03.11.2009
A propos de la taxe carbone.
« De nos jours, la taxation est plutôt considérée comme une façon d’augmenter les rentrées pour l’Etat plutôt que comme un outil capable d’influencer le comportement corporatif et individuel. Elle est maintenue au niveau jugé tolérable par le marché et l’électorat. Ainsi la taxe sur le pétrole ou sur les véhicule est elle déterminée par le souhait de maximiser le revenu sans rompre les statu quo économiques plutôt que par des considérations environnementales ou sociales ».
Richard Roger (prix Pritzker 2007), 1997.
09:58 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : taxe carbone, richard roger, prix pritzker
29.10.2009
L'aide fatale à l'Afrique
L'aide fatale est un livre d'une grande portée, qui va bien au delà du politique et de l'économique.
L'aide au développement telle qu'elle se met en place avant et surtout après les indépendances est une des expressions de l'ethnocentrisme occidental.
L'idée même de "développement", comme l'a montré Serge Latouche consiste à appliquer sur un terreau culturel très différent de celui de l'Europe moderne des recettes (et une conception du monde) qui ne peuvent pas être universalisables sans courir à l'échec. Au coeur de cette conception du monde il y a l'imaginaire économique présent aussi bien à "droite" qu'à "gauche". Un imaginaire réducteur qui ne peut se frayer un chemin dans les consciences qu'en déblayant devant lui tous les acquis de la culture et de l'identité interprétés comme autant de "préjugés" à liquider pour assurer le triomphe du Produit Intérieur Brut. De ce point de vue, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'aliénation coloniale de l'Afrique n'a jamais été aussi grande que depuis que le continent a accédé à l'indépendance.
Peut-on revenir sur tout ce gâchis ?
À terme c'est l'idée même d'universel qui mériterait d'être interrogée et critiquée. C'est en effet en traduisant ses propres "préjugés" moderne en termes d'universel que l'Occident s'est arrogé le statut qui est encore le sien, celui du maître de la planète et, surtout, de modèle unique à imiter partout. Mais l'Occident peut-il se résoudre à une telle remise en cause ? Cela paraît difficile à imaginer car ayant tout liquidé au nom du progrès (autre nom du développement) il risquerait bien, dans ces conditions, de se voir acculé à son propre néant.
Coclès
Lu dans Valeurs actuelles :
par Frédéric Pons
Une financière africaine fait le procès de l’assistance étrangère. Elle dynamite cinquante ans de mauvaises habitudes.
Universitaire zambienne, âgée de 40 ans, Dambisa Moyo a grandi dans l’Afrique postcoloniale. Elle n’a pas connu le combat pour l’indépendance mené par ses aînés, ni leurs engagements tiers-mondistes dans la rivalité Est-Ouest. Elle a grandi dans un continent abonné aux perfusions internationales puis s’est formée dans les meilleures universités occidentales. Elle y a découvert certaines routines intellectuelles et “la mauvaise conscience de l’homme blanc”. Revenue en Afrique, Dambisa Moyo dresse le constat des ravages provoqués par des méthodes de développement ineptes, perpétuées au nom de la stabilité par la plupart des élites africaines ou européennes, et bien souvent aussi pour des raisons d’intérêts personnels moins avouables.
Le constat qu’elle dresse dans l’Aide fatale est terrible.
Seule une Africaine pouvait le dire avec cette force, sans encourir de soupçons de néocolonialisme, voire de discrimination raciale. « Au cours des cinquante dernières années, les pays riches ont déversé 1 000 milliards de dollars d’aide à l’Afrique. » Revigorant et iconoclaste, son essai dénonce les gourous qui règnent sur le développement et l’assistance humanitaire depuis cinq décennies. « L’aide ne marche pas, poursuit- elle. Entre 1970 et 1998, quand le flux de l’aide à l’Afrique était à son maximum, le taux de pauvreté des populations s’est accru de façon stupéfiante : il est passé de 11 à 66 %. »
Diplômée de Harvard et d’Oxford, ancienne de la Banque mondiale et de la banque américaine Goldman Sachs, Dambisa Moyo connaît la réalité des chiffres qu’elle utilise à l’appui de sa thèse, le procès – politiquement incorrect – de l’assistance au continent noir : « Le résultat de l’aide, c’est une croissance plus lente, une pauvreté plus grande et l’Afrique à l’écart du progrès économique. »
Elle sait qu’existent de bonnes raisons justifiant cette aide : « Nous vivons dans une culture de l’assistance… Il y a comme un impératif moral pour les pays riches à aider les pauvres. » Les milliards de dollars dépensés au chevet de l’Afrique n’ont-ils donc pas amélioré le sort des populations ? Bien au contraire, répond l’essayiste qui parle « d’un désastre total sur le plan politique, économique et humanitaire ».
L’aide à l’Afrique s’est inspirée de la conférence de Bretton Woods (États-Unis). L’accord signé le 22 juillet 1944 permit le redressement des pays touchés par la guerre. Si l’aide fournie à l’Europe avait pu si vite la reconstruire, le même programme pouvait avoir les mêmes effets en Afrique. «Erreur », répond Dambisa Moyo.Les contextes étaient différents. L’Europe ne fut pas totalement dépendante de l’aide en question : les flux financiers du plan Marshall ne représentèrent au maximum que 2,5 % du PNB des principaux pays européens. Ce n’est pas le cas de l’Afrique où l’assistance équivaut aujourd’hui à 15 % de son PNB ! Le plan Marshall fut limité à cinq ans : l’Afrique est sous perfusion depuis plus de cinquante ans. Constante et sans limitation de durée, cette aide n’incita pas à l’effort.
“Une compassion orchestrée à l’échelle mondiale”
Dans les années 1980, la « dépendance de l’Afrique est même renouvelée ». Afin d’aider les pays africains à payer leurs dettes, la contribution du Fonds monétaire international passa de 8 à 12 milliards de dollars entre 1982 et 1983 : «Cela ne pouvait qu’accroître la dépendance des pays pauvres et qu’aggraver leur endettement. » La décennie suivante confirma « l’insuccès de cinquante ans d’une politique d’intervention concurrente », avec ses conséquences : corruption généralisée, accroissement de la pauvreté, déclin de la croissance, explosion de la dette à 1 000 milliards de dollars.
Les États donateurs, les organisations internationales et la plupart des ONG affirment que seuls des principes de bonne gouvernance et de démocratie peuvent encourager la croissance et permettre la prospérité. Dambisa Moyo réfute ce credo : « La démocratie n’est pas le préalable de la croissance économique, comme le soutiennent les champions de l’aide.Au contraire, c’est le développement économique qui est le préalable de la démocratie. » Elle cite le Sénégal, pays démocratique, avec une croissance de 3 % en 2006, et le Soudan, pays non démocratique, bénéficiaire d’une croissance économique sans précédent. Autre exemple : la Tunisie, “autocratie tempérée” ou “démocratie sous contrôle”, devenue un modèle de développement maîtrisé dans un environnement africain de violences et de misère endémiques.
L’auteur s’interroge : « Comment les pays occidentaux ont pu espérer que l’introduction accélérée d’institutions démocratiques dans des nations sousdéveloppées garantirait aux pays d’Afrique un changement immédiat de leur fortune économique et politique ? » N’a-t-il pas fallu des siècles de développement aux pays occidentaux pour arriver à leur modèle démocratique actuel ?
« L’Afrique est devenue l’objet d’une compassion orchestrée à l’échelle mondiale », dit aussi l’auteur en visant les grands shows humanitaires de Londres ou de Paris, Bob Geldof ou Bono : « Les donateurs occidentaux cherchent quelqu’un, n’importe qui, pour leur indiquer la meilleure manière de s’attaquer aux problèmes de l’Afrique. »
Les élus et hauts fonctionnaires africains n’ont pas su s’exprimer sur les mesures à prendre. « La dépendance à l’aide ne fait que saper la capacité des Africains, quel que soit leur rang, à décider au mieux de l’orientation économique et politique de leur pays. »
Cette assistance limite les capacités de développement. « Au cours des trente dernières années, les pays les plus dépendants de l’aide peuvent se prévaloir d’un taux de croissance annuel moyen de moins de 0,2 %. » L’aide encourage les trafics : « Elle est l’un des supports majeurs de la corruption. » Mobutu Sese Seko, l’ancien président du Zaïre, vola 5 milliards de dollars, l’équivalent de la totalité de la dette extérieure de son pays.
Une étude de la Banque mondiale l’atteste : « 85 % des flux de l’aide servaient à des fins différentes de celles formulées à l’origine. » Dès 1947, un directeur de la Banque mondiale l’affirmait : « Quand nous croyons payer une centrale électrique, nous finançons en réalité un bordel. » Selon l’auteur, la Banque mondiale aurait ainsi “participé” au détournement d’environ 100 milliards de dollars. Avec la corruption associée aux prêts d’autres institutions multilatérales, ce serait 200 milliards évaporés !
Dambiso Moyo distingue deux formes de corruption : positive, quand l’argent volé est réinvesti dans le pays ; négative, quand l’argent volé est placé dans des comptes à l’étranger. Dans l’Ouganda des années 1990, la dépense publique pour l’éducation était siphonnée à l’échelle nationale : à peine 20 cents par dollar versé atteignaient les écoles primaires. La corruption tarit les investissements : « Rares seront les entrepreneurs nationaux et étrangers qui risqueront leur argent […] d’où la stagnation des investissements, fatale pour la croissance. »Curieusement, « les agences en charge du développement continuent d’assister les États africains les plus corrompus et les moins responsables ».
L’auteur remarque que le “business de l’aide” est le gagne-pain de la Banque mondiale, du FMI, des Nations unies, des ONG : « Le succès d’une politique de prêt se mesure par la taille du portefeuille de prêts du donateur et non par la proportion de l’aide effectivement utilisée pour l’objectif fixé. » À cela s’ajoute la crainte de voir les pays incapables de rembourser leurs dettes : « On en arrive à une situation absurde où le donateur a un plus grand besoin d’octroyer l’aide que le bénéficiaire de la recevoir. »
L’aide étrangère est parfois belligène : « La perspective, en prenant le pouvoir, d’avoir accès aux richesses illimitées de l’aide est irrésistible. » Les guerres civiles en Somalie (comme au Soudan, au Congo, au Liberia) illustrent l’impitoyable concurrence entre clans pour le contrôle de l’importante aide alimentaire déversée sur ce pays exsangue.
“L’aide est source de paresse chez les dirigeants”
Renforçant la monnaie locale, l’aide pénalise les industries exportatrices : « Les biens de fabrication locale destinés à l’exportation coûtent plus cher sur le marché international et ne sont plus compétitifs. » Elle rend donc le pays aidé encore plus dépendant de l’aide future. L’épargne est réduite car l’élite dépense en biens de consommation. « Il n’y a pas assez de maind’oeuvre qualifiée ou d’occasions d’investissement de taille pour employer effectivement la manne dont ils disposent. »
Dambisa Moyo démontre enfin que les capitaux et les investissements privés chutent quand l’aide remplace la ressource fiscale. Effet pervers : les populations ne paient pas d’impôt et ne sont donc pas représentées : « Le gouvernement ne doit rien à son peuple. » Partout, le même scénario se vérifie : « L’aide est source de paresse chez les dirigeants africains. Elle leur apparaît comme un revenu permanent. Ils n’ont pas d’incitation à chercher d’autres moyens de financer le développement à long terme de leur pays. »
L’Aide fatale, de Dambisa Moyo, JC Lattès, 280 pages, 20 €.
10:54 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, aide au développement, valeurs actuelles, l'aide fatale, dambisa moyo
01.10.2009
Les chrétiens d'Orient sacrifiés

Les médias français n'en n'ont évidemment pas parlé et n'en parlent jamais ; cela fait des dizaines d'années que cela dure, souvenons-nous des guerres du Liban et des chrétiens lâchés par la communauté internationale. Nous sommes sûrement trop occupés à tenter de faire de la place à l'Islam dans notre République ou dans le concordat en Alsace-Lorraine (vieux serpent de mer...), trop occupés à donner encore et encore des gages à une religion qui décidément ne connaît pas la réciprocité dans ses propres contrées, qui s'émeuvent du sort des Palestiniens mais qui ne s'inquiètent guère du sort des chrétiens.
Il y a quelques jours, le Saint-Père Benoît XVI a rencontré les Patriarches et les Archevêques du Moyen Orient en faisant l'annonce d'une Assemblée Spéciale du Synode des Évêques pour le Moyen Orient qui se tiendra du 10 au 24 octobre 2010, sur le thème « l'Église catholique au Moyen Orient : communion et témoignage : « La multitude de ceux qui avaient cru n'était qu'un cœur et qu'une âme. » (Act 4.32).
Qui se soucie du sort des chrétiens d'Orient ? Nous renvoyons au remarquable texte du non moins remarquable écrivain Richard Millet ci-dessous.
La Droite strasbourgeoise
Les chrétiens d'Orient sacrifiés
Maronites, coptes, melkites, syriaques, arméniens, assyriens, chaldéens, grecs-orthodoxes, éthiopiens-catholiques, outre des catholiques et des protestants... Comment peut-on être un chrétien d'Orient ! se dit l'Occidental déchristianisé, assis sur sa Sécurité sociale et persuadé que le monde se limite à la béatitude démocratique. N'ont-ils pas, ces chrétiens, ce qu'ils méritent, c'est-à-dire le tort d'être divisés en trop d'Eglises aux noms étranges, quasi sectaires, probablement obscurantistes ? Existent-ils même, puisqu'ils ne passent jamais à la télévision, sauf pour Noël, à Bethléem, et que les écrivains ne s'y intéressent pas, à l'exception de Jean Rolin, qui a consacré aux chrétiens de Palestine, espèce rare, un livre, « Chrétiens », dans lequel le regard de l'écrivain était nu : un Européen les découvrait, ces chrétiens d'Orient dont on ne sait à peu près rien en Occident, avant tout parce qu'on n'en veut rien savoir.
Il se peut qu'ils soient morts politiquement entre 1975 et 1989 (avec la guerre civile du Liban), poumon de la chrétienté orientale. Respectés en Syrie, dans la paradoxale main de fer de l'alaouite Assad, ils sont menacés, brimés, exilés ou tués en Egypte, en Turquie, en Irak, où la cynique importation de la démocratie américaine entraîne des assassinats et un exode massif : plus de 200 000 chrétiens, sur 400 000, ont déjà quitté le pays.
En vain attend-on l'indignation des pleureuses d'Europe ou des Etats-Unis.Toute paix, même la pseudo-paix des braves, suppose un vaincu, lequel ne saurait être les juifs, ni les musulmans, ni même les Kurdes, qui ont retrouvé leur territoire. Est-il illégitime de penser, hors toute théorie du complot mais selon le mécanisme de la victime émissaire cher à René Girard, que ce seront les chrétiens, dans leur ensemble, qui seront sacrifiés sur l'autel de la paix au Proche-Orient ? La raison d'Etat suppose l'horreur sacrificielle. Et puis ces chrétiens relèvent, après tout, de la grande complexité asiatique. Ils maintiennent une foi si vive, si lumineuse, si traditionnelle qu'ils seraient la version insoupçonnée de l'intégrisme islamique. Nous autres, modernes, socialistes, francs-maçons, féministes, écologistes, agnostiques, laïques, qui avons depuis longtemps jeté aux orties ces croyances arriérées, n'avons-nous pas raison de mettre tout ça dans le même sac ?
En vérité, nous creusons notre propre tombe : le sort des chrétiens d'Orient est exemplaire de ce qui se passe quand on nie la dimension spirituelle du monde. L'invisible n'est pas uniquement une affaire de fantômes ni l'origine réductible à la seule génétique. Entrez dans une église d'Orient ; vous y entendrez ce que le silence des églises d'Occident vous cache : le bruissement des anges. C'est nous autres, Européens, qui, en ayant refusé d'inscrire dans la Constitution de l'Union le caractère chrétien de nos racines, rendons possible une éradication programmée, et déjà effective : vidée de ses chrétiens, soit de ses éléments souvent les plus instruits, les plus ouverts, les plus modernes, cette région du monde sera musulmane, à l'exception d'Israël. Nous nous renions : la mort des chrétiens orientaux est le signe non seulement de notre honte mais de la mort de notre civilisation. Ils meurent silencieusement de ce que nous ne voulons être chrétiens.
14:48 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : benoît xvi, églises d'orient, chrétiens, islam
28.09.2009
Les Before et After du G-20…
L'équipe éditoriale de La Droite strasbourgeoise accueille dès aujourd'hui un nouveau contributeur, sous l'excellent pseudonyme d'Olrik... Les amateurs de Blake & Mortimer apprécieront...
Il y a quelques jours, en épluchant les pages web de la presse officielle, que ce soient celles des DNA, de Libération, du Figaro ou des Échos, on se doutait à l’avance de ce qu’on allait découvrir : un concert de louanges pour célébrer les grandes et courageuses résolutions du G-20. Libération a même réussi à écrire un article de 700 mots sous le titre « Ce que le G20 a décidé », c’est-à-dire avec rien… Quelle volubilité !
Il y a 6 mois, lors du G-20 de Londres, nous avions eu droit au même rituel. Quelques semaines avant un G-20, on chante partout que l’économie repart de plus belle et que le pic de la crise est passé. Ensuite, une semaine après sa clôture, le G-20 est toujours présenté comme un succès prompt à combler tous nos espoirs de reprise. Bien évidemment, chaque sommet se focalisera sur sa petite marotte médiatique du jour, histoire de donner un os à ronger aux foules crédules et aux journalistes moins volubiles que ceux de Libération… ou plus scrupuleux. Au G-20 de Londres, les global-leaders nous avaient rejoué la pièce des paradis fiscaux, avec listes noires, grises et blanches (on en frémit encore). Au G-20 de Pittsburgh, nous avons eu droit à l’acte II. Celui du bonus des traders.
Il faut les voir, nos chefs de gouvernement et nos ministres de l’économie, rouler des mécaniques et nous dire, pleins d‘une détermination feinte, que les bonus des traders et des dirigeants des banques seront désormais encadrés. À ces mots, on entend au loin la clameur des milliers de Madoff du monde entier, toujours en activité, pris d’une hilarité irrépressible. Comme si la décision de « limiter les bonus à un pourcentage du produit net bancaire quand ils menacent un niveau de saine capitalisation » ne recelait pas dans sa définition même son propre moyen de contournement. On appréciera ici le très subtile : « quand ils menacent un niveau de saine capitalisation ». Autant dire, jamais…
Il est également dit et écrit que la place des pays émergents sera accrue au sein du FMI, au détriment bien évidemment de l’Europe, sans que les États-Unis y perdent leur droit de véto. La belle affaire ! Cette instance internationale clef reste donc entièrement sous contrôle étatsunien, c’est-à-dire sous l’influence du principal responsable de la crise.
Alors que tout le monde se congratule, le MEDEF dit lui-même redouter la disparition de 70.000 PME, principales pourvoyeuses d’emplois en France. On ne parle pas non plus des 5.000 entreprises menacées par la dégradation inquiétante du marché des LBO dont 70% ne respectent d’ores et déjà plus leurs clauses de prêts auprès des banques. Ce ne sont pas moins de 1,5 million d’emplois qui sont ici concernés.
Car si une bourse totalement déconnectée de l’économie réelle (surtout quand on sait que 40% du volume du NYSE est généré par 5 titres : http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2009/09...) rejoue à nouveau avec son yoyo spéculatif, le chômage, lui, n’en finit pas de gonfler. 32 200 chômeurs de plus pour le mois d’aout, des chiffres très mauvais. À ce rythme-là, les 600 000 chômeurs supplémentaires seront atteints pour la seule année 2009. Un chiffre d’autant plus inquiétant qu’il va de pair avec l’affaissement tant redouté de la consommation des ménages et l’annonce d’un déficit budgétaire qui dépassera allègrement les 8% du PIB… (13% pour les USA). Et tout le monde de nous dire que l’année 2010 sera pareil.
En écrivant ces lignes, je décide de me relire, tellement ces données économiques me semblent invraisemblables. Rien ne sortira du G-20, car la solution tient dans un seul gros mot qu’il est interdit de prononcer : le protectionnisme européen.
Olrik
09:41 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : g20, dernières nouvelles d'alsace, libération, figaro, les échos
22.09.2009
Pourquoi la délinquance repart à la hausse ? Parce que les populations délinquantes sont de plus en plus nombreuses !
Lu sur l'excellent site Polemia :
La progression de la délinquance revient sur le devant de l’actualité.
En vérité, la progression des « violences contre les personnes », relativement bien prise en compte par les statistiques, n’a jamais cessé : moins de 100.000 faits en 1975, plus de 200.000 en 1995, plus de 400.000 en 2008 (1).
En revanche, depuis 2002 les chiffres globaux de la délinquance stagnaient ou régressaient. Mais ils sont repartis à la hausse au cours des douze derniers mois : de plus de 12% pour les cambriolages ; de plus de 25% pour les attaques à main armée.
Explications :
La première explication est simple : la délinquance est le résultat du nombre d’individus à fortes tendances délinquantes en liberté. Or, de 2000 à 2007 la population pénitentiaire (2) s’est accrue, passant de 47.837 en 2000 à 64.003 en 2007. C’est ainsi 17.000 individus supplémentaires qui se sont trouvés hors d’état de nuire.
Mais, compte tenu des capacités d’hébergement des prisons, ce chiffre de 64.000 détenus est aujourd’hui un maximum que certains jugent même excessif : les bénéfices apportés à la sécurité de 2000 à 2007 par l’augmentation du nombre des détenus ont donc atteint un plafond.
Et si l’adoption de la nouvelle loi pénitentiaire en cours de discussion aboutit à vider les prisons, on assistera même mécaniquement à une flambée de la délinquance. C’est ce qui s’est toujours produit, dans le passé, à chaque libération exceptionnelle d’une masse de détenus.
Plus il y a de populations à forte criminalité relative, plus il y a de délinquance.
C’est aussi un fait statistique : la propension à la délinquance est plus élevée dans certaines populations que dans d’autres.
L’immense majorité des jeunes ne sont pas délinquants mais le pourcentage de ceux qui passent à l’acte est très supérieur à celui des vieux.
L’immense majorité des immigrés ne sont pas délinquants mais les actes de délinquance sont plus fréquents au sein des populations issues notamment du Maghreb et d’Afrique Noire que dans la population générale : lors des émeutes de 2005, Gérard Larcher – à l’époque ministre du travail, aujourd’hui président du Sénat – avait clairement souligné le rôle des jeunes d’origine africaine, issus de familles polygames, dans le développement des violences.
A cela il faut ajouter la tendance de certains immigrés à se solidariser contre la police avec les délinquants : un phénomène qui se constate massivement dans les banlieues de l’immigration et nulle part ailleurs !
Or, la population immigrée ne cesse de croître à hauteur de 200.000 entrées par an principalement issues d’Afrique Noire et du Maghreb.
Dans le même temps la population déjà présente mais issue de l’immigration connaît aussi un accroissement naturel : le nombre de jeunes issus de l’immigration augmente dans la tranche d’âge 13-25 ans, la plus propice au basculement vers la violence et la délinquance.
Ceci n’est pas sans conséquence : à partir du moment où les groupes de population qui servent de vivier privilégié à la délinquance augmentent de plusieurs pour cent par an… il n’est pas surprenant que la délinquance reprenne sa progression au même rythme.
Culture de l’excuse et désarmement moral de la police
D’autant plus que les actes de délinquance, en particulier lorsqu’ils sont issus des banlieues de l’immigration, bénéficient de la part de la sphère médiatique, du pouvoir politique et des autorités judiciaires de la culture de l’excuse. Ainsi la responsabilité individuelle se trouve trop souvent mise au second plan derrière la responsabilité collective supposée de la société présumée « raciste ».
La police, naturellement encline à contrôler plutôt les personnes les plus susceptibles d’être en infraction (plutôt les hommes jeunes que les vieilles femmes, par exemple), est souvent accusée de « chasse au faciès : comme si la police devait interpeller un échantillon représentatif de la population générale et non un échantillon représentatif de la population délinquante, comme l’a fait justement remarquer le préfet de police de Paris.
La police est d’ailleurs fréquemment accusée de « bavures », y compris lorsque des « jeunes » se tuent tout seuls à la suite d’infractions routières ou pénales qu’ils étaient en train de commettre.
C’est dans cet esprit délétère que viennent d’être créés des comités Théodule de « conciliation » entre les « jeunes des banlieues » et la police, comme s’il s’agissait de deux bandes rivales…
Alors que, jusqu’à preuve du contraire, les policiers cherchent plutôt à faire respecter la loi que certaines bandes de jeunes enfreignent… y compris en caillassant des pompiers, des agents d’EDF, des conducteurs de train ou même des praticiens de SOS Médecins, peu susceptibles de participer à des « violences policières ».
« Antiracisme » et désarmement des citoyens
Au demeurant, la première défense contre la délinquance, c’est le citoyen, c’est la victime potentielle, qui a le droit et aussi le devoir de l’exercer. Or, là aussi nous assistons à une inversion des valeurs. La notion de légitime défense a disparu non des textes mais de la jurisprudence.
Un homme (ou une femme) agressé ou cambriolé est donc placé devant le choix suivant :
- se laisser faire, ce qui est contraire à sa dignité mais conforme aux recommandations officielles ;
- tenter de résister, y échouer et recevoir des coups supplémentaires ;
- tenter de résister, y parvenir et risquer alors de se voir poursuivi par son agresseur avec l’appui du parquet et des associations « humanitaires » et/ou « antiracistes ».
C’est ce qu’on appelle un jeu perdant/perdant.
Changer de paradigmes
Le rétablissement de la sécurité n’est pas affaire de mots. C’est affaire de paradigmes. Or, de Jospin à Sarkozy, les paradigmes dominants n’ont pas changé : l’ « antiracisme » et la « culture de l’excuse » continuent de régner en maîtres. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que les résultats en matière de sécurité de Brice Hortefeux soient assez comparables à ceux de Daniel Vaillant ; leur politique puise aux mêmes sources idéologiques ; leurs collaborateurs sont d’ailleurs les mêmes.
Ce n’est, en effet, pas par hasard si Brice Hortefeux a choisi comme directeur de cabinet le préfet Michel Bart, ancien directeur de cabinet de Daniel Vaillant lorsque ce dernier était ministre de l’Intérieur : mêmes hommes, mêmes politiques, mêmes idéologies, mêmes paradigmes… et mêmes (mauvais) résultats.
Il est donc vain d’attendre quoi que ce soit des alternances politiques puisqu’elles se font à l’intérieur du seul champ d’action permis par l’idéologie dominante.
Ce qu’il faut, c’est un changement des paradigmes :
- Abandon de l’ « antiracisme » et retour à la stricte égalité des citoyens ;
- Réhabilitation de la défense légitime et défense de la dignité des personnes ;
- Mise en œuvre du principe de précaution dans la refonte des politiques d’immigration et arrêt de toute immigration en provenance de pays dont beaucoup d’originaires en France sont mal intégrés.
(1) Statistiques de la police judiciaire.
(2) Statistiques pénitentiaires.
11:55 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : délinquance, polémia, immigration
12.09.2009
"C'EST QUAND IL Y EN A BEAUCOUP QU'IL Y A DES PROBLÈMES"
C'est l'histoire de l'arroseur arrosé, un grand classique dans le théâtre de Guignol.
On s'en souvient : il y a quelques jours le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux virait sans ménagement et sans la moindre enquête préalable un préfet suspecté de propos racistes sur le seul témoignage, controversé, d'une concitoyenne antillaise. Les mauvaises langues assuraient alors que la précipitation du ministre trouvait son explication dans son souhait de lisser une image mise à mal par son action à la tête du ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.
Si aucun document probant ne permettait d'accuser le préfet, les récents propos tenus par le même ministre lors de l'université d'été de l'UMP ont fait en revanche l'objet d'un enregistrement en bonne et due forme. Difficile dès lors d'échapper à la réprobation organisée des Panurge médiatiques et à la vindicte télécommandée de l'opposition. Si ce n'est Manuel Valls, demeuré d'une discrétion d'archange, tous les ténors de la gauche s'y sont mis, rivalisant de vocalises vertuistes. Et le roulement de l'artillerie lourde antiraciste n'est pas prêt de s'interrompre.
Le gouvernement est, bien entendu, solidaire du ministre égratigné, mais puisque les propos ne peuvent être niés c'est leur signification qui est âprement débattue. L'urgence est donc au sauvetage exégétique. Les phrases incriminées : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes" n'aurait donc pas visé le jeune militant maghrébin de l'UMP mais des Auvergnats particulièrement insistants qui auraient fait le siège du ministre pour être sur la photo...
Misère d'une communication politique devant répondre par des bricolages expéditifs aux défis de l'heure, car à ce compte-là il devient périlleux d'expliquer les saillies qui fusent au même moment dans le style "c'est un kabyle qui boit de la bière et qui mange du porc". Ce n'est pas que le métissage ne puisse pas faire de miracle et nous inventer des Auvergnats, musulmans, kabyles et amateur de cochonnailles, mais enfin, même pour les croyants les plus fanatiques de telles chimères restent encore difficiles à imaginer hors de l'horizon radieux de la France d'après...
Les auvergnats, quant à eux, n'ont pas encore protesté contre cette nouvelle interprétation de "l'humour" ministériel et aucune association stipendiée, jusqu'à présent, n'a songé à prendre la défense de cette minorité outragée. Peut-être aussi qu'après tout les dits Auvergnats ne se font qu'une idée approximative du "respect" qui leur est dû et ne songent pas à se formaliser des blessures narcissiques que leur impose une communication aux abois...
En attendant, le préfet remercié savoure la prompte vengeance que lui assure ce retour inopiné du boomerang, les ligues de nuisance crient à la lepénisation des esprits et le gouvernement s'enfonce dans la mouise de ses contradictions
À qui la faute ?
Au-delà d'une actualité microcosmique gonflée à l'hélium de la moraline communicationnelle, il faut bien reconnaître que la "droite" a tout fait, depuis des années, pour s'enfermer dans ce cul-de-sac.
En adhérant au sacre inconditionnel de l'Autre et en prêtant la main à la comédie bouffonne d'un antiracisme devenu fou, la "droite", non seulement n'est pas parvenue à se décharger des soupçons qui pèsent irrémédiablement sur elle, mais elle s'est mise dans l'incapacité de gérer les flux migratoires de manière raisonnable.
Si l'Autre est, quoi qu'il arrive, une richesse; si l'universel est notre seule vocation; si l'exclusion est un péché et si le métissage est la nouvelle appellation de notre rédemption, au nom de quoi nous est-il loisible d'expulser, si maigres soient les chiffres ?
Si notre seule définition identitaire repose sur les droits de l'homme et si, conséquemment, toute référence à "l'identité substantielle de la nation" (comme le dit Alain Finkielkraut) est renvoyée aux "heures les plus sombres", il n'y a en effet plus aucune raison de se cramponner à des frontières iniques pour exiger qu'elles filtrent dans la masse du tout-venant. Et, comme le préfet, Hortefeux, ancien préposé à la "rafle" et à la "déportation" est coupable par définition.
Aujourd'hui la "droite" à tête de linotte n'a plus de principes propres à opposer aux tenants de l'universalisme intégral, et c'est pourquoi sans doute, non seulement elle trompe les attentes de vastes segments du peuple, mais se retrouve piégée par les idées qu'elle croit devoir proclamer sans en avoir mesuré les conséquences ultimes.
Au-delà de l'écume polémique c'est cela la vraie leçon qu'il faut tirer des avanies qui atteignent le ministre de l'Intérieur.
Comme le dit encore Finkielkraut la France n'est pas une "auberge espagnole" et pour demeurer un peuple particulier il lui faut faire des choix, sans haine, mais aussi sans faiblesse.
Qui saura se souvenir qu'un peuple qui refuse de choisir s'expose à devoir subir le choix des autres ?
08:00 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hortefeux, vidéo, seignosse, brice, droite, ump, antiracisme, humour, video, auvergnat
27.08.2009
Le désert idéologique français
Un article à l'ossature faible, comme toujours chez Alain Duhamel. Un vrai constat néanmoins, même si Duhamel manie le poncif comme d'autres la truelle.
Ses conclusions laissent rêveurs (sur la droite et l'extrême droite notamment) et quant à laisser une fois de plus le bénéfice à la gauche, du champ intellectuel, bof et re-bof.
Mais enfin, ce texte a le mérite de paraître à un moment où il faut d'urgence retrouver de vraies bases idéoologiques !
Laurent Husser
Lu dans Libération :
Il n’y a plus un seul maître à penser comme le furent Aron, Sartre ou Camus. Il n’y a plus, en politique, d’intellectuels phares sur le modèle d’Althusser, Furet, Braudel ou Foucault.
Par ALAIN DUHAMEL
«La politique, ce sont les idées», s’exclamait le vénérable Albert Thibaudet en ouverture de l’un de ses livres les plus fameux (1). Ce n’était déjà qu’à moitié vrai lorsqu’il l’écrivait, au tournant des années 1930 : «Les forces sociales, les intérêts économiques et financiers, les histoires nationales pesaient déjà puissamment.»
Aujourd’hui, quatre-vingt années plus tard, dans la France du XXIe siècle, cela sonne carrément faux. Même au cœur du pays traditionnellement le plus fiévreux d’Europe, le débat politique est devenu un véritable désert idéologique. Il n’y a plus un seul maître à penser comme le furent Aron, Sartre ou Camus. Il n’y a plus, en politique, d’intellectuels phares sur le modèle d’Althusser, Furet, Braudel ou Foucault. Le monde s’est métamorphosé, le communisme s’est effondré, la mondialisation s’est imposée, l’individualisme a triomphé, la crise financière, économique, écologique, sociale submerge les clivages. On aurait pu imaginer que, face à de tels tremblements d’univers, la pensée politique allait se renouveler, que des projets allaient surgir, que des auteurs allaient grandir, que les idéologies allaient se reconstruire. Il n’en a rien été. Cela viendra un jour. Les hommes ne se passent pas d’utopies, ni les sociétés d’horizons ou de mirages. On entrevoit bien quelques pistes, quelques chimères, quelques intuitions, quelques prises de conscience ici ou là mais rien de fort, rien de bâti, rien de vigoureux, rien de cohérent : tout au plus des échappées parmi les futaies.
Puisque tout change, et à quel rythme, l’extrême gauche aurait dû réinventer ses doctrines, renouveler ses concepts rouillés, imaginer un autre monde. On sent bien qu’elle recherche un théoricien d’envergure, qu’elle rêve de promouvoir Alain Badiou en grand idéologue. Le philosophe français le plus traduit dans le monde, comme il ne manque jamais de le préciser, fait certainement merveille dans sa discipline. En politique, il en reste aux pamphlets exigus et aux nostalgies cavalières. De ce côté-là, on ne manque ni d’agiles gymnastes médiatiques (Besancenot), ni d’honorables défenseurs de la foi (Krivine), ni de tribuns lyriques à l’ancienne (Mélenchon), mais d’idéologie originale, revisitée par les événements. Le paradoxe est que la décomposition du communisme orthodoxe semble avoir stérilisé ceux-là même qui s’y étaient opposés. En s’effondrant, le communisme a en quelque sorte empoussiéré tout ce qui l’entourait.
Sur d’autres terrains, l’écologie a certes remporté des batailles mais, outre que chaque parti tente maintenant, à gauche comme à droite, de se coiffer de vert, l’idéologie n’a jamais été le point fort des écologistes français. Jadis, Jacques Ellul ou René Dumont tentaient d’organiser le foisonnement écologique. Leurs descendants ont plus d’électeurs que d’auteurs. Dans le débat hexagonal, l’idéologie écologique demeure une ripopée. La situation est mille fois pire et dix mille fois moins excusable chez les socialistes. De ce côté-là, on regorge d’économistes de premier plan, de sociologues valeureux, de politologues affûtés. La gauche réformiste attire des escadrons d’intellectuels. Mais quels résultats idéologiques ? Le dernier projet développé et assumé date de 1979 et a été rédigé sous la houlette de Chevènement. C’est dire qu’il relève plus du XIXe que du XXIe siècle. Le PS est capable de produire un programme de gouvernement en quelques semaines. Il peut proposer une équipe ministérielle au grand complet, flanquée de cabinets imposants mais au service de quelle idéologie structurée ? Après la tragédie de la Seconde Guerre mondiale, Blum était capable, malgré son âge, de publier A l’échelle humaine. Vingt ans après la chute du Mur et en pleine crise économique, où est l’équivalent ? Quel texte ambitieux relève de l’idéologie ?
On dira que la situation est identique à droite où l’on compte il est vrai comme toujours moins d’intellectuels disponibles. Est-ce un handicap ? L’extrême droite a des sentiments mais pas de pensée. La droite française ne s’est jamais vraiment convertie au libéralisme et, comme elle abandonne progressivement ses préjugés nationalistes, elle ressemble de plus en plus, sur le plan idéologique, à ces corniauds qui vagabondent sans état d’âme. Le sarkozysme a des racines historiques (le bonapartisme), il a un style (le volontarisme théâtral), il a une méthode (le pragmatisme proclamé). Pour le reste, il se passe sans regret de toute doctrine et n’aspire à aucune théorie. La droite a toujours été moins intellectuelle et moins idéaliste que la gauche, elle se passe fort bien d’idéologie constituée. Quant au centrisme révolutionnaire, il se recommande de l’humanisme et du bien commun, ce qui peut lui valoir la sympathie des vieux croyants de la doctrine sociale de l’Eglise des années 50, maigre viatique pour traverser le désert idéologique français.
(1) Les Idées politiques de la France, 1932.
15:11 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
10.06.2009
Brève analyse des élections européennes.
1/ EN FRANCE :
- Le premier enseignement de ces élections est la continuelle progression de l'abstention. Traditionnelle, lors des élections européennes, celle-ci s'accroît encore en 2009 malgré le large éventail de listes proposé aux électeurs. Cette évolution marque une défiance grandissante des citoyens tant vis à vis du monde politique que vis à vis de la construction européenne. Elle reflète aussi une dépolitisation liée à la privatisation des enjeux dans l'ensemble des sociétés occidentales. L'abstention touche particulièrement les classes populaires et les plus jeunes ce qui a des implications immédiates pour les partis qui réalisent habituellement leurs meilleures performances dans ces couches de la population (extrême droite et extrême gauche). Paradoxalement ce sont ces secteurs qui sont aussi les plus exposés aux conséquences sociales de la crise. Faut-il expliquer leur retrait politique comme l'expression d'un fatalisme grandissant ou convient-il de constater que ce qui reste du matelas social réussit, jusqu'à présent, à amoindrir les effets d'une colère légitime ?
- Succès de la droite sarkozyste arrivée largement en tête. Une crise économique sans précédent, l'usure du pouvoir et les virulentes attaques du PS et du MoDem contre la personne du chef de l'État n'ont pas réussi à affecter son potentiel électoral. Ceci étant, les réserves de voix de l'UMP semblent se tarir. Outre chez certains abstentionnistes elles ne se trouvent plus que chez les souverainistes qui ont subi une lourde défaite. La thématique de "l'Europe qui protège" mise en scène par l'UMP l'a largement emporté sur celle de "la France seule". Malgré l'opportunisme du personnage l'aventure nationale du candidat de Villiers semble prendre définitivement fin car l'homme préférera toujours la présidence du Conseil Général de Vendée, impliquant une alliance avec le parti présidentiel, au choix plus risqué de l'indépendance. Les résultats médiocres des listes Debout la République de Dupont-Aignan confirment qu'une parenthèse semble se fermer. Dans son essence, sinon dans son expression, l'idée de l'Europe unie n'est plus contestée que par un électorat résiduel.
- Malgré la lourde défaite du Parti Socialiste, la gauche réformiste, également présente chez les amis de Daniel Cohn-Bendit et ceux de Jean-Luc Mélenchon ne recule pas et le camp social-démocrate conserve son potentiel. Miné par les querelles de personne plus que par les débats idéologiques son émiettement risque de se poursuivre jusqu'à ce qu'une personnalité de carrure présidentiable parvienne à s'y imposer. Comme la droite, la gauche est appelée à renforcer son message environnementaliste pour capter un électorat de sensibilité écologiste qui s'accroît en proportion des désastres que génère une croissance devenue aussi démesurée qu'inégalitaire. À cette aune la gauche demeure le seul concurrent sérieux de la droite libérale pour gérer le système sans écorcher fondamentalement les intérêts des oligarchies dominantes.
- De manière générale les forces du "système" renforcent d'ailleurs leur emprise électorale tandis que la contestation à prétention radicale continue de s'affaiblir alors que les circonstances, crise du capitalisme et crise écologique (qui sont fondamentalement une seule et même chose), paraissent pourtant susceptibles de ménager une voie nouvelle pour une contestation de fond.
- Les listes emmenées par Daniel Cohn-Bendit, José Bové et Éva Joly font jeu égal avec les socialistes et les dépassent dans de nombreuses villes et dans les grandes régions urbanisées comme L'île de France et le Sud-Est. S'adressant aux couches citadines les plus instruites de la population, qu'il serait caricatural de réduire aux "bobos", ces listes sont les seules à avoir pris au sérieux les enjeux proprement européens de cette élection. Emmenées par des personnalités atypiques mais à la notoriété certaine, elles ont labouré le terrain depuis l'automne et n'ont pas hésité à délivrer un message sortant des ornières habituelles de la politique-slogan. Leurs leaders ne pratiquent pas cette langue de bois qui demeure l'apanage de leurs concurrents tout en se gardant de la démagogie simpliste. Autant de choses qui démentent les calculs et les pratiques de la plupart des États-Majors politiques surplombés par les lois de la communication publicitaire.
- L'extrême droite lepeniste met un coup d'arrêt à sa descente aux Enfers. Les 6,3 % d'électeurs qu'elle rassemble, malgré une abstention massive, semble devoir constituer un socle inaltérable. Le parti va donc continuer d'exister sous la houlette de Marine Le Pen. Comme c'était attendu, et comme le passé l'a toujours confirmé, les dissidences qui émaillent ce mouvement depuis des années ne sont pas parvenues à percer dans l'électorat bien que leurs scores ne soient pas ridicules,dans le Centre, comme dans le grand Nord Ouest. Notons pour finir que la liste Dieudonné perd son pari. Même si elle obtient son meilleur score en Seine-Saint-Denis force est de reconnaître qu'elle n'a pas su mobiliser les Banlieues. Pour l'extrême droite comme pour l'extrême gauche celles-ci demeurent des terres de mission rétives à toute politisation. La révolte "politique" des banlieues demeure un mythe tant pour ceux qui y fondent des espérances "révolutionnaires" que pour ceux qui en manipulent le risque afin d'effaroucher les "bons français".
- Enfin, même si un "nationaliste-autonomiste" corse se trouve élu sur la liste Europe-Écologie du Sud-Est, le régionalisme est absent d'une compétition dont les circonscriptions territoriales sont , il est vrai ,incompatibles avec son expression.
2 / EN EUROPE
Les résultats européens confirment pour la plupart les résultats français laissant ainsi apparaître une homogénéisation des réflexes politiques à l'échelle du continent. La droite libérale et pro américaine se renforce partout ce qui signifie que l'ancrage dans le capitalisme et dans la "solidarité atlantique" vont se trouver confirmés. D'autant que la stature et le charisme du nouveau président américain rendent son pays moins haïssable même si la stratégie globale de l'hyperclasse étatsunienne reste pour l'essentiel inchangée. Le rêve d'une Europe autonome dans le concert mondial des grands espaces s'éloigne. Le slogan de l'Europe-puissance apparaît de plus en plus comme un voeu pieux. Amère constat d'une sortie de l'Histoire.
Le recul de la social-démocratie est général ce qui ne fait qu'enregistrer l'usure d'un discours qui n'a pas su s'adapter au défis d'un libéralisme conquérant, souvent mâtiné de "populisme", qui parle sans complexe le langage de l'efficacité et de la flexibilité ouvrant notre espace à des flux toujours plus grands d'hommes, de capitaux et de marchandises. L'économie comme destin, tel est le mot d'ordre de la plupart des élites. En ce sens le succès de la "droite européenne" est aussi l'indice d'une défaillance identitaire. De nombreux observateurs font par ailleurs remarquer que l'extrême droite progresse presque partout, ce qui est exact, mais peu mettent le doigt sur les impasses que celle-ci véhicule. Ces impasses sont de deux ordres. Nombre de ces mouvements sont tenaillés par un imaginaire libéral qui fait d'eux, en cas de besoin, de simples forces auxiliaires et provisoires de la droite libérale, c'est à dire d'une idéologie qui incarne le contraire de ce que l'extrême droite est sensée "penser". le deuxième point c'est que ces extrême droite étant souvent sous l'emprise des archéo-nationalismes, elles sont évidemment incapables de s'entendre et de peser à l' échelle du Parlement Européen. Il va de soi, par exemple, que pour un "nationaliste" hongrois l'ennemi principal c'est le "nationaliste" roumain ou slovaque, bien plus que le le "système", concept abstrait difficile à imager. Il en va évidemment de même pour le nationaliste roumain. On pourrait multiplier les exemples.
À contrario on peut dire que le succès des écologistes à l'échelle du continent est beaucoup plus porteur d'avenir que les succès des extrême droite, tout simplement parce que l'écologie unifie tandis que le nationalisme sépare. Cependant l'écologie qui triomphe est prête à bien des accommodements comme l'a montré, il y a quelques années, la campagne de Cohn-Bendit en faveur du oui libéral et libre-échangiste au Traité Constitutionnel Européen.
Au total, aucune force ne semble se dégager à l'échelle du continent qui puisse faire barrage, voir même freiner, la réalisation du "modèle" européen tel qu'il est conçu par les oligarchies dirigeantes et mis en musique à Bruxelles. Celui d'une Europe impolitique, sans histoire et sans frontières, simple segment du marché international. Une Europe qui ne s'accorde qu'un seul magistère, celui des droits de l'homme universel prêchés sans relâche dans l'indifférence d'une planète qui partout ailleurs pratique le réarmement guerrier et puise de nouvelles énergies dans le recours à ses ressources identitaires.
Coclés
10:09 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élections européennes, nicolas sarkozy, daniel cohn bendit, strasbourg, europe
05.06.2009
Elections Européennes : l’avertissement fait à la droite !
Les lecteurs UMP de notre blog ne vont pas forcément comprendre notre raisonnement tant il est finalement limpide. Cependant qu’ils ne fassent pas l’économie de la réflexion !
Au soir du 7 juin, l’UMP terminera en tête de la campagne européenne. En Alsace, on ouvrira même des bouteilles de crémant. Cependant d’autres enseignements seront à tirer du scrutin.
L’UMP se situera clairement et logiquement entre 24 et 30 % des voix devant le PS, le FN , les Verts, le Modem, Libertas, le NPA et le Front de Gauche. La surprise pourrait être l'ordre et le total des voix située à "droite de la droite" !
Mais il conviendra aussi d’analyser à la fois la participation (40 % ?) et le poids total des opposants. En effet, il se pourrait alors que l’UMP se situe seule face à un ensemble totalisant 70 % du corps électoral exprimé.
Cet ensemble, mû par un anti-sarkozysme primaire, laisse pour le moment peu de perspective d’alliance à l’UMP. Là, il conviendra, les bulles passées, de s’interroger. Que se passerait-il dans une région comme la nôtre en cas d’alliance du PS et du Modem (où évoluent une proportion de militants venus de la gauche) voire d’une union PS-Verts-Modem ?
Cette réflexion, autant que l’analyse du score strasbourgeois, il ne faudra pas en faire l’économie. La droite, si elle veut se maintenir, devra rentrer en campagne permanente d’ici les régionales, cela veut dire désigner son tête de liste et trouver comment élargir son aura.
Attention donc, une victoire peut cacher une défaite. A l’euphorie devra succéder la real-politik !
En bref : L’UPA passe l’arme à gauche
Tout d’abord l’UPA, union du peuple alsacien, appelle à voter pour la liste « Europe Ecologie ». Voilà donc où mènent les « libres penseurs » alsaciens. Tout cela pour cela.On attendant le « grand soir » et l’on comprend de suite vers où l’on va : la présence d’autonomistes sur la liste verte des régionales, elle-même alliée au PS ( un peu comme à Strasbourg aux municipales, pour ceux qui savent lire entre les CV).
On ne sait pas sur l’Initiative Culturelle Alsacienne - Bewejung fer d’Züekunft vom Elsàss – va réagir, mis on remarque là qu’ancrer, comme dans d’autres régions, le fait régional à gauche n’a toujours produit que des vassaux des partis parisiens.
L’UPA changerait également de Président, mais là – on en reparlera plus tard. Concernant cet ensemble de nouvelles, on se contentera de remarquer finalement la « peur » des défenseurs de l’Alsace.
Enfin, comme disait un ancien, « là où la peur est, la victoire ne peut arriver »
08:04 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, résultats, élections, upa, régionalistes, européennes, sondage, grand, est, strasbourg, politique
29.05.2009
Julien Coupat : L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis.

Au-delà de ce qui peut-être dit, de façon bien souvent fausse par les Médias, le Pouvoir etc... de cette affaire, il faut avant tout lire son principal protagoniste, Julien Coupat, bien éloigné des faux révolutionnaires médiatiques que l'on croise trop souvent.
A l'heure où il écrit ses mots, du coeur du système pénitentiaire, quelques jours avant sa libération, il s'agit d'entendre ce que Julien Coupat cherche à dire.
Sa critique radicale, féroce du Pouvoir en place, de l'Etat, des Institutions devrait interpeller le public, mais comme souvent, il restera EN PARTIE sourd trop occupé dans son cauchemar climatisé. L'Empire dénoncé par Coupat et ses amis repose sur le Biopouvoir et le Spectacle. Foucault, Debord, les parrains de cette pensée sont connus. Il n'est pas sûr que le Pouvoir prenne la juste mesure de ce qui est dit ici. A nous de le faire... Depuis hier 17h Coupat a été libéré. La polémique politique enfle, ridicule comme toujours, quel que soit le camp concerné.
Laurent Husser
Lu dans Le Monde :
Julien Coupat : "La prolongation de ma détention est une petite vengeance"
Voici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).
Comment vivez-vous votre détention ?
Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.
Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?
Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.
Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.
Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous?
Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.
Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes"!
Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?
Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.
Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.
Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.
Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.
Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.
Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé.
A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.
La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?
Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant.
12:34 Publié dans Les idées parlent | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : julien coupat, guy debord, le jeu de la guerre, kriegspiel, michel foucault, le monde



