17.04.2008

Le Président veut-il la peau de Mme de La Fayette ?

Lu chez Pierre Assouline (http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/)

      c36d8c9897357b56072a3a76a3064bf2.jpgDécidément, le Président a un un vrai problème avec elle. Entre eux, c’est du sérieux. Car il ne la lâche pas. Ce n’est plus de l’amour mais de la rage. Elle a dû lui résister dans sa jeunesse lycéenne et il ne lui a jamais pardonné, à la princesse de Clèves (1678). Car il vient de remettre ça. On se souvient des deux premiers épisodes de ce feuilleton. La première fois, c’était le 23 février 2006, une méchanceté lâchée devant un parterre UMP rigolard à Lyon par le candidat Sarkozy. La deuxième fois, ce fut le 20 avril 2007. La troisième s’est donc inévitablement produite le 4 avril dernier à Bercy. Le Président y lisait une longue déclaration sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l’Etat devant des ministres, des parlementaires et des fonctionnaires des Finances. L’entame de l’ancien occupant des lieux donnait le ton (“J’ai vu que l’on s’était occupé du bâtiment sur la Seine. Ce truc vert que l’on a collé dessus, cela doit être de l’architecture. Chacun ses goûts”) quand soudain :

“… Les premières victimes de l’organisation actuelle, ce sont les fonctionnaires. Innombrables sont ceux qui m’ont dit : A quoi ça sert qu’on se donne du mal, on a l’impression que tout le monde s’en moque ! Et la qualité de vie d’un fonctionnaire, ça compte aussi. C’est tout ce que nous engageons (…) sur la mobilité, sur la reconnaissance du mérite, sur la valorisation de l’expérience, sur la possibilité pour quelqu’un d’assumer sa promotion professionnelle sans passer un concours ou faire réciter par coeur la Princesse de Clèves ! Ca compte aussi dans la qualité de vie d’un fonctionnaire…”

    Dans la mesure où le recueil des discours du Président ne constitue pas ma lecture de chevet, en ce moment, j’avoue que cette nouvelle saillie m’avait échappé. Je dois donc à un fidèle lecteur d’avoir été voir du côté de Charlie-Hebdo où Philippe Val vient de consacrer un éditorial à la question Clèves. Il s’y dit accablé non seulement par cette attaque renouvelée contre Mme de La Fayette, mais encore par le silence des milieux littéraires et intellectuels. Non qu’il faille se demander s’il faut mourir pour la Clèves comme autrefois pour Dantzig, mais tout de même, quelle léthargie : “Un tel silence, un tel désaveu, une telle injustice, résonnent comme une résignation à la médiocrité.” écrit-il. Pas de quoi en faire une affaire, mais bien assez pour secouer le cocotier des idées, ou ce qu’il en reste. Juste pour dire que ce signe d’époque est mauvais signe.

Qu’il y a quelque chose de vil et de bas dans cette manière si démagogique de susciter des rires gras sur le dos non d’un quelconque auteur controversé, mais sur ce que l’histoire littéraire française a de plus brillant, de plus éclatant et de plus enviable en la personne de Mme de La Fayette. Comme si, après plusieurs mois de sevrage bling-bling imposé par le très proche entourage et une vertigineuse chute de popularité dans les sondages, le naturel avait repris le dessus dans la relative intimité de son ancien bureau de Bercy face à ses anciens collaborateurs. Quel est donc son problème : l’exceptionnelle capacité de séduction de Monsieur de Nemours qui le rend fou de jalousie ? L’effacement du narrateur qui ne dit “je” qu’une seule fois, cinglant camouflet aux centaines de “je” qui ponctuent les discours sarkoziens ? l’esprit même de cet exquis traité sur l’art d’aimer et l’art de plaire dont les ressorts lui échappent manifestement ? Insulter de cette manière répétée, lourde, insistante la Princesse de Clèves, nouvelle galante qui est soit dit en passant la matrice du roman français moderne, prend une résonance extra-littéraire, sans quoi ce serait anecdotique. C’est cracher sur la légèreté, le goût de la nuance en toutes choses, l’esprit de finesse, la grandeur d’une langue, une forme de sensibilité qui lui tragiquement étrangère. Au fond, sur une certaine idée de la France. ceab78e70d57918b462c465b7d085a5e.jpg

On avait déjà compris que le candidat Sarkozy ne la partageait pas. Au cas où l’on aurait eu des doutes, le Président Sarkozy tient absolument à nous rappeler que lui non plus ne la partage pas. Sur ce point au moins, il est cohérent. Navrant. Et dire que l’on se moque de Berlusconi… “La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants…”. Ce sont les premiers mots de La Princesse de Clèves. De quoi se réconcilier avec l’humanité lorsqu’on l’a prise en grippe. Que l’on ne nous dise pas qu’il y a des choses plus importantes : il y en a toujours eu et il y en aura toujours. A ceci près que ce qui est menacé de notre société, de notre culture, de notre langue à travers le crachat adressé à la Princesse de Clèves représente justement une bonne partie de ces si importantes choses. Lorsqu’il faut choisir son camp, je choisis celui-là. 

A lire aussi : http://madamedelafayette.free.fr/ et http://lettres.ac-rouen.fr/francais/tendre/tendre.html

04.02.2008

Quand Libération se montre tout simplement dégueulasse

708b33af76c9a5fb9b1a7f7601b36a96.jpegLe journal Libération, qui défend depuis tant d'années tous les marginaux, les déviants mais aussi les homos, pédés, gouines, transgenres, drogués etc...bref qui est si libertaire, se montre sous son plus mauvais jour aujourd'hui, en soi-disant Père La Pudeur. Il est loin hélas le temps d'Hervé Guibert, d'Alain Pacadis, d'Eric Dahan et ses "Nuits blanches" très chaudes.

A propos de Carla Bruni, l'article que nous vous livrons ci-dessous montre où est tombé Libé : dans le caniveau. Luc Vaillant, son auteur, probable mal baisé et/ou mauvais baiseur aurait dû réfléchir à deux fois avant d'écrire son torchon. C'est fou ce qu'une jolie fille peut déclencher de réflexions perfides, de remarques jalouses ou tout simplement de méchanceté... C'est fou ce qu'on peut écrire pour tenter de destabiliser le Président de la République. Nous vous laissons juges des multiples sous-entendus minables charriés par cet "article" et souhaitons bon vent au couple présidentiel...

La première dame se range des hommes
Avec cette union, Carla Bruni semble rompre avec sa vie passée.
LUC LE VAILLANT

"Tout le monde est une drôle de personne». Et Carla Bruni, plus encore. Pour parler de la jeune mariée de 40 ans, autant lui emprunter paroles et musiques (1), et se contenter d’arrangements et autres remix. Cela évitera d’avoir recours au machiste «souvent femme varie, bien fol qui s’y fie», devenu totalement transgenre, mais pas spécialement inadéquat pour évoquer la surprenante union d’une femme libre, si ce n’est libertine, vaguement de gauche, à tout le moins rive gauche, avec un président de droite aux goûts popu-cheap.

«Tout le monde a l’âme emmêlée
», chante l’ex-mannequin. «Tout le monde a des restes de rêve et des coins de vie dévastée.» Et ces angoisses vivaces, ce besoin de réassurance d’une femme si sûre d’elle, blottie désormais au creux de l’épaule du père de la Nation, aussi infantile soit-il, expliquent peut-être cette volte-face d’une polyandre revendiquée. Amusée, elle fredonnait : «L’amour, pas pour moi.» Hautaine, elle insistait: «L’amour, ça me va pas/C’est pas du Saint-Laurent/Ça ne tombe pas parfaitement/Si je ne trouve pas mon style/Ce n’est pas faute d’essayer/Et l’amour, je laisse tomber.» Et mutine, elle précisait : «Je préfère les temps en temps/Je préfère le goût du vent/Le goût étrange et doux de la peau de mes amants/Mais l’amour, pas vraiment.» Et la voici en robe blanche devant l’officier d’état-civil, promettant «secours et assistance» au chanoine de Saint-Jean de Latran. Quant à la fidélité, ce sera pour le mariage religieux…

Si nous étions au XIXe siècle, l’affaire serait vite vue. Comme chez Balzac et chez Zola, il s’agirait pour la belle Carla de faire une fin. Telle une demi-mondaine, sentant l’âge rattraper sa beauté et voulant enfin se ranger des excès, elle convolerait en justes noces avec un beau parti qui, en lui donnant son nom, l’établirait dans le monde, exorciserait le souffre passé, et la légitimerait, elle, l’irrégulière. Mais trois raisons mangent aux mites, cette théorie.

1) Carla Bruni est vraiment riche. C’est d’abord l’héritière d’un empire industriel turinois. Elle a beau être l’enfant naturelle d’un guitariste classique, son mélomane de père nourricier ne l’a pas laissée dans le besoin. Elle fut ensuite l’une des mannequins les mieux payées de la planète. Avec Claudia Schiffer, Naomi Campbell et autres Cindy Crawford, elle arpentait les cat-walks lors d’une décennie 90 dorée où les portemanteaux dérobaient la lumière aux stars hollywoodiennes. Elle est enfin une auteur-compositrice comblée, ayant vendu 2 millions d’exemplaires de son premier album. C’est pourquoi le contrat de mariage passé entre les époux sert sans doute plus à protéger son patrimoine que celui de Nico «Rolex» Sarko, qui n’a jamais caché son envie de se doter d’une fortune neuve.

2) Carla Bruni est encore belle. Ça fait un peu goujat dit comme ça, mais pourquoi se gêner avec ces exhibos pathologiques ? Les photos de plage égyptienne témoignent que l’irréparable outrage attendra. Au XXIe siècle, la femme de 30 ans balzacienne en aura bientôt 50, quand il lui faudra verser sur le bas-côté du renoncement. Avec ou sans brumisateur chirurgical, la Bruni peut toujours s’interroger avec gourmandise sur le pourquoi de ses faveurs: «Est-ce mon visage ?/ Ma peau si finement grainée/Mon air suave/Est-ce mon allure ?/ Est-ce la grâce anglo-saxonne de ma cambrure ?/ Est-ce mon sourire ?/ Ou bien l’élégance distinguée de mes cachemires ?» Ajoutez à cela une culture raffinée, cinq langues maîtrisées, et des pratiques fort civilisées en société, et vous conviendrez que le Petit Chose du lot, ce serait plutôt Nico, s’il n’avait chopé le pompon présidentiel. Démarche de camionneur, tics d’agité de la danse de Saint-Guy et amour immodéré pour ces bras cassés de la variété que sont Mireille Mathieu, Didier Barbelivien, Enrico Macias, sans oublier Michel Sardou et Johnny H., présents tous deux à l’anniversaire de notre empereur fou chantant, fou de chanteuse.

3) Carla Bruni est de son temps. A l’égal d’une Laure Manaudou, elle revendique son goût des hommes. Et mieux que la nageuse, elle sait théoriser cet attrait qu’elle exerce et cette attraction qu’elle ressent. Elle prévient : «Prenez garde à ma beauté/A mon exquise ambiguïté.» Alors pourquoi ce mariage, comme une abjuration de ses déclarations d’indépendance, comme un retour aux temps anciens ? Ce n’est pas pour plaire à sa mère qui s’inquiétait des mœurs de Don Juanne de sa fille. Laquelle s’en amusait d’un : «Ma pauvre maman se dit en soupirant/Qu’ai-je fait pour cela/Est ce de ma faute à moi/Si ma fille est comme ça.» Ce n’est pas plus pour rassurer Bernadette Chirac, reine des mamies tradis fatiguées des passades de Sarkozy, qui se félicitait que les choses rentrent dans l’ordre conjugal. C’est peut-être tout simplement pour connaître du nouveau, pour élargir le champ de ses expériences, qu’après divers atermoiements, la voici première dame. L’ennui des gâtées de la vie est un motif suffisant au reniement actuel, mais laisse présager d’autres embardées. D’ailleurs, elle le chantonne déjà: «Je suis excessive/J’aime quand ça désaxe/Quand tout accélère/Moi, je reste relax/Je suis excessive/Quand tout explose/Quand la vie s’exhibe/C’est une transe exquise

(1) Album Quelqu’un m’a dit (Naïve).


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/307874.FR.p...

03.12.2007

Nicolas Sarkozy : il paraît qu'il ne voulait pas de repentance...

4d22f95bbb8db75908a97bdff779756e.jpg" Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité."

Nicolas Sarkozy, Alger le 3 décembre 2007.

" La mode de la repentance est une mode exécrable (...) Je n’accepte pas que l’on juge toujours le passé avec les préjugés du présent. Je n’accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit l’histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation."

Nicolas Sarkozy, Caen le 9 mars 2007.

27.11.2007

Bal tragique à Villiers-le-Bel, 2 morts, 80 blessés...

Nicolas Sarkozy pourrait prendre des leçons de maintien de l'ordre chez ses nouveaux amis chinois...non?Ou chez Vladimir Poutine...bd68b69651e072cca1c59f803d28e63f.jpg

            

 

 

 

 

Ci-dessous, quelques jeunes discriminés découvrant l'usage de la Tektonic...

Rassurez-vous, Nicolas Sarkozy dès demain va recevoir les parents des deux racailles victimes d'une mauvaise vue...

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A suivre notamment les beaux et sévères textes sur la guerilla en cours, passée et à venir du Stalker : http://stalker.hautetfort.com/archive/2006/01/10/integral...

19.11.2007

Nicolas Sarkozy se réveillerait-il?

Lu sur le blog de Jean Quatremer, de Libération (http://bruxelles.blogs.liberation.fr)

 

Sarkozy et les musulmans
b9014f53746e6d3cf1c4e2d9ae8527d1.jpgL’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Nicolas Sarkozy, recevant le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, le 21 septembre, puis suédois, Fredrik Reinfeldt, le 3 octobre, se serait livré à une véritable diatribe anti-musulmane devant ses invités. Selon mes sources, le chef de l’Etat s’est lancé dans un monologue confus d’une vingtaine de minutes, « dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire», contre le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » et leurs difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le « choc de civilisation » qui oppose les musulmans à l’occident. Le tout, manifestement, pour justifier son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union. Mais ses interlocuteurs, qui n’en sont toujours pas revenus, ne sont même pas sûrs de l’avoir bien compris, tant le discours était décousu et surtout hors de propos avec l'objet de ces rencontres, la préparation du Sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre. Ils en ont, en tout cas, retiré la désagréable sensation que Sarkozy, non seulement avait un sérieux problème avec les musulmans, mais avait du mal à maîtriser ses nerfs.

Cette idée du "choc des civilisations" a déjà été développée, de façon plus policée, par le chef de l'Etat, dans une indifférence assez étonnante, le 27 août dernier, dans son discours aux ambassadeurs. Il avait alors expliqué que le "premier défi, sans doute l'un des plus importants" auquel doit faire face la France est : "comment prévenir une confrontation entre l'Islam et l'Occident? Ce n'est pas la peine d'employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu'Al Qaeda qui rêvent d'instaurer, de l'Indonésie au Nigéria, un khalifat rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait pire encore que le précédent, pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies". Pour Sarkozy, "nous aurions tort de sous estimer la possibilité" "d'une confrontation, entre l'Islam et l'Occident":  "l'affaire des caricatures en a été un signe avant-coureur". Dès lors, la surprise de Bertie Ahern et de Fredrik Reinfeldt s'explique: ils n'avaient sans doute pas lu ces quelques lignes.

27.10.2007

Un exemple politique de la guerre des sexes


4560bab8c225a556bf33c24bb474ff54.jpgBon, c'est entendu, Cécilia ne veut pas jouer dans le film, ça l'ennuie, ça la dérange, ça la fatigue, ça la blesse, elle en a marre et c'est bien son droit. Nous avons changé d'ère grâce à Mai-68, le coup du conjoint sacrifié à la fonction ne fonctionne plus, et Cécilia n'a pas l'air de vouloir entamer une carrière politique. Dans le cas du couple politique, les dangers sont grands : on l'a vu dans le renvoi de Hollande par Ségolène, dans la tragédie de Lady Di, seuls les Clinton ayant échappé, par solidarité indéfectible, à l'explosion conjugale.

Au fond, quoi ? Cécilia veut vivre dans la vraie vie qui, d'ailleurs, est un film comme un autre, mais où elle jouerait son propre rôle et pas celui, crevant, de « première dame de France ». L'embêtant, c'est que, si elle s'en va, elle restera « ex-première dame de France », encore un film, on n'en finit pas. Qui sait, en réalité, si Nicolas Sarkozy n'a pas lui-même envie d'être bientôt « ex-président » ? La lassitude de Cécilia serait alors la sienne. La perspective d'être le célibataire de l'Elysée n'est pas particulièrement excitante, sauf remariage rapide à grand spectacle avec une partenaire dévouée. Pourquoi pas Rachida Dati ? Ce serait grandiose. La France, comme d'habitude, a une grande longueur d'avance dans les péripéties de la guerre des sexes. En voici une de plus, pas mystérieuse du tout. Les Sarkozy sont à la fois vieux et pas assez vieux, parce que la sérénité qui s'impose à la tête d'un Etat ne les a pas rejoints. Les familles recomposées, c'est bien beau, mais étouffant si on n'est pas encore grand-père ou grand- mère. Malgré le quinquennat (qui s'annonce très long), la présidence reste sourdement monarchique, c'est un jeu de rôle, il faut s'y tenir, sinon on a l'air humain, trop humain. Un président qui souffre du fait de sa femme, c'est du jamais-vu, c'est consternant. Allons, assez de rumeurs et de contre-rumeurs, il faut une décision héroïque. L'opinion l'exige, à travers les médias et les magazines. Ca ferait aussitôt une belle diversion par rapport à un ADN gênant. Que veut Cécilia ? Quelle le dise, et, mieux encore, qu'elle l'écrive. Voilà un best-seller garanti, mieux que Yasmina Reza, et beaucoup mieux que le prochain Royal, à moins qu'il y ait un long chapitre intitulé « Le jour où je n'ai plus aimé François ».

Tout cela, me souffle quelqu'un, n'est pas du meilleur goût. C'est le moins que l'on puisse dire. Ces braves gens nous gonflent avec leurs histoires privées. Il leur faut rebondir, sortir par le haut. Je ne sais pas moi : une conversion religieuse fulgurante de la part de Cécilia ne serait pas une mauvaise idée. Le couvent comme autrefois ? Un truc comme ça.

Philippe Sollers
Le Nouvel Observateur n° 2241 du 18 octobre 2007.

10.10.2007

Nicolas Sarkozy est-il un néoconservateur ?

c29b11965d763064376aea4a4bd7b1f8.jpgPar Guy Sorman, essayiste


Où est passé Nicolas Sarkozy ? On le croyait à droite, très à droite ; il file à gauche. À peine à gauche, il revient au centre. En mouvement perpétuel, « il monte sur son cheval et part dans toutes les directions à la fois » (proverbe chinois). Mais, une rumeur a gagné Paris, d'un éditorial à l'autre : Sarkozy serait néoconservateur, vous dis-je. Néoconservateur ? Dans le microcosme des médias, l'affaire est entendue. De quoi s'agit-il ? Cette idéologie ne figure pas au répertoire des pensées françaises : le néoconservatisme, c'est américain. On pressent quelque coup bas ; si Sarkozy est néoconservateur, serait-ce qu'il n'est pas tout à fait d'ici ?
Oublions les intentions perverses, cantonnons-nous à l'analyse. Qu'est-ce, aux États-Unis, qu'un néoconservateur, et Sarkozy est-il apparenté ou non à cette mouvance ?
Apparu à la fin des années 1970, le néoconservatisme, à l'origine, est un mouvement intellectuel de gauche ; en politique, il s'est rallié en 1980 à Ronald Reagan, puis, dans une moindre mesure, à George Bush numéro 2. Les principes néoconservateurs sont clairs et brutaux : rien n'est plus urgent que de combattre le totalitarisme - hier, l'URSS, aujourd'hui, l'islamo-fascisme - et de rester vigilant envers la Russie et la Chine non démocratiques.
Pour les néoconservateurs, l'universalisation de la démocratie est le but - absolument idéaliste - de la politique étrangère et militaire. Dans ce combat pour le Bien, le capitalisme est un outil irremplaçable parce que son efficacité est supérieure et qu'il est le corollaire de la démocratie ; les néoconservateurs ne prétendent pas que ce capitalisme est éthique, mais ils constatent qu'il marche. Enfin, ou surtout, les valeurs judéo-chrétiennes doivent, farouchement, être défendues contre la tentation moderne du relativisme moral.

Démocratie universelle, capitalisme efficace, valeurs conservatrices, retrouve-t-on cela dans le sarkozysme ? En partie, avec des coïncidences troublantes dans les détails. Ainsi, l'itinéraire personnel de Bernard Kouchner recoupe-t-il celui de Norman Podhoretz ou d'Irving Kristol, les pères « néocon », venus aussi du trotskisme avant de découvrir que l'URSS était l'empire du Mal, réincarné en Saddam Hussein, Ben Laden et Ahmadinejad. Ces faucons néoconservateurs ne redoutent pas la guerre, considérant que la diplomatie n'est pas une fin en soi ; de fait, ni Kouchner ni Sarkozy ne placent l'accommodement au-dessus de l'éradication du Mal. Le nouvel axe franco-américain a un parfum néoconservateur dans l'inspiration, ce qui ne contraint pas à l'alignement.
En économie, le sarkozysme est-il aussi un néoconservatisme ? Le président français penche vers le capitalisme, mais sans excès ; les néoconservateurs américains, comme le regretté Milton Friedman ou, maintenant, Edward Prescott, loueraient son éloge du travail et de la responsabilité. Mais ils s'inquiéteraient de son goût pour les champions nationaux et de ses attaques contre l'indépendance de la Banque centrale européenne ; dans la théorie néocon, on ne touche pas à la monnaie.
Quant au volontarisme sarkozyen, (« Je veux 3 % de croissance ») et ses sorties violentes contre les spéculateurs, il passe dans les milieux néoconservateurs américains (le Wall Street Journal est leur porte-parole) pour une rechute dans l'hérésie keynésienne : une diablerie, inefficace de surcroît.
Sur les valeurs enfin, verra-t-on en Sarkozy un néoconservateur d'honneur, version française ? Comme Ronald Reagan, il est divorcé et remarié. Mais, il a de la religion, quelle qu'elle soit, et c'est cela qui compte : Sarkozy se plaît à évoquer le manteau d'églises qui voilent la France et deux mille ans de valeurs chrétiennes : ça, c'est néoconservateur.
Le penchant sarkozyen pour la loi et l'ordre est aussi dans la norme néoconservatrice. Sans xénophobie. Les néoconservateurs américains ne sont pas xénophobes, ils sont favorables à l'immigration si elle est légale. Sarkozy et George Bush ont tous deux été des pionniers en intégrant dans leurs gouvernements des minorités, mexicaines et noires aux États-Unis, arabes chez nous. Sur les valeurs, Sarkozy passe le test.
On objectera que le sarkozysme est un étatisme : le président français n'est pas partisan d'un État minimum mais de l'État efficace. « Je suis là pour faire, pas pour durer », dit Sarkozy ! Mais les néoconservateurs américains aussi. Depuis Ronald Reagan (« L'État ne résout pas les problèmes, il est le problème »), le 11 Septembre est passé ; la lutte contre le terrorisme et le cyclone Katrina à La Nouvelle-Orléans ont réconcilié les néoconservateurs, hier anarchisants, avec l'État sécuritaire.
Conclura-t-on que Sarkozy est bien néoconservateur ? À la mesure de la France peut-être, mais pas à l'aune américaine ; il est recalé en économie (mais on peut redoubler). L'étiquette néoconservatrice a été épinglée prématurément ; les coïncidences entre sarkozysme et néoconservatisme sont... des coïncidences que dictent l'air du temps et les nécessités mondiales.
Et par-delà les personnalités, il se trouve une caractéristique américaine du néoconservatisme introuvable en France : un réseau dense de fondations, lobbies, journaux, éditeurs, une infrastructure de la pensée pour soutenir la cause. Chacun chez lui reste donc, nécessairement, enraciné dans une tradition nationale : le néoconservatisme est un absolutisme à base religieuse, tandis que le sarkozysme sera toujours un pragmatisme laïc.

 

http://www.lefigaro.fr/debats/20071010.FIG000000056_nicol... 

08.09.2007

Cette main qui a serré celle du Président de la République…et que je ne laverai plus !


3a69194bfa38ca3f541a7c5c08b85a57.jpgN’attendez pas de nous des commentaires, des photos, du passage de Nicolas Sarkozy et des ministres en Alsace… Non, n’insistez pas !
Car jeudi soir au Strissel à Strasbourg, j’ai eu la chance de serrer la main de Nicolas Sarkozy (aaahhhhh !),  Jean-Marie Bockel (mention spéciale pour son allure impeccable), Michèle Alliot-Marie (très élégante), Tomi Ungerer et beaucoup d’autres…de manger aux côtés d’Emile Jung aussi, ce qui est toujours excellent.
J’aurais pu publier ci-contre une photo joyeuse de M. Robert Grossmann saluant Francis Hirn des Dernières Nouvelles d’Alsace et riant avec Tomi Ungerer. Mais respectons ce moment presque privé.
Cela faisait plaisir à voir, pour une fois, tout le monde avait l’air ravi d’être là !

Vous n’avez pas salué le PR (Président en langage initié), c’est normal.
Vous ne faites pas partie de La Droite strasbourgeoise ! Vous êtes de l'autre côté de la barrière, pire vous n'êtes peut-être pas sarko fan...

Pendant ce temps-là certains dans la salle, notoirement  socialistes,  ne pouvaient s’empêcher de gloser sur la soi-disant «hyper-présidence».
Il va falloir trouver d’autres arguments, je le crains dans les prochaines années…
Maintenant la droite locale, encore sous le coup de l’émotion de ce déplacement Élyséen doit comprendre une chose si elle veut gagner les municipales et cantonales à venir : elle doit se rassembler et savoir où se trouvent ses alliés. Suivez mon regard… LDS ne sera pas toujours aussi gentille...

PS : une dédicace spéciale à Mme Chantal Grandgeorge des DNA ; quand on s’installe à une table Madame, où d’autres convives sont déjà assis, le minimum c’est de les saluer et de se présenter.
Surtout si c’est pour tenter de rendre une ambiance, dans un article complètement raté comme vous en avez publié un ce vendredi.


Laurent H.

31.08.2007

Décryptage médiatique N° 7 : De la différence entre deux photos officielles présidentielles…

Si la photo est bonne chantait Barbara…
Cela n’avait pas sauté aux yeux des commentateurs, mais le choix du photographe pour leur photo officielle de deux Présidents de la République disent beaucoup de leur style respectifs…

0095a92ded4d94869fdd825dc9866c4f.jpg1981, Gisèle Freund. Elle a au cours de sa carrière, photographiée James Joyce, Virginia Woolf, Samuel Beckett, Jean Cocteau et d'autres artistes du XXe siècle.
François Mitterrand pose pour elle, devant une bibliothèque, les Essais de Montaigne à la main.

 

 

 

 

1dd7e5df95f4342f9344d2c0d358c6c4.jpg2007. Philippe Warrin. Spécialiste de la photo impeccablement numérique de people et de jeunes filles charmantes légèrement vêtues : Karine, Ingrid, Loana (http://www.phwarrin.book.fr/photos.htm).
Nicolas Sarkozy pose lui aussi devant la bibliothèque de l’Elysée mais d’une façon plus… artificielle.

Montaigne : « J'ai pu me mêler des charges publiques sans me départir de moi de la largeur d'un ongle, et me donner à autrui sans m'ôter à moi. »

16.08.2007

Décryptage médiatique N°6 :Réunifier la droite ? A Strasbourg, ce sera difficile...

11f0e12a4238880a693b6653b2c31d89.jpgDans la rubrique Rebonds du journal Libération du 13 août dernier, on pouvait lire le texte ci-dessous, intéressant à plus d'un titre, notamment pour son angle historique et pour son angle profondément anti-droite.

Un angle et une argumentation, que beaucoup de gens de droite ne soupçonnent pas ou ne veulent pas voir ni comprendre. Ainsi, être aux ordres de la gauche dans le domaine culturel et des idées notamment, accrédite clairement une prééminence de ce camp sur l'autre. Ce nonsense typique reflète hélas bien le complexe d'infériorité, que l'on peut observer par exemple à Strasbourg, où l'exécutif en place (rappelons-le pour ceux qui l'ont oublié : UMP-UDF...) à constamment depuis 5 ans, mené une politique culturelle de gauche, en ayant peur d'une chose : être classé à droite. On saluera cette politique volontariste et ambitieuse mais on mettra en garde ceux qui espéreront en tirer un bénéfice politique et électoral. Certains nous rétorquerons que la culture, n'est ni de gauche ni de droite. Fatale erreur ; ce relativisme a favorisé depuis 50 ans la main mise de la gauche sur le domaine des idées, des spectacles, de la littérature, des médias. Il va aussi clairifier les positions de certains.

A Strasbourg, ce relativisme permet depuis 5 ans à de nombreux acteurs du monde culturel, de profiter des largesses de la Ville et même de les solliciter, tout en professant en privé et avec force sourires en coin, un engagement indéfectiblement socialiste et ou communiste. Un engagement qui évidemment va se révéler au grand jour dans quelques semaines, au moment de la campagne municipale.

Signalons enfin, au sujet du texte ci-dessous que Benjamin Stora, intellectuel de gauche, avait signé un appel lors des éléctions présidentielles, à voter contre Nicolas Sarkozy et pour Ségolène Royal. On pouvait y lire cette phrase savoureuse : "voter contre Nicolas Sarkozy, c'est éviter le péril d'une France en guerre contre elle-même, en conflit et en crise, divisée et déchirée." Ce texte éclaire mieux notre propos...

Rapprochons aussi la note publiée sur le blog d'Alsator : http://alsator67.blogspirit.com/archive/2007/08/15/l-alsa...

Laurent H. 

 

La mémoire partisane du Président
Le refus de la repentance a pour objectif d’entraver le travail des historiens et de réunifier la droite.


Par Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilles Manceron et Benjamin Stora, historiens.


On a vu apparaître, lors de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, le thème du «refus de la repentance». Cette notion utilisée aussi sous la plume de quelques auteurs d’essais historiques polémiques, sans dire qui seraient précisément les «repentants» ni citer leurs écrits, renvoie principalement à la question de l’histoire coloniale, mais aussi à d’autres épisodes du passé, en particulier la période de Vichy et celle de l’Ancien Régime.
Etait visé d’abord le tournant qui s’est produit depuis le milieu des années 70 dans l’historiographie de la France sous l’Occupation depuis la France de Vichy de Robert Paxton et qui a abouti, vingt ans plus tard, à la déclaration du président Chirac de juillet 1995 sur les complicités de l’Etat français avec l’occupant. Nicolas Sarkozy l’a suggéré quand il s’est référé à cette période, dans sa manière de passer sous silence dans ses discours toute complicité de Français avec l’occupant : quand il a évoqué Guy Môquet sans aucune allusion au fait que ce sont des policiers français qui l’ont arrêté en octobre 1940 et des autorités tout aussi françaises qui l’ont livré comme otage à Châteaubriant au peloton d’exécution des nazis ; quand il a évoqué le sort de Léon Blum et de Georges Mandel en ne nommant que la Gestapo, sans parler des responsabilités de la milice et de Vichy.
Plus explicites encore ont été certains de ses soutiens. Tel Max Gallo, qui a été plus clair dans la critique du discours de Chirac en lui reprochant l’emploi des mots la «France a accompli l’irréparable» dans la phrase où il reconnaissait que des Français avaient, hélas, prêté main-forte aux déportations de Juifs depuis notre pays ; reproche injuste à un discours historique si on prête attention à la phrase suivante où Chirac rendait hommage à une autre France, celle de la Résistance. Ou telle Simone Veil, qui, au moment de l’hommage aux «justes» au Panthéon de janvier 2007, a revendiqué le fait de s’être toujours opposée à la diffusion du film le Chagrin et la Pitié à la télévision, présentant comme deux actes contradictoires le fait de rendre un tel hommage et celui de dire que des Français sous l’Occupation avaient sombré dans le déshonneur.


Etrange vision de ce passé que de penser qu’il n’y aurait que deux manières de le décrire : soit tout en noir, soit tout en blanc. Les historiens qui n’ont de cesse d’en analyser la complexité ne peuvent y souscrire, du moins ceux qui s’efforcent de se préserver des instrumentalisations politiques de l’histoire. Le choix du président de la République de ne faire aucune déclaration officielle lors de l’anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv qui a suivi son élection et d’en charger son Premier ministre - qui a, certes, rendu hommage au Chirac de 1995, mais aussi réduit l’antisémitisme de Vichy à sa soumission aux nazis -, ne constitue pas vraiment un démenti. D’autant que l’on voit Brice Hortefeux déplorer ( Libération du 27 juillet) que la «mémoire des morts pour la France passe aujourd’hui après la promotion de ceux qu’on présente comme morts à cause d’elle».
Un tel positionnement était d’évidence dicté par un objectif bien actuel, non-historien mais politique : celui de revenir sur la cassure profonde de la droite française entre pétainisme et gaullisme qui s’est produite alors et de chercher à dépasser les blessures qu’elle a laissées jusqu’à aujourd’hui. Pour faire l’union de ce que René Rémond appelait les «trois droites» et dont il discernait la permanence : la droite bonapartiste, la droite orléaniste et la droite légitimiste, dont les antagonismes ont été entretenus par les épisodes de Vichy et de la guerre d’Algérie.
C’est pourquoi le discours sur la «repentance» s’est aussi appliqué à ce moment plus ancien de notre histoire qu’est l’Ancien Régime. La droite la plus conservatrice avait naguère coutume d’exalter l’œuvre des «quarante rois qui ont fait la France» et de réduire la Révolution française à la guillotine et à la Terreur. Longtemps incarné par l’Action française, ce courant s’est maintenu dans le villiérisme et une partie du Front national. Mais, dès lors qu’il devient de plus en plus difficile de glorifier la monarchie absolue, il a fallu trouver un biais : accuser ceux qui font de la Révolution française un moment fondateur de notre modernité de nier une partie de l’histoire de France. Celle-ci est présentée comme une totalité insécable, ce qui permet d’assimiler implicitement les valeurs de l’Ancien Régime à celles qui ont fondé la République.


Ainsi, dans le discours de Nicolas Sarkozy à Poitiers, le 26 janvier : la «gauche qui proclame que l’Ancien Régime ce n’est pas la France, que les croisades ce n’est pas la France, que la chrétienté ce n’est pas la France, que la droite ce n’est pas la France, cette gauche-là je l’ai accusée, je l’accuse de nouveau de communautarisme historique». Personne n’est cité, car on chercherait en vain un illuminé pour lequel la France n’aurait commencé à exister qu’en 1789, ou pour qui le Moyen Age ne ferait pas partie de notre histoire. Difficile, par exemple, d’attribuer une telle ineptie au brillant biographe de Saint Louis Jacques Le Goff, qui, en l’occurrence, a personnellement argumenté pour soutenir Ségolène Royal.Mais qu’importe, la référence aux croisades et à la chrétienté permet un discret rappel du discours clérical d’antan dénonçant les républicains athées et leur «école sans Dieu» et prônant l’alliance du trône et de l’autel. On invente un ennemi imaginaire pour faire passer un message politique utilitaire pour le présent.
Surtout, le thème vise à refuser un quelconque regard critique sur la colonisation.

Pour rallier la fraction de l’électorat la plus nostalgique de l’Empire, souvent proche de l’extrême droite, le futur président de la République a laissé poindre une relance de l’éloge de la «colonisation positive» que voulait imposer, avec les résultats que l’on sait, l’article 4 de la loi du 23 février 2005. A la question du passé colonial sont ainsi sans cesse associées celles de l’immigration et de la «haine de soi». La nation devient un bloc insécable à défendre globalement au lieu d’être une nation dotée d’une histoire, où certains ont joué un rôle dont on peut être légitimement fier, et où, comme dans toute autre nation, d’autres ont pu apparaître plus discutables. Mais le seul fait d’évoquer cette réalité devient la volonté de dénigrer la France elle-même, posée comme un tout indivisible.
C’est lors des discours prononcés dans le sud de la France, à Toulon et surtout à Nice, que le candidat président a été le plus loin dans le thème de la réhabilitation diffuse de la colonisation, associé aux propos les plus durs sur l’immigration. A Toulon, le 7 février, après être revenu sur ceux qui «répudient l’histoire de France» et «dénigrent la nation», il a développé une réhabilitation de la colonisation d’autant plus subtile que simultanément démentie, puisqu’elle «ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation». Certes, courage et bonnes intentions animaient incontestablement de nombreux colons. On avait forgé à l’époque soviétique le concept de culpabilité collective qui permettait de stigmatiser et de punir des peuples coupables en les associant à des idéologies ; il s’agit cette fois d’un concept de «générosité collective». Il permet de qualifier avec indulgence un processus historique, la colonisation, sur lequel les historiens n’ont pas à porter de jugement moral. C’est l’examen des faits qui les conduit à constater (et à expliquer) une contradiction certaine avec les principes de liberté, d’égalité et du droit des peuples à l’indépendance auxquels l’Europe du XIXe siècle eut pourtant tendance à adhérer par ailleurs.

Nicolas Sarkozy a même annoncé, le 31 mars, une décision qui consacre le refus de la repentance : la «création rapide d’une Fondation pour la mémoire sur la guerre d’Algérie», dans laquelle les associations de rapatriés auraient «toute leur place». Ce qui reviendrait à mettre en œuvre une mesure qui faisait partie de la loi du 23 février 2005 (article 3), que le président Chirac avait eu la sagesse de «geler», qui créerait une fondation échappant aux historiens pour être placée sous l’influence de lobbies mémoriels «algérianistes». Or, une fondation vouée à «l’œuvre positive» de la colonisation et à «l’antirepentance» n’a rien à voir avec l’histoire. Pas davantage qu’un Mémorial de l’Algérie française tel que celui annoncé à Perpignan. Le rôle des historiens n’est ni de prôner une quelconque repentance ni d’emboucher les trompettes de l’antirepentance en faisant écho à la vision du passé de certains témoins. C’est de prendre en compte toutes les mémoires et les mettre à l’épreuve de la recherche pour travailler patiemment à l’écriture d’une histoire, qui est, par nature, transnationale.
A l’opposé du travail historique, le discours de l’antirepentance entretient les guerres de mémoires. Il répond à des objectifs politiques, non seulement pour faire l’union des droites mais aussi pour gêner une gauche française qui, depuis sa coupure lors de la guerre d’Algérie, n’a jamais vraiment clarifié son discours sur la question coloniale. Exposé de manière beaucoup plus subtile, il s’apparente au discours contre «l’anti-France» tel qu’il a pu prendre pour cible, durant la guerre d’Algérie, les adversaires de la torture pratiquée par l’armée française et les partisans de l’indépendance algérienne ; ou encore au discours actuel des nationalistes turcs qui accusent les partisans de la reconnaissance du génocide arménien de tenir un discours «antinational».


En définitive, les «repentants» sont, pour l’essentiel, une nébuleuse fantasmée, et l’antirepentance a pour objectif, en matière d’histoire coloniale d’entraver l’évolution de l’historiographie scientifique sur cette page de notre passé. Le mot repentance fait écran. La seule demande réelle exprimée fortement dans notre société ces dernières années, en particulier depuis l’affaire Aussaresses et les réactions à l’article de la loi du 23 février 2005 n’est pas la repentance, mais bien la reconnaissance. C’est affaire non de morale, mais de savoir. Telle est la condition d’un véritable apaisement, aussi bien pour la société française, qui ne cesse de se diversifier, que, comme l’ont montré les réactions critiques de la presse africaine aux propos tenus le 26 juillet à Dakar par Nicolas Sarkozy, pour les relations futures entre la France et les pays qui ont été autrefois ses colonies.

http://www.liberation.fr/rebonds/271965.FR.php

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