douleurs suffisamment désagréables pour que l'on me donnât quotidiennement un succédané de la morphine appelé le "875" (Palfium). Au bout de ces trois mois, j'étais suffisamment intoxiquée pour qu'un séjour dans une clinique spécialisée s'imposât. Ce fut un séjour rapide, mais au cours duquel j'écrivis ce journal que j'ai retrouvé l'autre jour. [...]

A l'aube.

J'ai dû aller chercher l'infirmière en bas. Je me suis retrouvée assise sur les marches de l'escalier, effondrée, lui répétant d'une voix que je sentais enfantine qu'il y avait plus de six heures que... En remontant avec elle, j'ai eu le sentiment de ce que pouvait être le sentiment de la déchéance. [...]

Finalement, elle a consulté l'infirmière chef (très bien) et me l'a donnée (l'ampoule). Mais je ne veux plus être ainsi martyrisée puisque l'on peut faire autrement. La souffrance me diminue. Et me fait peur. [...]

J'ai passé hier 13 heures sans ampoule. Je pense que c'est un événement. [...]

Après-midi tranquille, matinée poétique ce matin. Je vais m'allonger sur une pelouse, respirer cette odeur d'herbe chaude. A regretter presque de n'être pas vraiment droguée : ça me rappellerait mon enfance d'une manière déchirante. Hélas, mon enfance me semble d'après cette odeur encore très proche. Herbe desséchée au soleil, fourmis, les arbres vus d'en bas, ne sont pas encore des souvenirs étiquetés. [...]

Il y avait longtemps que je n'avais pas vécu avec moi-même. C'est d'un effet curieux.

Il y a cinq ou six personnes avec lesquelles j'aimerais mieux passer mon temps, je l'avoue, et cela donne une sorte de condescendance à mes propres rapports. Je joue avec mes doigts parfois, non sans sympathie. Le reste du temps, je me livre à cette absurde bataille contre le temps et le n° 875. (Dommage que ce ne soit pas une date de l'histoire de France, je la saurais.) [...]

Mais il me semble que, désormais, mes seuls rapports heureux avec moi-même, en dehors des autres êtres et des quelques moments d'exaltation ou de bien-être physique que la nature procure, ne pourront être que littéraires. Ainsi donc les écrivains tomberaient dans le même piège que les comptables, les industriels et autres abrutis de travail. Pour se retrouver plus tard en proie à quelle solitude inactive : ça donne le frisson. Je comprends que M. et autres s'obstinent à bégayer dans les revues de tourisme.

Car, quand on n'a plus personne à embrasser et que la solitude équivaut à un travail que personne ne vous demande plus, la vie doit être triste. [...]

J'adore écrire, je viens de me surprendre allongée à demi sur ma chaise, les bras derrière la tête, la cigarette pensive, dans la position désinvolte de l'écrivain en bonne santé réfléchissant (à) (sur) ses dernières lignes.


Apollinaire que j'ai lu ce matin... de quel œil verrait-il ces douces dames schizophrènes plus que damascènes se balader dans les allées mortes de ce parc, chapeau violet de paille sur un crâne agité, obstiné parfois sur une petite idée, une merveilleuse petite idée qui les comble. [...]

J'ai eu un moment de gaieté ce matin dans une allée en me rappelant cet escalier du Jimmy's, ce bar, comme j'y étais bien, comme j'y riais, comme c'était sombre et complice.

Tout cela qui me mène ici dans cette allée où je marche seule, en faisant attention malgré moi à un coeur indolent et mal rythmé. Me voici punie, moi qui ne crois pas aux punitions.

Mes frères alcooliques, aimable tribu débonnaires des nuits de Paris, je ne pourrais plus vous suivre, ou alors à jeun. Et je crains que ça ne marche pas. Ca me paraît triste. [...]

Je crois que je ne suis plus amoureuse de personne. Cette terrible constatation vaut bien un alinéa. J'ai, malgré moi, quoi qu'il arrive, la pensée ou l'écriture littéraire.


«Dans la grande maison de vitres encore ruisselantes, les enfants en deuil...» Après le déluge, Rimbaud. Je me rappelle un après-midi, très tôt, sur la plage d'Hendaye où j'avais connu, seule, avec ces poèmes, un très grand bonheur. Il faisait très chaud, il était question d'un livre et de sainfoin et d'arc-en- ciel. J'avais 16 ans. J'ai eu 16 ans. Je n'aurai plus 16 ans. Moi qui me sens la jeunesse même. Je n'ai pas vieilli en fait, je n'ai renoncé à rien. [...]

J'ai appris des trucs, peut-être, des truquages. Quand donc aurai-je la force de conduire une Aston ? De prendre la porte Maillot un peu vite... Les rues, les places sont autant de regrets.

Ce capot noir qui s'élançait ce bruit confiant, amical, Jaguar un peu longues, Aston un peu lourdes, je m'ennuie de vous à périr, après avoir failli périr par vous.jeanloup-sieff-francoise-sagan-st-tropez-1956.jpg


Il semble que l'on pourrait m'attribuer la médaille de la désintoxication, tout le monde vante mon courage, je souris avec béatitude et idiotie. [...]

Je relis Proust, la passion de Swann avec bonheur; un réel bonheur, comme de coïncidence entre la vérité et la prose, chose rare. Je n'aime pas l'invention en littérature, c'est pourquoi Faulkner ne m'a jamais vraiment touchée. Ses monstres ne sont pas les miens, ainsi se justifie à mes yeux l'océan Atlantique. Je ne comprends pas grand-chose à cette dernière phrase.

Il faudrait bien que j'écrive cette nouvelle au lieu de me livrer à ce petit marivaudage avec moi-même. [...]

Voilà fini ce petit journal de la désintoxication. Elle aura été bénigne, et ce journal salutaire. Je vais vivre et écrire de bon, comme on dit. Je ne trouve pas de phrase morale ou amorale pour finir.

Il y a autre chose qu'il me faut signaler sans doute si ce journal veut être complet. C'est que je me suis habituée peu à peu à l'idée de la mort comme à une idée plate, une solution comme si cette maladie ne s'arrange pas.

Cela m'effraie et me dégoûte mais c'est devenu une pensée quotidienne et que je pense être à même de mettre à exécution si jamais... Ce serait triste mais nécessaire, je suis incapable de tricher longtemps avec mon corps. Me tuer ; Dieu que l'on peut être seule parfois. »
© Stock

http://bibliobs.nouvelobs.com/20091008/15131/dieu-que-lon...

16.09.2009

Être homme, c’est confier la mise en forme de son destin à la littérature

 

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« Le caractère et le ton d’une société sont fonction de ce qui a ses yeux est le plus digne de respect et d’admiration ».

Leo Strauss


Dévoilée chez Hannah Arendt, l’expression « un cœur intelligent » évoque un cœur sagace et perspicace. Il en a fallu de la sagacité à un intellectuel venu de la gauche la plus « progressiste » pour atteindre les rives sur lesquelles campe désormais Alain Finkielkraut, celle d’un défenseur d’idées allant parfaitement à l’encontre d’une grande partie de l’esprit du monde actuel, qui est pour faire vite, parfaitement insupportable.


Étiqueté « réactionnaire » voire « raciste » par les nouveaux procureurs de la pensée rabougrie, Finkielkraut a pour compatriotes Richard Millet, Renaud Camus, Philippe Muray, Pierre-André Taguieff, Pierre Manent et tous ceux qui ne se contentent pas de braire en chœur sur des sujets de société (entre autres, l’école, l’immigration, l’antiracisme, la sécurité, la transmission des savoirs, l’art, la politique en général). En bonne compagnie juegerons-nous, puisqu’ils disposent tous d’une large capacité d’indignation devant le spectacle d’une société postculturelle avachie.

 

Dans « Un cœur intelligent » (Éd. Stock/Flammarion), neuf romans* sont soumis à un exercice d’admiration littéraire. Éblouissement esthétique  aidant, le philosophe y déchiffre le monde sans instaurer de fracture entre une littérature qui raconte et une philosophie qui raisonne. La preuve est une nouvelle fois administrée que la littérature incite à penser.

La vision littéraire du monde qui jaillit de ce livre étonne par l’étendue des sentiments et des psychologies passées au scalpel. Ce qui apparaît le plus flagrant, c’est le soin que met l’auteur à débusquer dans un simple événement, une simple décision apparemment anodine entraînant une avalanche de réactions, et qui engage sur une voie absolument pas envisagée. Quelquefois, une vie entière bascule en un instant comme dans « La plaisanterie » de Kundera ou « Lord Jim » de Joseph Conrad. Pourquoi une telle insistance ? Peut-être liée à l’année écoulée pour Finkielkraut, engagé dans un combat contre la maladie. Peut-être liée à un intérêt marqué pour l’idée fascinante du coup de dés pouvant jouer tout destin.


Finkielkraut pourrait bien prendre à son compte la phrase du père d’Albert Camus évoquée longuement ici « Un homme ça s’empêche ».

Comme il le déclare dans un entretien accordé au Nouvel Observateur : « et bien moi aussi je crois qu’un homme ça s’empêche de s’avachir, même quand la société entière l’y encourage ».

Rien ne s’avachit dans ce livre et le lecteur est amené à réfléchir à ces romans, qu’il n’a peut-être pas lus. Ils sont déchiffrés ici, à partir d’un rappel de l’intrigue et des personnages, de façon à se concentrer non sur l’histoire, la fable - qui fait l’essentiel évidemment des fictions - mais sur leur sens profond, sur la portée par exemple du nihilisme dans « Les carnets du sous-sol » de Dostoïevski ou du triomphe de l’art dans « Le festin de Babette » de Blixen.


A l’heure du tout culturel et de la pseudo démocratisation de la « création » (puisque de nos jours, tout le monde est "artiste" et en cela soutenu par les structures politiques et culturelles !), Alain Finkielkraut rappelle l’admiration que l’on doit aux grandes œuvres, la préséance de la langue classique sur la langue de tous les jours et de la langue des banlieues et enfin, que pour aimer la littérature (comme tout art en général), il faut renouer avec le jugement et le sens critique, bref la hiérarchisation.

La conclusion de cet essai, « Être homme, c’est confier la mise en forme de son destin à la littérature » étonne de la part d’un intellectuel, qui a été forgé uniquement pour et par le concept.


Mais il y a quelques jours, il nous donnait lors d’une émission sur France Inter, un début d’explication. Le beau regret de ne pas connaître plus de poésie par cœur, pour pouvoir se remémorer tel poème, tel vers, devant un paysage, un tableau, pour idéalement décrire cet instant pur d’art, de beauté en disait long sur le besoin d'écrire un tel livre sur la littérature.

Il pourrait ainsi faire sienne une citation de son ami Renaud Camus : « La culture c’est la claire conscience de la préciosité du temps ». Dans « Un cœur intelligent » c’est bien un temps précieux qui est offert au lecteur, pour qu’il prenne un chemin original de lecture, pour entrer dans les travées de cette bibliothèque idéale et se saisir des volumes évoqués.



Laurent Husser



* Milan Kundera « La plaisanterie »

Vassili Grossmann « Tout passe »

Sebastian Haffner « Histoire d’un allemand »

Albert Camus « Le premier homme »

Philip Roth « La tache »

Joseph Conrad « Lord Jim »

Fedr Dostoïevski « Les carnets du sous-sol »

Henry James « Washington square »

Karen Blixen « Le festin de Babette »

14.09.2009

Willy Ronis (1910 - 2009)


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"L’âge m’a affecté physiquement, pas moralement. Mais précisément, quand j’ai fait une dernière photo de nu - la dernière de l’album Nues, publié en 2008 aux éditions Terre bleue -, je l’ai faite pour faire plaisir à une jeune femme de mes amies qui me le demandait. Je trouve que je me tenais mal sur mes jambes, je tenais mal mon appareil. J’ai fait la photo. Puis je me suis dit : mon petit vieux, tu as tenu cet appareil pendant près de soixante ans. Tu as bien travaillé. Tu peux le poser. Ce n’est pas un problème. Et je l’ai fait."

21.08.2009

Relire Céline

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Où placez-vous Céline dans votre Panthéon littéraire ?

Le Panthéon, ce sont les dieux... Je place Céline très haut. La campagne d’oblitération de Céline a échoué, et il est désormais d’autant plus au Panthéon qu’on voulait l’empêcher d’y entrer. Lorsque j’ai préfacé, en 1991, les Lettres à la NRF de Louis-Ferdinand Céline, que n’ai-je pas entendu ! Aujourd’hui, cela paraîtrait absolument normal. Le premier texte que j’ai écrit sur lui date de 1963, dans le Cahier de l’Herne qui lui était consacré à l’époque.

On « bloque » surtout Céline dans la période d’avant- guerre et de guerre, et il est très rare de rencontrer quelqu’un qui ait lu les livres à proprement parler admirables qu’il a écrits par la suite. Je pense à Féerie pour une autre fois, D’un château l’autre, Nord ou Rigodon. Il y a très peu d’écrivains, d’intellectuels qui aient lu ces grands chefs-d’œuvre dans lesquels il a complètement renouvelé, et en profondeur, non seulement sa vision des choses mais son art littéraire. Ce sont de grands livres. Et l’un des plus grands, que je ne peux pas relire sans mourir de rire toutes les trente secondes, car il relève d’un génie comique considérable, est Entretiens avec le professeur Y.

Un jour, Nimier a écrit à Céline : « Gaston ne reçoit plus de lettres d’insultes de vous. Ça lui manque. » C’est tout à fait l’esprit de la maison Gallimard, hanté par des fantômes considérables, beaucoup plus vivants que la plupart des vivants d’aujourd’hui. C’est le grand jeu.
Je le place donc très haut, avec Proust pour le XXe siècle. Je crois que là-dessus, il n’y a pratiquement plus personne pour vraiment dire le contraire ou s’acharner encore dans une polémique vaine.



Reste encore la question de l’antisémitisme...


Maintenant, on peut se pencher sur la polémique idéologique et sur la question de l’antisémitisme. Il n’est pas question de l’écarter, mais je me demande les intérêts que cela sert si l’on ne parle que de cela. Je me méfie toujours des campagnes, plus ou moins intéressées, pour empêcher de lire quelqu’un. J’ai été habitué à ce genre de choses... _
Aujourd’hui, en regardant exactement ce que Céline a pu faire en « voltairisant » - pour reprendre sa propre expression - sa prose, dès les carnets de prison, on voit à quel point il se tourne de plus en plus, lui qui est extraordinairement novateur, vers des classiques français comme des garanties. Il cite Sévigné, Voltaire, La Bruyère, Saint-Simon, Chateaubriand... Voilà quelqu’un en plein registre dramatique, en même temps extraordinairement comique, et qui se repose sur les classiques qu’il sait, d’une façon évidemment non académique, respirer en profondeur. C’est une grande nouveauté, car c’est le contraire du nouveau, c’est le comble du nouveau. Ce n’est pas le nouveau roman, ce n’est pas le temps chronologique qui voudrait qu’automatiquement, ce qui vient d’arriver est supérieur à ce qu’il y avait avant. C’est tout le contraire. Et que dit-il de ces écrivains ? Qu’ils ont « un goût qui reste ». Une très belle expression. Le temps passe, le mauvais goût triomphe à chaque instant, mais ces écrivains ont un goût qui reste. Il va même beaucoup plus loin puisqu’il dit qu’ils ont « une couleur absolue », C’est ce qu’il recherche. Cela aide à le comprendre mieux, sans oblitérer la question du totalitarisme du XXe siècle - qui s’est exprimée de façon effarante dans le mauvais goût criminel et dans l’absence de couleur, c’est-à-dire dans le goulag et Auschwitz. Comme l’a dit Stendhal : « Le mauvais goût conduit au crime. »

Il faut peut-être mettre maintenant l’accent sur la façon dont on parlait en Russie en 1947 de Céline : « Une nullité littéraire et un criminel fasciste. » Cela fait beaucoup pour un seul homme. Aujourd’hui, « criminel fasciste » pourrait peut-être encore passer dans les esprits plus ou moins arriérés qui n’auraient jamais lus de livres. Mais « nullité littéraire », ça ne passe plus. Donc c’est raté. Mais pour le coup, « criminel fasciste » devient un concept classiquement distribué, y compris sous la forme du mot « terroriste ». Il faut se méfier de cela, et aller aux textes pour voir comment ils résonnent, s’il y a un goût qui reste et s’il y a une couleur absolue. Tout simplement.



Les cahiers de la NRF proposent une nouvelle édition des Lettres à Albert Paraz. On y trouve un autre Céline que celui des romans ou des pamphlets.

Il faut souligner à quel point Céline était un épistolier de génie. C’est immédiat. Comme les lettres de Voltaire ou les mémoires de Saint-Simon que l’on peut ouvrir à peu près au hasard. Dans une de ses lettres, Céline dit ceci : « Il nous appartenait de connaître le sérieux des choses... l’horreur pas en carton... Lucifer et ses vraies tenailles. » Le diable est ce qui s’opposerait au rythme, à la musique, à la langue vivante ; c’est ce qui empêcherait de transposer en chant intime. La transposition en chant intime, c’est ce qu’il appelle le « rendu émotif intime ». Cela donne l’impression de quelque chose entre l’écrit et le parlé, entre la lecture et l’audition, une façon de parler à voix basse.

On voit très bien dans les lettres à Paraz ce qui tombe dans le vocabulaire emprunté de l’époque. Il y est toujours question des juifs dont il pense qu’au fond, ils sont comme lui : messianiques, mystiques et curieux. Alors que chez les aryens, il n’y a que des « abrutis de souche ». Brusque revirement. Ce terme d’« abrutis de souche » me plaît beaucoup, et je reconnais avoir affaire, sans arrêt, à des abrutis de souche... notamment de cette région maléfique qu’il faut appeler le centre de l’Hexagone. Le terme « aryen » me fait rire car il est tiré d’une conception très dix-neuvièmiste. Que cela ait été popularisé comme étant un terme pouvant être mis en balance avec le mot « juif », c’est vraiment une très grosse erreur d’oreille, de vocabulaire et même de connaissance. De toute façon, l’antisémitisme est une connerie.



Diriez-vous de Céline qu’il est visionnaire ?

Céline, avec ses derniers livres, prend de plus en plus conscience de l’ampleur de la catastrophe générale ... Les Chinois vont nous envahir, mais s’arrêteront en Champagne. Tout cela est risible. Céline dit que la seule vraie catastrophe est le temps perdu. On perd du temps en polémiques, en bavardages, en papotages... C’est effrayant mais on ne peut pas l’éviter. Selon lui, ce serait « tenter de remonter le Niagara ». La vision s’élargit.

Il y a le diable, Lucifer, Satan. « Moi, dit-il, et le Prince des Ténèbres, on s’évite ! » Autour de lui, qui se considère comme le « Père Sperme » il n’y a en quelque sorte que des ratés. Par exemple : « Ils en crèvent tous dans la clique NRF d’avoir raté le Voyage. » Chaque fois qu’il en arrive là, c’est de la faute à Gide.
Et le seul écrivain correct, finalement, serait Gide. En réalité, le problème est la fréquence sur laquelle on capte le langage. La surdité générale l’a rendu furieux. Cela ne veut pas dire que Céline aurait pu aller vers une dimension orchestrale non furieuse. Il y a des choses qui l’ont rendu fou. D’abord le voyage en URSS. Et le texte Mea culpa reste un texte essentiel.

Langue morte. Le temps du « traduit du... » est venu. L’américain est pour lui comme une langue morte. C’est une polémique incessante : les Américains et leurs imitateurs français sont des arriérés naturalistes, etc. On est alors aux antipodes de la chanson de geste et donc du rendu émotif intime. C’est comme si en somme il n’y avait plus d’histoire intérieure, que des films à faire, Et s’il y a une vie intérieure, elle est dans un tel embarras, notamment sexuel ... Céline, médecin, est très cru sur ce plan il faut lire ses lettres à ses amies - et aborde la chose avec un cynisme particulier. C’est le diagnostic. Si le « traduit du ... » l’emporte, cela veut dire qu’il n’y a jamais eu Voltaire, Chateaubriand et les autres,



Donc, relire Céline, différemment...

La question Céline doit être à mon avis abordée comme le contraire de l’académisme réactionnaire. Il dit qu’une lettre de Madame de Sévigné pourrait « faire bander un débardeur » - c’est-à-dire qu’elle a dans son rythme même une force érotique considérable. Parlant de Voltaire, Céline souligne le nombre d’écrivains français persécutés par les leurs parce que les Français n’aiment pas leurs écrivains, justement par ce qu’ils ne sont pas des leurs. Cela fait des exilés de l’intérieur au centre d’un pouvoir qui ne peut être reconnu ni par les esclaves dudit pouvoir ni par le pouvoir lui-même. Céline n’est pas absolument dans ce cas.
Le moment est donc venu de relire Céline de fond en comble .

Philippe Sollers
Propos recueillis par Joseph Vebret
Le Magazine des Livres, N°18, juillet/août 2009

A noter la parution mi-octobre aux Editions L'archipel/Ecriture d'un livre rassemblant les textes de Sollers sur Céline.

15.08.2009

Rashied Ali (1935 - 2009)

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INTERSTELLAR SPACE...

30.06.2009

Pina Bausch (1940 - 2009)

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"Mich interessiert nicht, wie die Menschen sich bewegen, sondern was sie bewegt"

 

28.05.2009

Face à Sarkozy, de quoi le communiste Badiou est-il le nom ?

Alain Badiou a le mérite d'exister, tel Hibernatus. Critique féroce de la présidence de Nicolas Sarkozy, héros de l'extrême gauche, philosophe communiste aux ventes de livres plus que confortables, Badiou récidive dans un entretien accordé à Rue89.

 

Badiou continue à utiliser l'expression de "barabarie sarkozyenne" en assimilant grosso modo, le Président de la République, l'UMP, la droite en général et même ses électeurs à des barbares dangereux, sécuritaires, réactionnaires. Bref, des "fascistes" en langage simplificateur actuel, aisément digérable par ceux qui aiment le manichéisme en politique.

 

Tout n'est pas néanmoins à jeter dans ce discours classiquement de gauche, notamment sa critique du capitalisme. Comme souvent dans ce camp, les effets sont bien analysés mais pas forcément les causes ni les solutions.

 

En attendant, les équipes de l'UMP sont mobilisées par les élections européennes et s'apprêtent à crier victoire dans quelques jours, sans se douter de la dureté et de la radicalisation de ses adversaires. Il serait bon aussi d'écouter les chantres des lendemains qui chantent, pour contrecarrer leur discours...

 

Laurent Husser

 

 

12.05.2009

Une exposition à voir : les photographies de Benoît Linder

vue1.jpgA voir à la Galerie 24,24A rue des Orfèvres à Strasbourg (au fond de la cour) prolongation jusqu'au 30 mai. Attention aux horaires de visite : contact : 03 88 75 59 21.



"Beaucoup de photographes pensent que c'est à l'autre bout du monde que se trouve l'inspiration.
Benoît Linder aime aussi voyager, a déjà exploré Venise et sa lagune par exemple.
Mais depuis quelques mois, comme se concentre un vin de garde, son travail s'est resserré, comme dans « Un voyage autour de ma chambre » de Xavier de Maistre, sur ce qu'il connaît intimement ; la maison de son enfance, celle de ses parents qui se confondent avec leur grand âge aux murs, au jardin, aux choses de leur quotidien.
De ce voyage au cœur des choses de l’âge et de la vie qui passe doucement, voilà les traces photographiques qui semblent tirées d'un autre temps, comme tombées d'un portefeuille trouvé dans un grenier, comme issues d'un album antédiluvien.
L'esprit du monde peut bien souffler, il ne peut rien contre ce qui se voit et se ressent ici. Le temps passe, oui. Mais lui non plus ne peut rien contre les souvenirs et ces traces de vie, d'une belle vie.
"


Comme le temps passe…

Je me souviens très bien de la maison de la rue St Urbain. Gosse, j’avais des amis juste en face, les jumeaux, terreurs du quartier, avec qui j’étais à l’école primaire et même la maternelle. Le terrain de jeu, c’était la rue, le parc pas loin, qui n’était qu’une étendue abandonnée en fait, rue de la Ménagerie, où nous avions construit une cabane sommaire, où nous faisions des batailles géantes façon Guerre des boutons. C’est là qu’on faisait des trucs secrets, qu’on fumait des lianes comme des cigarettes…


Cette maison était un peu un endroit magique pour moi, car intéressé par les fleurs et les plantes ; ma passion était servie, même à travers le grillage, car chose curieuse, je ne suis jamais entré ni dans ce beau jardin ni dans la maison.
Il y a le jasmin d’hiver, Jasminum Nudiflorum qui fleurit jaune en janvier, lors des grands froids. Il y a le kiwi, Actinidia deliciosa qui donne ses fruits à l’automne. L’automne étant sans doute la période que je préférais (et que je préfère toujours) quand je passais devant cette maison en allant à l’école, avec ses brumes, ses dahlias, Dahlia et chrysantèmes Chrysanthemum fleurissant soudain, tandis que le jardin prenait doucement son aspect un peu triste, dénudé, qu’il a en hiver.
J’apercevais de temps en temps le jardinier, dans son royaume, tout occupé à tailler, planter, bouturer, arroser, traiter, nourrir toutes ses plantes, qui lui rendent bien.
Depuis quelques années, le hasard voulu que je rencontre Benoît et que je devienne son ami.


Je ne suis toujours pas allé dans la maison de ses parents, il m’en parle quelquefois, j’ai vu les clichés qu’il a pris, captant ce qui fait l’essence et le quotidien de la vie de ses parents désormais âgés et fragiles.
Je passe moins souvent devant cette maison, mais quand c’est le cas, j’ai toujours un moment pour observer le beau jardin. L’été, la nuit, c’est un moment délicieux, car un peu de fraîcheur saisie le passant curieux, un peu d’humidité contemplative.
Le temps presse désormais. Car l’amour que l’on porte à ses proches, à ceux que l’on aime et bien, c’est maintenant et pas demain qu’il faut le montrer. Demain, il sera trop tard. Les plantes et le jardin resteront, espérons, encore longtemps. Ces images de Benoît aussi.


Laurent H.

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