10.07.2008
Histoire : La complexité à l’assaut de la correctitude
Si l'on en croit les contes de fée relatifs à la seconde guerre mondiale qui prolifèrent dans le sillage d'une "mémoire" toujours plus impérieuse, les choses sont simples. Du moins pour ce qui concerne la France.
D'une part une droite revancharde qui n'a pas digéré le Front Populaire et une extrême droite cultivant le nationalisme et l'antisémitisme le plus rance. Dotées d'un tel pedigree elles se couchent devant le vainqueur national-socialiste et accouchent fatalement de Vichy. D'autre part la gauche humaniste et tolérante de toujours dont les protagonistes se rassemblent, unanimes, dans les rangs de la Résistance.
C'est beau comme l'Antique et ça n'a pas pris une ride. Cette légende téléologique a été fabriquée à la Libération tant par les Staliniens qui tenaient alors le haut du pavé en terme d'influence intellectuelle que par des gaullistes qui ne pouvaient pas gouverner le pays sans compromis avec un Parti Communiste représentant plus du quart de l'électorat. Noircir les vaincus était aussi nécessaire aux communistes qui devaient faire oublier leur atermoiement "pacifiste" de l'été 1940 qu'aux partisans du Général qui ne pouvaient fonder la légitimité de la France Libre (dés l'Appel du 18 juin) que sur la trahison d'une poignée de misérables.
Les vainqueurs écrivent l'histoire, c'est une banale constante, mais généralement leur mythologie disparaît dés que leur génération passe la main. Les historiens prennent alors le relais pour fouiller les archives, mettre en pièce les falsifications autobiographiques et restituer au passé son ordinaire trivialité. La fausse gloire y perd un peu de son lustre mais la vérité y retrouve généralement son prestige. C’est en cela d'ailleurs que l'histoire diffère d'une mémoire toujours traversée par des affects et des passions jouant sur le particularisme et ses ressentiments victimaires. La discipline historique demeure soumise au débat rationnel quand la mémoire, elle, se fige par vocation dans la pesanteur du dogme. En ce sens le triomphe d'une mémoire statufiant le légendaire dans le marbre de la loi n'est pas une bonne nouvelle et atteste d'une fâcheuse régression pour une Europe dont l'identité intellectuelle, au moins depuis les temps modernes, fut toujours synonyme de dialectique, de négation, d'esprit critique et de délibération argumentée.
On ne pas pas dire pour autant que les historiens n'ont pas fait leur travail, mais ce travail est demeuré pour l'essentiel inaudible. Seuls ont été canonisés ceux qui comme Paxton alimentaient la doxa véhiculée par le pouvoir politico médiatique. Bossuet disait que l'histoire
est le bréviaire des rois; dans la France d'aujourd'hui c'est la mémoire seule qui est devenue normative. D'où cette stupéfaction mâtinée de scandale lors de la parution du livre de Pierre Péan. Dans "Une jeunesse française" (1994) il racontait en biographe fouineur et scrupuleux le passé ambivalent de François Mitterrand. Un parcours bien éloigné des schémas simplistes et manichéens qui tracent une frontière infranchissable entre le Bien et le Mal. Une jeunesse étudiante dans le voisinage de l'Action Française, la meurtrissure de la défaite, le stalag et l'évasion, l'engagement dans les rouages de l'État français couronné par la francisque, puis au
cours de l'année 1943 le glissement progressif d'un patriotisme maréchaliste et anti-nazi vers la Résistance, giraudiste d'abord, puis, non sans réticence, gaulliste par raison.
Parcours heurté mais courageux dans une époque où les engagements furent bien rares. Parcours qui fut celui de biens des résistants. N'ayant pas appartenu comme Sartre et tant d'autres épurateurs au maquis du Flore et des Deux-Magots, Mitterrand ne se vantait pas outre mesure d'un passé pourtant irréprochable. Peut-être appartenait-il à cette France d'autrefois où les grandes choses s'accomplissaient en silence. Ce silence, bien sûr fut interprété à sa charge par l'immense tribu des héros de papier à qui on ne la fait pas.
07:40 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : résistance, histoire, DEVOIR, mémoire, droite, strasbourgeoise, gaullisme
04.06.2008
Palme d'or pour une syntaxe défunte
La récente Palme d'or de Cannes a donné lieu à de répugnants élans démagogiques de la part notamment des médias, de certains barons socialistes et de tout ce qui compte dans le rang des bonnes âmes de France, vantant cette fameuse France multiple composée des non moins fameux chances-pour-la-France. Nous ne jugeons pas le film sans l'avoir vu, mais l'esprit qui entoure cette annonce. Rappellons encore que François Bégaudeau est l'archétype de l'écrivaillon plébiscité par certains médias bien pensants, Les Inrockuptibles en tête ou le mensuel strasbourgeois Polystyrène. Est-ce qu'un mauvais écrivain peut donner naissance à un bon film ? Il est permis de douter... Mais l'essentiel, c'est les propos dudit écrivain, brocardant les tenants d'une école classique, d'un enseignement classique, d'une vision classique et solide de la langue et de la littérature. L'une de ses cibles, Alain Finkielkraut lui répond dans Le Monde...
La Droite strasbourgeoise
par Alain Finkielkraut
Pour François Bégaudeau, auteur du livre Entre les murs (Verticales, 2006) et acteur principal du film qui en a été tiré, la Palme d'or du Festival de Cannes est un véritable conte de fées. Sa joie, partagée avec le metteur en scène Laurent Cantet et les élèves du collège Françoise-Dolto, qui jouent leur propre rôle, fait plaisir à voir. On lui pardonne même son brin de suffisance : comment garder la tête froide dans un moment aussi inattendu et aussi exceptionnel ?
Bégaudeau n'a pas le triomphe modeste, soit. Mais pourquoi l'a-t-il acrimonieux ? Pourquoi cette vindicte à l'égard des professeurs qui ne partagent ni ses méthodes, ni ses objectifs, ni son optimisme ? Pourquoi être si mauvais joueur quand on a gagné la bataille, et s'acharner contre les derniers récalcitrants quand on a, à ses pieds, le président de la République, la ministre de la culture et celui de l'éducation nationale ? Et pourquoi faut-il que Le Monde (le 28 mai) alimente cette étrange aigreur en dressant le repoussoir des "fondamentalistes de l'école républicaine" qui prônent "l'approche exclusive de la langue française par les grands textes" ?
Fondamentaliste, la lecture d'A la recherche du temps perdu, de Bérénice ou du Lys dans la vallée ? Fondamentaliste, l'expérience des belles choses, l'éventail déployé des sentiments et le tremblement littéraire du sens ? Le fondamentalisme est arrogant, catégorique et binaire ; la littérature problématise tout ce qu'elle touche. Le fondamentalisme enferme l'esprit dans le cercle étroit d'une vérité immuable ; la littérature le libère de lui-même, de ses préjugés, de ses clichés, de ses automatismes. Le fondamentalisme est une fixation ; la littérature, un voyage sans fin.
On jugera le film de Laurent Cantet lors de sa sortie en salles. Peut-être sera-t-on intéressé, voire captivé par cette chronique d'une année scolaire dans une classe de quatrième à travers les tensions, les drames, les problèmes et les imprévus du cours de français. Mais s'il est vrai qu'après s'être vainement employé à corriger la syntaxe défaillante d'adolescentes qui se plaignaient d'avoir été "insultées de pétasses", l'enseignant finit par utiliser certaines tournures du langage des élèves, "plus efficace que le sien", alors on n'aura aucun motif de se réjouir.
Car la civilisation ne demande pas à la langue d'être efficace, d'être directe, de permettre à chacun de dire sans détour ce qu'il a sur le coeur ou dans les tripes, à l'instar de ce magistrat qui a conclu son réquisitoire contre un accusé terrifiant par ces mots : "A gerber !" La civilisation réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie. C'est très exactement la raison pour laquelle l'apprentissage de la langue en passait, jusqu'à une date récente, par les grands textes.
Naguère aussi, on respirait dans les oeuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l'air du temps. Sean Penn, le président du jury, a remis les pendules à l'heure en déclarant, dès la cérémonie d'ouverture du Festival et sous les applaudissements d'une presse enthousiaste, que seuls retiendraient son attention les films réalisés par des cinéastes engagés, conscients du monde qui les entoure. Sarabande, Fanny et Alexandre, E la nave va, In the Mood for Love, s'abstenir. Un conte de Noël, ce n'était pas la peine. Le monde intérieur, l'exploration de l'existence, les blessures de l'âme sont hors sujet. Comme si l'inféodation de la culture à l'action politique et aux urgences ou aux dogmes du jour n'avait pas été un des grands malheurs du XXe siècle, il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l'avenir de l'homme.
L'art doit être contestataire, c'est-à-dire traduire en images ce qui est répété partout, à longueur de temps. Big Brother est mort, mais, portée par un désir de propagande décidément insatiable, l'idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social.
Alain Finkielkraut est philosophe.
11:00 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alain finkielkraut, françois begaudeau, laurent cantet, entre les murs, le monde
02.06.2008
Monsieur Yves Saint Laurent (1936 - 2008)

09:33 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : yves saint laurent
14.05.2008
Robert Rauschenberg (1925-2008)
"The artist's job is to be a witness to his time in history."
09:47 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : robert rauschenberg, combines
09.05.2008
Pascal Sevran (1945-2008)
"Christophe, le nouveau jardinier, est allé ramasser les premières fleurs dans le parc, sous les bois. Il a posé sur le rebord de la fenêtre un bouquet d'or pour moi. Il n'y a jamais eu qu'un jeune homme ici avant lui pour cueillir les fleurs. Stéphane avait le privilège des jonquilles."
19:25 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pascal sevran, le privilège des jonquilles
17.04.2008
Le Président veut-il la peau de Mme de La Fayette ?
Lu chez Pierre Assouline (http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/)
Décidément, le Président a un un vrai problème avec elle. Entre eux, c’est du sérieux. Car il ne la lâche pas. Ce n’est plus de l’amour mais de la rage. Elle a dû lui résister dans sa jeunesse lycéenne et il ne lui a jamais pardonné, à la princesse de Clèves (1678). Car il vient de remettre ça. On se souvient des deux premiers épisodes de ce feuilleton. La première fois, c’était le 23 février 2006, une méchanceté lâchée devant un parterre UMP rigolard à Lyon par le candidat Sarkozy. La deuxième fois, ce fut le 20 avril 2007. La troisième s’est donc inévitablement produite le 4 avril dernier à Bercy. Le Président y lisait une longue déclaration sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l’Etat devant des ministres, des parlementaires et des fonctionnaires des Finances. L’entame de l’ancien occupant des lieux donnait le ton (“J’ai vu que l’on s’était occupé du bâtiment sur la Seine. Ce truc vert que l’on a collé dessus, cela doit être de l’architecture. Chacun ses goûts”) quand soudain :
“… Les premières victimes de l’organisation actuelle, ce sont les fonctionnaires. Innombrables sont ceux qui m’ont dit : A quoi ça sert qu’on se donne du mal, on a l’impression que tout le monde s’en moque ! Et la qualité de vie d’un fonctionnaire, ça compte aussi. C’est tout ce que nous engageons (…) sur la mobilité, sur la reconnaissance du mérite, sur la valorisation de l’expérience, sur la possibilité pour quelqu’un d’assumer sa promotion professionnelle sans passer un concours ou faire réciter par coeur la Princesse de Clèves ! Ca compte aussi dans la qualité de vie d’un fonctionnaire…”
Dans la mesure où le recueil des discours du Président ne constitue pas ma lecture de chevet, en ce moment, j’avoue que cette nouvelle saillie m’avait échappé. Je dois donc à un fidèle lecteur d’avoir été voir du côté de Charlie-Hebdo où Philippe Val vient de consacrer un éditorial à la question Clèves. Il s’y dit accablé non seulement par cette attaque renouvelée contre Mme de La Fayette, mais encore par le silence des milieux littéraires et intellectuels. Non qu’il faille se demander s’il faut mourir pour la Clèves comme autrefois pour Dantzig, mais tout de même, quelle léthargie : “Un tel silence, un tel désaveu, une telle injustice, résonnent comme une résignation à la médiocrité.” écrit-il. Pas de quoi en faire une affaire, mais bien assez pour secouer le cocotier des idées, ou ce qu’il en reste. Juste pour dire que ce signe d’époque est mauvais signe.
Qu’il y a quelque chose de vil et de bas dans cette manière si démagogique de susciter des rires gras sur le dos non d’un quelconque auteur controversé, mais sur ce que l’histoire littéraire française a de plus brillant, de plus éclatant et de plus enviable en la personne de Mme de La Fayette. Comme si, après plusieurs mois de sevrage bling-bling imposé par le très proche entourage et une vertigineuse chute de popularité dans les sondages, le naturel avait repris le dessus dans la relative intimité de son ancien bureau de Bercy face à ses anciens collaborateurs. Quel est donc son problème : l’exceptionnelle capacité de séduction de Monsieur de Nemours qui le rend fou de jalousie ? L’effacement du narrateur qui ne dit “je” qu’une seule fois, cinglant camouflet aux centaines de “je” qui ponctuent les discours sarkoziens ? l’esprit même de cet exquis traité sur l’art d’aimer et l’art de plaire dont les ressorts lui échappent manifestement ? Insulter de cette manière répétée, lourde, insistante la Princesse de Clèves, nouvelle galante qui est soit dit en passant la matrice du roman français moderne, prend une résonance extra-littéraire, sans quoi ce serait anecdotique. C’est cracher sur la légèreté, le goût de la nuance en toutes choses, l’esprit de finesse, la grandeur d’une langue, une forme de sensibilité qui lui tragiquement étrangère. Au fond, sur une certaine idée de la France. 
On avait déjà compris que le candidat Sarkozy ne la partageait pas. Au cas où l’on aurait eu des doutes, le Président Sarkozy tient absolument à nous rappeler que lui non plus ne la partage pas. Sur ce point au moins, il est cohérent. Navrant. Et dire que l’on se moque de Berlusconi… “La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants…”. Ce sont les premiers mots de La Princesse de Clèves. De quoi se réconcilier avec l’humanité lorsqu’on l’a prise en grippe. Que l’on ne nous dise pas qu’il y a des choses plus importantes : il y en a toujours eu et il y en aura toujours. A ceci près que ce qui est menacé de notre société, de notre culture, de notre langue à travers le crachat adressé à la Princesse de Clèves représente justement une bonne partie de ces si importantes choses. Lorsqu’il faut choisir son camp, je choisis celui-là.
A lire aussi : http://madamedelafayette.free.fr/ et http://lettres.ac-rouen.fr/francais/tendre/tendre.html
15:45 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pierre assouline, princesse de clèves, Mme de La Fayette, Nicolas Sarkozy, la république des livres
05.03.2008
Avec des cattleyas...
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Le titre du film de Guy Debord est un palindrome latin signifiant :
« Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu ».
Pour ma part, me sentant ainsi, je laisse mes camarades de LDS continuer tout seuls et je n'écrirais plus une ligne sur un blog politique.
Bien à vous,
Laurent Husser
16:35 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : guy debord, in girum imus nocte et consimimur igni, laurent husser, cattleyas
27.02.2008
L'Islam en transition ?
Les tenants du choc des civilisations donnent en général une grande importance aux disparités démographiques. Celles-ci sont pour l'heure incontestables, mais qu'en sera-t-il demain ?
S'appuyant sur un examen méthodique des indicateurs sociaux et historiques profonds, Youssef Courbage et Emmanuel Todd montrent que l'on s'oriente, non vers une divergence, mais vers une convergence des modèles. Le monde musulman, notamment, a déjà vu s'effondrer sa natalité : de 6,8 enfants par femme en 1975, la moyenne est tombée à 3,7 trente ans plus tard (le clivage restant important entre le monde sunnite et le monde chiite). L'indice de fécondité est aujourd'hui le même en France qu'en Iran. Un tel retournement est le signe d'un bouleversement des moeurs qu'on a trop longtemps sous-estimé.
L'hypothèse formulée par les deux auteurs est que « les convulsions que nous voyons se produire aujourd'hui dans le monde musulman peuvent être comprises, non comme les manifestations d'une altérité radicale, mais au contraire comme les symptômes classiques d'une désorientation propre aux époques de transition ». Hypothèse trop optimiste diront les tenants d'une vision essentialisée. Il est vrai que la convergence ici décrite n'implique nullement l'émergence d'un monde unifié. Il n'en reste pas moins que dans le passé, Emmanuel Todd s'est souvent révélé bon prophète.
Courbage Y., Todd E., 2007, "Le rendez-vous des civilisations", Seuil, 169 p., 12,50 €
10:22 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : emmanuel todd, courbage, le rendez-vous des civilisations, islam
18.02.2008
Alain Robbe-Grillet (1922-2008)
A propos de la censure : "Cela s'est beaucoup accentué. Enfin, sur deux points surtout: les petites filles et les chambre à gaz. On n'a pas le droit d'écrire que les petites filles sont sexuellement attirantes et que les chambre à gaz n'ont pas existé" (Livre-Hebdo, janvier 2001).
"Un roman sentimental" (2007)
« Le présent récit est une sorte de conte de fées pour adultes, ce qui lui permet d'outrepasser en maintes occasions les lois de la vraisemblance. Il est écrit cependant avec un grand souci de précision, qui peut ressembler au réalisme le plus méticuleux, outrepassant cette fois les lois de la bienséance. C'est d'autre chose qu'il s'agit, délibérément. Une autre bienséance et une autre vraisemblance... Malgré les tendres couleurs des chairs nues adolescentes, les contes de fées pour adultes n'ont pas leur place dans la Bibliothèque rose. »
Scène 13
"D'après ses moues opportunément honteuses, sa fausse ingénuité, les passages murmurés à voix basse, comme en demandant pardon pour l'indécence qu'on l'oblige malgré tout à prononcer clairement, on devine qu'Ann-Djinn, plus souvent appelée Gigi, diminutif datant de sa petite enfance, doit, ce soir, lire à son père un morceau de littérature érotique, plus ou moins scabreux, peut-être un roman obscène du XVIIIe siècle dont elle poursuit ainsi chaque jour la découverte. Et c'est encore dans l'acceptation totale d'une bonne élève désireuse d'apprendre, de se perfectionner, de corriger ses erreurs, que la studieuse novice subit, en conclusion inéluctable, la punition d'usage méritée."
scène 15:
"Et à chaque reprise elle reçoit un nouveau cinglon sur les fesses, jusqu'à obtenir la juste expression des traits dans une prononciation parfaite, fluide, musicale, des passages délictueux qu'elle sait désormais par coeur, rendus toujours aussi émouvants sous l'effet de sa voix tendre aux accents juvéniles. Loin de se dérober à la redoutable badine, que son père manie avec adresse en répartissant d'une façon artistique les lignes vermeilles sur les deux globes de nacre, Gigi tend sa croupe meurtrie dans une cambrure de plus en plus accentuée, tout en pleurant bientôt sans bruit sur ses joues roses, une lèvre à l'ourlet charnu, un menton peu saillant, les lourdes larmes enfantines coulant enfin sur ses deux mains jointes, qui s'agrippent à l'accoudoir pour mieux supporter les morsures répétées de la fine cravache, sans sursaut de douleur ou de révolte irréfléchie."
scène ? :
"Mais il lui faut montrer maintenant que sa main ne tremble pas plus s'il s'agit de la jolie fillette frivole dont l'innocence constitue seulement un attrait supplémentaire pour le bourreau aguerri. Elle enfonce donc profondément son aiguille en plusieurs points très douloureux, la retirant ensuite à chaque fois : dans les aines, le pubis, les aisselles, la taille, les hanches... La petite fille est secouée par les convulsions d'une souffrance si aiguë que sa vulve saigne à flots."
17:30 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : alain robbe grillet, un roman sentimental
17.02.2008
Les Barjots. Essai d'ethnologie des bandes de jeunes
A l'occasion de la réédition de l'ouvrage de Jean Monod (1968-2007), Michel Kokoreff, qui en signe la préface, livre quelques réflexions intéressantes sur l'actuel « mal des banlieues », dont il souligne l'importance de la dimension ethnique ou raciale. Nous nous permettons d'en reproduire ici un extrait, issu d'un entretien accordé à la revue Esprit (Février 2008, pp. 52-53) :
« On voit bien comment les « quartiers » sont devenus des réserves d'indigènes. Ces territoires ne se définissent pas simplement en termes de classes, parce que de toute façon les classes ont éclaté, elles se sont fragmentées. Ces territoires sont définis en termes ethniques ou raciaux, et les populations qui y habitent ont tendance à avoir une vision du monde social qui distingue un « nous » (« Arabes », « Noirs ») et un « eux » (les « Français de souche », les « Blancs »). Jeunes et moins jeunes ont le sentiment que les quartiers sont devenus des « ghettos » et que, du coup, ils sont traités comme des indigènes, avec ses communautés, ses « caïds », ses espaces de non-droit. L'ensemble des rapports avec les institutions, à commencer par la police, mais aussi les bailleurs sociaux ou l'école, est perçue de cette manière. De sorte que, classiquement, la tentation est forte de retourner le stigmate et de s'auto-définir par le territoire. Ce n'est pas uniquement un problème de bande, mais une question qui touche l'ensemble de la société française travaillé par le racisme, l'islamophobie, la crispation sur l' « identité nationale ». C'est toute la différence avec l'époque où Jean Monod a écrit son livre. A ce moment-là, les appartenances ethniques étaient assez peu prégnantes. Aujourd'hui, c'est devenu la grande affaire ».
Monod J., 1968-2007, "Les Barjots. Essai d'ethnologie des bandes de jeunes", Hachette, Coll. « Pluriel, 524 pages
11:55 Publié dans La culture sauve | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean monod, barjots, jeunes, hachette, strasbourg, culture


